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    Culture

    Match nul entre football et littérature

    media Benoît Heimermann, grand reporter sportif DR

    Le football empêche-t-il de réfléchir ? Au contraire : « Le football contemporain, avec ses débordements et ses erreurs, a fait le lit des maîtres penseurs » affirment Patrice Delbourg et Benoît Heimermann dans leur anthologie "Plumes et crampons. Football et littérature". Ils présentent des fragments de romans, d’essais, de poèmes, de pièces de théâtre de Coubertin et Céline jusqu’à Umberto Eco qui révèlent les passerelles entre ces univers si différents. Une lecture très sportive de la littérature avec l’auteur Benoît Heimermann.

    Dans ce livre, il y a tout de même quatre prix Nobel qui ont écrit sur le football.

    Benoît Heimermann

    Auteur de "Plumes et crampons. Football et littérature"

    10/06/2010 Écouter

    RFI : Vous étiez grand reporter à l’Equipe Magazine quand vous avez écrit ce livre. Votre collègue Patrice Delbourg est poète et romancier. Ce sont deux mondes de l’écrit totalement différents ?

    Benoît Heimermann : Oui, c’est totalement antagoniste, surtout en France ! On est un pays de raison et le corps et l’esprit ne vont rarement ensemble. Il y a une tradition à séparer les deux choses : les intellectuels ne s’intéressent pas aux sports, les sportifs ne s’intéressent pas à l’intellect.

    RFI : Qui était le premier écrivain qui a écrit sur le foot ?

    B.H. : C’était plutôt en Angleterre, parce que dans les pays anglo-saxons, l’Allemagne comprise, on ne fait pas cette distinction. On le voit bien dans la presse, il y a des suppléments sport dans tous les journaux, en Angleterre, en Allemagne. En France, on a un journal spécialisé, donc on sépare bien les deux choses.Mais en France, il y a eu un courant dans les années 20. Il y a eu un rapprochement entre les intellectuels et le sport au moment des Jeux Olympiques de 1924 à Paris. Plusieurs écrivains comme Jean Cocteau, Jean Giraudoux, Alain Viala, Paul Morand se sont intéressés au sport et au football en particulier.

    Albert Camus dans "La Chute"

    "Les matches du dimanche, dans un stade plein à craquer et le théâtre, que j’ai aimé avec une passion sans égale, sont les seuls endroits au monde où je me sente innocent."

    Anne-Marie Adda/ Editions La Table Ronde/ La Petite Vermillon

    RFI : Jusqu’où va cette connivence ? Y-a-t-il des footballeurs qui sont devenus écrivains ?

    B.H. : Alors là c’est extrêmement rare ! On va parler de bons écrivains. Evidemment il y a des sportifs qui ont fait des livres mais qui n’ont pas d’intérêt. Il y a un très bon écrivain, mais il est Espagnol, c’est Jorge Valdano. Il a exercé en Espagne, il est Argentin d’origine, il a joué avec Maradona à la Coupe du monde. Il est devenu un écrivain très célèbre en Amérique du Sud et en Espagne et il est de très bonne qualité.

    RFI : A l’occasion de la disparition du comédien, homme de théâtre, de cinéma, Sotigui Kouyaté, le public a découvert qu’il était aussi un excellent footballeur : il a joué dans l’équipe nationale du Burkina Faso. Est-ce que il y a des qualités dans le foot qui servent après dans l’art pour devenir artiste ?

    B.H. : On va dire que c’est plutôt à l’inverse. Ce sont des écrivains qui se sont inspirés de certaines méthodes et méthodologies un peu sportives pour écrire. Moi je me rappelle avoir rencontré Jerôme Charyn, l’écrivain américain bien connu, qui est un grand joueur de ping-pong qui expliquait que ses phrases étaient du même style que la manière dont il jouait au ping-pong. John Irving est un lutteur, il a une phrase très tournée, très serrée. Effectivement, on peut imaginer que des écrivains s’inspirent un petit peu du sport pour écrire, et avoir un style particulier.

    Günter Grass dans "Mon siècle"

    "Personne n’aurait soupçonné qu’il y avait en moi un fanatique de football."

    RFI : Est-ce qu’il y a une spécialité française dans la relation entre le foot et la littérature ?

    B.H. : Oui, elle est récente. Depuis une vingtaine d’années, ce sont les écrivains de romans policiers qui se sont accaparés le football parce que le football est devenu quelque chose de commun. Il y a des bons, des mauvais, des tricheurs, des phases sublimes, bref c’est un monde en soi et c’est un terreau formidable pour les écrivains de polars.

    RFI : La Coupe du monde 1998, a-t-elle abouti ou déclenché un phénomène littéraire ?

    B.H. : Cela a décomplexé un certain nombre d’intellectuels et un certain nombre de jeunes écrivains. Par exemple François-Guillaume Lorraina écrit un très beau livre qui s’appelle l’Equipier. Le Mosellan Bruno Heckmann a écrit le très beau roman Un Footballeur. On n’a plus honte - moins honte on va dire - de parler de football ou de sports quand on est écrivain.

    RFI : En 1998, le phénomène littéraire s’est manifesté à la fin de la Coupe du monde en France. En 2010 le phénomène précède la Coupe du monde en Afrique du Sud. Cette fois, c’est le foot qui explique la société.

    Le foot est devenu "politiquement correct" chez les intellectuels.

    Benoît Heimermann 10/06/2010 Écouter

    B.H. : Absolument ! C’est une sorte de banalisation du propos. Le football, le sport, est devenu une matière un petit peu comme les autres. Récemment, on a vu paraître le livre Socrate en crampons, écrit par le grand spécialiste universitaire de Platon, Mathias Roux. Encore une fois, c’est la manière de s’accaparer un sujet qui est devenue très commun, populaire, fédérateur et les écrivains, les philosophes, les intellectuels, se penchent dessus.

    RFI : Vous évoquez les écrivains qui sont fans du foot, qui expliquent leur enfance par le biais du foot comme Umberto Eco, mais reste quand même aussi les écrivains qui n’aiment pas le foot, le fanatisme, l’hystérie des supporteurs, le rouleau compresseur qui écrase tout.

    B.H. : Oui, ça reste la majorité. On ne les a pas oubliés dans le livre, il y a un chapitre entier qui s’appelle Contre-pied où on a recensé un certain nombre d’écrivains qui ont écrit contre le football. Anthony Burgess par exemple, l’auteur de « Orange mécanique », a écrit un texte très dur sur les supporters. L'humoriste français Pierre Desproges a fait des sketchs très durs sur le football. La majorité des écrivains et intellectuels en France ont encore un regard biaisé vis-à-vis du phénomène sportif. Cela reste pour beaucoup un opium du peuple. Encore une fois, la tendance est à la baisse.

    Salman Rushdie

    Heureusement, il y a une chaîne qui montre chaque semaine le championnat italien, je ne loupe jamais ça, tellement le niveau est extraordinaire.

    RFI : Vous attendez quoi de la Coupe du monde en Afrique du Sud : un grand roman ou un grand match ?

    B.H. : Les deux, si c’est possible. J’ai toujours été pour cette passerelle qui existe entre, à la fois, l’expression corporelle et l’expression littéraire ou intellectuelle. Je pense qu’on peut avoir les deux. Il n’y a pas de raisons que cela n’accouche pas d'un bon roman.


    Patrice Delbourg/Benoît Heimermann : « Plumes et crampons – football et littérature », Editions La Table Ronde, 415 p.

     

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