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    Culture

    Karthala, le « volcan » du boulevard Arago

    media Le siège des éditions Karthala, au 22-24 boulevard Arago, dans le 13e arrondissement de Paris. Cristof Echard/

    En trente ans d’existence, Karthala s’est imposé comme un éditeur majeur d’ouvrages sérieux et novateurs en politiques internationale et africaine. Son fondateur Robert Ageneau s’apprête à passer la main à une nouvelle génération.

    Robert Ageneau est un éditeur heureux. Fondateur des éditions Karthala, le septuagénaire a fêté cette année les trente ans de son entreprise. Son nom emprunté à un volcan des Comores encore en activité, Karthala n’est pas une maison d’édition comme les autres.

    Moins connue que les Seuil, les Gallimard, les Actes Sud et autres fleurons de l’édition française, elle s’est cependant imposée comme un éditeur incontournable dans le domaine des sciences humaines, politiques et sociales, spécialisé dans les questions internationales et les pays du Sud. Les livres publiés par Karthala relatifs notamment à l’Afrique sont synonymes de sérieux et d’originalité de pensée. « Notre chance a été d’avoir eu dès le début comme compagnons de route des jeunes chercheurs universitaires de grande qualité comme Jean-François Bayart, Christian Coulon ou Jean Copans qui ont renouvelé le débat en France sur l’Afrique, le tiers-monde ou la modernité post-coloniale », déclare l’éditeur.
     
    De « Spiritus » à Karthala
     
    Le propre parcours de Robert Ageneau n’est pas étranger au positionnement novateur de Karthala dans le paysage éditorial français. Né en 1938 dans l’ouest de la France où l’Eglise joue un rôle dominant, ce Vendéen est un ancien membre de la congrégation du Saint-Esprit et se destinait à la prêtrise. Sous la triple influence de la décolonisation, du concile Vatican II et des mouvements de contestation de mai 68, il a rompu avec sa congrégation et est revenu à la vie civile dans les années 70.
    Robert Ageneau, directeur des editions Karthala. Il n'existe nulle part ailleurs un bureau d'éditeur qui soit plus proche de la porte d'entrée Cristof Echard/
    Fort de son expérience de rédacteur en chef de la revue des missionnaires Spiritus pendant cinq ans, le jeune homme en colère s’est lancé en 1975 dans l’édition avec un certain Denis Pryen. Issus tous les deux de la gauche catholique à l’origine des ONG humanitaires et du mouvement altermondialiste, ils militent contre le néo-colonialisme français en Afrique et pour les différents mouvements de révolution populaire dans le monde. Ensemble, les deux compères créent les éditions L’Harmattan qui s’inspirent de l’expérience des éditeurs militants comme Maspéro et Présence Africaine, et se proposent de publier des ouvrages mobilisateurs traitant des problèmes du Tiers-Monde et de l’Afrique.
    Grâce au resserrement des frais de fabrication sous l’égide de Pryen qui se révèle un formidable gestionnaire, le projet L’Harmattan connaît un certain succès. Mais très vite de graves désaccords surgissent entre les deux gérants-fondateurs, autour des questions de stratégie commerciale et éditoriale. Son approche militante conduit Pryen à produire beaucoup de livres, souvent au détriment de la qualité et de l’analyse. En 1980, suite à une action en justice qui l’affranchit de toute clause de non-concurrence, Robert Ageneau, soutenu par une partie de l’équipe, quitte L’Harmattan pour fonder sa propre maison d’édition.
     
    « Politique par le bas »
     
