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L'or noir de Tchernobyl : rencontre avec Guillaume Herbaut

L'exposition s'appelle L'or noir de Tchernobyl. Sur les 8 millions de tonnes de métal présents au moment de l'explosion, il n'en resterait aujourd'hui que 2 millions. C'est sur cette disparition que Guillaume Herbaut a enquêté. Le métal extrait, souvent clandestinement, de la zone interdite autour du réacteur entretient un trafic juteux dont sont victimes les "ferrailleurs".
Murielle Paradon : Vous êtes retourné à Tchernobyl combien de temps après la catastrophe ?
Guillaume Herbaut : J’y suis retourné pour ce travail là, vingt-quatre ans après, mais ça fait dix ans que je travaille sur la question, sur la zone, sur Tchernobyl : qu’est-ce que Tchernobyl aujourd’hui.
M.P : Tout le monde imagine que c’est dangereux et que ça n’a pas changé depuis ?
G.H : Vous savez, je suis photographe de reportages. Je suis là pour aller dans des zones à risques, pour parler du monde d’aujourd’hui et des problèmes d’aujourd’hui. Donc que j’aille à Tchernobyl ou que j’aille dans une zone de conflits (ce que je ne fais pas), c’est, de toutes façons, un métier à risques.
M.P : Et vous avez eu des problèmes pour votre santé ?
G.H : Non, tout va bien. Je vais dans des zones dangereuses en temps limité. A Tchernobyl, on peut circuler dans des endroits qui ne sont pas contaminés. C’est là où les gens vivent et c’est là où je passe mon temps. Je loge dans des endroits où il n’y a pas de radioactivité. Le danger en fait pour moi, c’est la nourriture, la poussière et l’eau. Donc j’essaie de ramener ma propre nourriture ou d’acheter de la nourriture qui n’est pas locale. Et quand je vais chez les gens, je fais en fait en sorte de ramener de la nourriture pour la partager et pour ne pas manger de la viande ou des légumes locaux.
M.P : Qu’est-ce que vous retirez de cette expérience ? Rien ne change finalement ?
G.H : C’est assez dramatique parce qu’on voit que dans tous les cas, c’est trop tard. Si moi, j’ai pu avoir accès au trafic de métal, ça veut dire que c’est déjà trop tard. Les pouvoirs publics ne font rien. Pour moi, c’est très inquiétant. Il y a un autre problème aussi : on oublie les gens qui vivent là-bas, rien n’est fait pour eux. S’il y a des gens qui n’ont comme moyen de vivre que d’aller dans la zone pour chercher du métal contaminé, cela veut dire qu’ils n’ont que ça, que l'on n’a pas pensé à eux pour trouver un travail, donc il y a un vrai problème. D’un côté, on a des pauvres gens qui vont marcher des heures et des heures dans la zone interdite, puis prendre quelques métaux et les transporter sur leur dos, les ramener chez eux et les revendre. C’est du trafic industriel. Il faut savoir qu’il y a des camions entiers avec des tonnes et des tonnes de métaux contaminés qui traversent la zone et qui quittent la zone. Donc il y a des gens, des gros bonnets, qui se font de l’argent sur ce trafic.
![]() © Guillaume Herbaut / Institute. |
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