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    Culture

    Edouard Glissant : «Le Tout-Monde est la nouvelle condition des littératures»

    Edouard Glissant, poète, romancier, théoricien, philosophe, est décédé ce jeudi 3 février 2011 à l’âge de 82 ans. Ecrivain français d’origine martiniquaise, il était l’une des figures les plus importantes des lettres contemporaines. Le divers, le multiple, la créolisation sont les axes autour desquels il a construit son œuvre à la fois subversive et riche de nouvelles pistes de ré-enchantement du monde. Il était parmi les 90 écrivains français et étrangers mis à l’honneur au Salon du Livre de Paris – en mars 2011. Il présentait à cette occasion La Terre, le Feu, l’Eau et les Vents, une anthologie de la poésie du Tout-Monde. RFI vous propose de retrouver cet entretien publié par MFI le 3 mars 2010.

    RFI : Votre anthologie de la poésie du Tout-Monde concerne non seulement le monde entier mais toutes les époques : elle fait cohabiter les écrits présocratiques et Gilles Deleuze, les Upanishad et Patrick Chamoiseau. Vous y parlez de « poésie » dans son sens générique dans la mesure où vous n’avez pas choisi que des poèmes…

    Edouard Glissant : Effectivement, il y a un mélange des genres : « poésie » renvoie ici moins à la forme qu’à l’esprit et à la portée poétique des textes cités. S’agissant de l’universalité du contenu de ce volume, mon objectif était de sortir les littératures de leur cadre national ou régional, et de les poser comme des quêtes de l’Autre à travers les âges. Les auteurs contemporains ont cessé d’être des auteurs nationaux pour mieux explorer le Tout-Monde qui est notre avenir. Cette tendance était présente dès la naissance de la littérature. J’ai donc essayé de donner à lire, dans cette anthologie, la poétique des intuitions mondiales telles qu’elle se manifeste dans les textes, des plus anciens aux plus récents. Je l’ai fait bien sûr à partir de mon point ancrage qui est la littérature occidentale et francophone. Mais on aurait aussi bien pu le faire à partir d’autres ancrages littéraires, de littérature orale, de littérature hindi, de littérature swahili. C’est pourquoi mon livre s’appelle « une » anthologie de la poésie du Tout-Monde. On pourrait en imaginer beaucoup d’autres.

    RFI : Qu’est-ce qui rapproche les quelque 200 textes littéraires réunis dans cette anthologie ?

    E.G. : C’est leur vision du monde, la conscience de l’autre qu’ils expriment. J’ai, par exemple, inclus dans ce recueil une phrase prononcée par le boxeur Muhammad Ali, justifiant son refus d’aller faire la guerre au Vietnam : « Je n’ai absolument rien contre ces Viêt-Cong. » Ce n’est ni un poème, ni un essai théorique, mais une affirmation qui fonde notre humanité.

    RFI : Le volume s’ouvre sur le poème de l’Américain Abel Meeropol, Fruits étranges, suivi de la célèbre Ballade des pendus de François Villon. Pourquoi avoir mis en regard ces deux textes ?

    E.G. : C’est évident, non ? Strange Fruit ou Fruits étranges est le titre d’une chanson composée par le chanteur américain (blanc) Abel Meeropol sur le lynchage des Noirs dans le Sud des Etats-Unis par les membres du Ku Klux Klan. Ils les pendaient aux branches des arbres. Meeropol compare ces corps qui ballottaient dans le vent à des « fruits étranges ». Dans les années 30, cette chanson fut reprise par les chanteurs noirs de blues qui en firent une chanson culte. J’ai mis le texte de Meeropol en regard avec La Ballade des pendus de Villon car les deux textes semblent dialoguer. Il ne s’agit pas d’une résonance morbide, mais de ce que j’appelle précisément « la résonance du Tout-Monde », dans la mesure où ils parlent de mêmes exactions qui se commettaient contre les plus faibles, de part et d’autre de l’Atlantique.

     
    RFI : La présentation publicitaire de l’éditeur parle d’une nouvelle façon de lire la littérature. En quoi ce rapprochement intertextuel de textes littéraires est-il nouveau?

    E.G. : L’intertextualité, oui, mais c’est une intertextualité de la diversité. L’ambition était de souligner les constantes cachées de la diversité du monde dans les œuvres de pensée et de création littéraire. Les textes cités dans ce volume semblent confirmer cette intuition qui est la nôtre : il faut renoncer à l’idée de l’unité ou de l’universalité. Le monde est une somme de différences et toutes les différences sont également nécessaires. Les poètes et les écrivains nous le rappellent depuis les temps anciens. Le monde ne se fait pas à coups de semblables, mais à coups de différences.

    RFI : Pouvez-vous dire deux mots sur l’organisation des textes dans ce recueil ?

    E.G. : Ce qui est nouveau dans cette anthologie, me semble-t-il, c’est le refus de logiques hiérarchiques. Tous les textes sont mis sur le même plan, sans hiérarchie aucune. Pour moi, un poème aztèque vaut une pièce de Shakespeare ou un récit de Faulkner, car ils provoquent en nous les mêmes émotions, les mêmes intuitions. Il n’y a pas de littérature anthropologique d’une part et de littérature tout court d’autre part. Tout est littéraire car tout texte de création raconte le rapport de l’homme au monde. Il n’y a pas de hiérarchie chronologique non plus. Pour moi, un texte présocratique ou une supplique hindoue de l’époque védique est aussi fondamentale qu’un grand poème contemporain. Ils sollicitent la même intelligence et la même ouverture d’esprit.

    RFI : On s’étonne de l’absence de textes de Le Clézio, prix Nobel de littérature, un traqueur passionné du divers et du multiple.

    E.G. : Bien sûr, Le Clézio aurait mérité de figurer dans ce recueil. Mais, vous savez, ce qui est intéressant dans une anthologie, ce sont les oublis. J’ai écrit dans la préface que l’oubli d’un auteur dans une anthologie n’est pas dénué de sens car il esquisse une ligne de fuite. Enfin, je dirais à ma décharge que dans une entreprise comme celle-ci, il est difficile d’être exhaustif.

    RFI : Vous avez publié l’année dernière, avec votre compère et disciple, Patrick Chamoiseau, une adresse à Obama intitulée L’Intraitable beauté du monde. Vous concluiez en lui souhaitant : « Bonne chance en Relation, monsieur ». Un an après, qu’en est-il de Monsieur Obama ? Que pensez-vous de sa gestion des affaires du monde, surtout du point de vue de cette « poétique de relation » qui est si chère à votre cœur ?

    E.G. : Je reste toujours convaincu qu’Obama a une sorte de vision prophétique de la condition du monde et une grande connaissance de ses potentialités et de ses limites. Dans la pratique, il fait preuve d’une grande prudence et de lenteur, mais cela ne doit pas masquer sa détermination à faire évoluer les choses. Il faut peut-être se dire aussi qu’Obama ne pourra pas tout faire en un ou deux mandats.

    Propos recueillis par Tirthankar Chanda

    La Terre, le Feu, l’Eau et les Vents, par Edouard Glissant. Une anthologie de la poésie du Tout-Monde. Editions Galaade, 352 pages, 24,90 euros.

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