    « Une nouvelle décennie s’ouvrait avec ses perspectives et ses questionnements inédits, se souvient le directeur-gérant de la nouvelle entité. Le besoin se faisait sentir d’un catalogue spécialisé sur l’Afrique et le Tiers-Monde, basé sur le travail sérieux de réflexion des chercheurs et des intellectuels. J’ai donc créé Karthala avec une poignée d’amis, avec un capital pr
    Une petite équipe de 8 salariés fait tourner la maison Karthala. Cristof Echard/
    ivé provenant de petits actionnaires. Trente ans après, nous sommes restés une petite maison d’édition à taille humaine, soumise à aucun grand groupe. » La création de Karthala en 1980 coïncide avec un nouvel âge de la recherche et de la réflexion sur les pays émergents. Les premiers livres publiés par l’équipe de Robert Ageneau témoignent de ce changement.
    Leurs titres : Les ethnies ont une histoire, Age, pouvoir et société en Afrique noire, Afriques indociles, Etat et bourgeoisie en Côte d’Ivoire … Leurs auteurs sont des jeunes chercheurs africanistes qui se distinguent de leurs aînés en prenant leur distance par rapport à la théorie de la domination coloniale comme la seule explication du sous-développement. Leurs travaux portent sur les dynamiques internes des sociétés qui leur semblent être aussi déterminantes que les pressions venant de l’extérieur ou du haut.
    Emblématique de cette approche du « politique par le bas » est la revue Politique africaine. Elle est née en même temps que Karthala comme revue de la maison sous l’égide de Jean-François Bayart, maître à penser de la génération montante d’Africanistes. Cette revue qui en est aujourd’hui à son 122e numéro (consacré au Sud-Soudan) atteste de la fécondité et du dynamisme de l’école africaniste française.
    Pour importante qu’elle soit, la thématique africaine n’est pas le seul axe du catalogue de Karthala, riche aujourd’hui de quelque 2200 titres. Etant donné le parcours du fondateur de la maison, comment s’étonner que l’éditeur ait très tôt mis en place des collections consacrées au fait religieux et notamment au christianisme ? Ces collections qui ont pour titres « Chrétiens en liberté », « Mémoires d’Eglise » ou « Signes des temps, proposent des essais ou des études sur le christianisme en Afrique, sur les débats à l’intérieur de l’Eglise, et sur l’histoire des missions et des nouvelles églises.
    Enfin, la production Karthala s’est enrichie au cours des années 1990 avec la création d’un nouveau pôle de collections thématiques qui vont de « Recherches internationales » aux études littéraires, en passant par des collections de dictionnaires et de langues et un créneau « Découvertes et voyages » qui s’inscrit dans une démarche de vulgarisation.
     
    « Passer le manche »
     
    Robert Ageneau, directeur des éditions Karthala. Cristof Echard/
    Avec ses 120 titres par an alors que l’heure est à la boulimie de publications, et sa politique non de best-seller mais de constitution d’un fonds de bons livres qu’elle espère rentabiliser dans le temps, Karthala reste un éditeur pas comme les autres.
    Un éditeur à taille humaine, fondé sur l’actionnariat familial. Pour avoir une base financière solide, la maison a procédé au début des années 2000 à une augmentation importante du capital et réalise un chiffre d’affaires de 1,1 millions d’euros. Logiquement, le fils de l’actionnaire majoritaire, la famille Audrain, prendra le relais lorsque Robert Ageneau, 73 ans (« seventy-free » comme l’intéressé se plaît à dire) passera le manche. Un éditeur indépendant, même si les crises successives – la dévaluation du franc CFA, l’effondrement des ventes à l’exportation – ont réduit sérieusement sa marge de manœuvre en le poussant à chercher systématiquement des subventions publiques. Enfin, un éditeur engagé qui, comme le rappelle l’africaniste Jean Copans, n’a eu cesse depuis sa création de « valoriser des textes qui se veulent utiles d’abord ». Dans un créneau – celui des pays du Sud – délaissé par les grandes maisons d’édition française. Bref, un éditeur qu’il faudrait inventer s’il n’existait pas !
     

    RFI : Pourquoi avez-vous quitté les éditions Karthala ?

    Dominique Mataillet : J’ai quitté les éditions Karthala en 1986 parce que les divergences entre Robert Ageneau et l’équipe « historique » qui l’a aidé à mettre en place cette entreprise, se sont accentuées. Nous avons eu l’impression qu’il voulait nous imposer ses choix éditoriaux, ses règles. En tant que directeur-gérant, il avait droit de le faire, mais comme jusque-là nous avions travaillé en bonne entente, sans esprit hiérarchique, nous avons eu l’impression qu’il voulait tout d’un coup changer les règles du jeu. Il n’y avait plus le souffle initial.
     
    RFI : En quoi consistait ce souffle initial ?
    DM : Bouillonnement d’idées, créativité. L’équipe fondatrice était composée de Robert Ageneau, Patrick Mérand (Sépia) et moi-même. A trois, nous avons inventé l’esprit Karthala, les formats des collections dont certaines, trente ans après, continuent de se vendre. La collection « Afriques », par exemple.
     

    DM : J’ai passé les meilleures années de ma vie à Karthala. Malgré les divergences que j’ai eues à l’époque avec Robert Ageneau, j’ai toujours beaucoup d’estime pour lui. C’est un homme de grande valeur, un intellectuel et un visionnaire qui a su s’appuyer sur un réseau d’amis et d’universitaires pour créer cette maison d’éditions qui n’a pas son pareil dans le paysage éditorial français.

     
    Propos recueillis par Tirthankar Chanda
    Chronologie et chiffres clés
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