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« Les Monologues du vagin » consacrés aux femmes musulmanes

Au festival « off » d’Avignon, la mythique Chapelle du Verbe incarné fait résonner jusqu’au 31 juillet tous les soirs Les Monologues voilés, une adaptation des célèbres Monologues du vagin - consacrée aux femmes musulmanes. Ecrite et mise en scène par la Néerlandaise Adelheid Roosen, la pièce fait voler en éclat nos préjugés et nos stéréotypes sur les Orientales voilées, enfermées dans des harems et soumises à leurs maris tyranniques et cruels !
Ainsi commence Les Monologues voilés, une des pièces les plus courues du Festival Off d’Avignon 2010 : « Mon vagin a reçu une éducation catholique et, à vingt-six ans, il s’est ouvert à l’Islam et est devenu musulman. Mon vagin s’appelle Zèbre à cause de la façon dont je le rase suite au cancer de la vulve que j’ai eu. Ses lèvres ont été enlevées et deux bandes de peau blanches sont apparues à leur place. Zèbre est un paysage hollandais, où je reçois l’appel du minaret... »
Dans cette pièce, créée en hollandais par l’auteure dramatique et metteure en scène, Adelheid Roosen, on parle sans crudité ni légèreté de « vagin », « vulve », « con », « orgasme »… Elle a connu un grand succès avant d’être présentée en version française, il y a deux ans, au Théâtre de poche de Bruxelles où elle a été jouée à guichets fermés pendant plusieurs semaines. Elle a également voyagé dans le monde entier (Berlin, New York, Boston…). Notamment dans les capitales des pays musulmans, où elle a fait rire aux éclats hommes et femmes dont elle révèle l’intimité avec un humour cinglant et subtilement cathartique.
Un rapport plus naturel au corps et à l’intimité...
L’idée est née, raconte Roosen, de sa rencontre avec un groupe de femmes marocaines pour discuter d’un atelier de théâtre, au cours duquel, très vite, la conversation a dérivé vers des sujets plus controversés, tels que le regard porté par les Hollandais sur la communauté musulmane dans leur pays, surtout depuis la montée du populisme antimusulman après le 11-Septembre 2001. Ces femmes ont convaincu l’actrice hollandaise qui jouait alors Les Monologues du vagin d’Eve Ensler (1996) d’« enlever son propre voile » et d’aller à la rencontre des femmes musulmanes de la première ou de la seconde génération de l’immigration.
« J’ai pris le temps, explique l’intéressée, plusieurs mois, pour rencontrer plus de soixante femmes musulmanes d’origine, d’âges et de milieux divers. J’ai interviewé des Marocaines, des Turques, des Egyptiennes, des Somaliennes… Les plus jeunes avaient 17 ans ; et les plus âgées 85 ans… J’ai demandé à toutes ces femmes, le plus souvent tiraillées entre leurs valeurs traditionnelles et nos valeurs européennes, de me parler de leur relation au plaisir, à la tradition, au Coran, au viol, à la maternité, à la circoncision, au désir ! »
Bien qu’elles soient victimes des tabous de leurs sociétés
Quelle ne fut pas la surprise de la très calviniste Adelheid Roosen, habituée à la pudeur des mots et des corps, de découvrir la spontanéité et la liberté de parole avec lesquelles ces femmes évoquent leur sexualité, la pression sociale, mais aussi leur recherche des délices des sens dans les hammams ou dans leur intimité conjugale. « Elles ont un rapport beaucoup plus naturel avec le corps et l’intimité, explique-t-elle. Loin de se sentir culpabilisées par leurs besoins sexuels, elles en recherchent la satisfaction dans leur couple, mais aussi en dehors du couple, dans des rapports homosexuels par exemple. D’ailleurs, alors que la Bible lie la sexualité à la procréation, pour l’Islam elle est d’abord source de plaisir. En Iran, la femme peut même demander le divorce parce que son mari est incapable de la satisfaire ! »
La pièce de Roosen donne la parole à douze femmes incarnées tour à tour par quatre comédiennes arabo-belges. Celles-ci déploient un trésor d’émotions et de savoir-faire artistique pour faire entendre le désir, la sensualité, le goût d’aventure, mais aussi la souffrance, la privation. Car si elles parviennent à assumer leur corps et ses exigences, les femmes musulmanes sont aussi victimes des tabous de leurs sociétés tels que l’inceste, la violence ou le mythe de la virginité.
Que de drames au nom d’un morceau de chair !
A l’aide des chewing-gums roses gonflés, troués, étirés dans tous les sens, les comédiennes font véritablement un cours à la fois médical et ludique sur l’hymen déchiré, recousu, meurtri. Que de drames au nom d’un morceau de chair ! Elles rappellent que le Coran n’évoque guère la question de l’hymen, mais parle de la virginité du cœur autant pour l’épouse que pour le futur marié. Roosen, pour sa part, voit dans cette obsession de la virginité également partagée par les trois grandes religions monothéistes, les vestiges de leurs origines nomadiques.
« Ma grand-mère qui n’avait rien d’une musulmane, se souvient la dramaturge, me disait pourtant que les filles devaient être chastes et qu’elles devaient baisser les yeux lorsque le regard des hommes explorait leur corps. Si une fille n’est pas chaste, une main noire sortira des cuvettes et lui arrachera les parties génitales ! ».
Les douze séquences qui composent la pièce d’Adelheid Roosen sont ponctuées de truculence, de poésie et de tension. Elles sont portées par la qualité de l’écriture, mais aussi par la générosité des comédiennes. Ce sont des artistes hors pair qui font partager au public un grand moment de bonheur dramatique. Tout en l’éduquant.
![]() Yves Kerstius |

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