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    Culture

    Les Mille et une histoires de Dinaw Mengestu

    media Dinaw Mengestu a auparavant écrit "Les belles choses que porte le ciel" en 2007. Albin Michel/ Mathieu Zazzo

    Avec son deuxième roman Ce qu’on peut lire dans l’air, l’Ethiopien-Américain Dinaw Mengestu confirme son talent de conteur. A travers deux récits habilement superposés de couples d’émigrés africains dérivant dans une Amérique moderne où le racisme et la xénophobie n’ont pas dit leur dernier mot, il raconte une fable identitaire moderne et complexe.

    Dinaw Mengestu est un romancier américain d’origine éthiopienne. Il s’est fait connaître en 2007 en publiant son premier roman au titre poétique emprunté à Dante : Toutes ces belles choses que porte le ciel. Ce récit des heurs et malheurs de la diaspora africaine aux Etats-Unis a valu à son jeune auteur, né à Addis Abeba en 1978, d’être sélectionné par le New Yorker comme l’un des auteurs américains de moins de 40 ans les plus prometteurs.

    Ce qui a tant plu dans ce roman inaugural, c’était la voix originale, à mi-chemin entre l’élégiaque et le parodique, la désespérance et la distanciation lucide. Une tonalité que l’on retrouve dans le second roman de Mengestu que les éditions Albin Michel viennent de traduire en français. Ce qu’on peut lire dans l’air est l’un des ouvrages les plus attendus de cette rentrée.

    Un récit autobiographique

    Un roman en grande partie autobiographique. Son action se déroule à Peoria dans l’Illinois. Une ville que l’auteur connaît bien car c’est ici que les Mengestu se sont installés dans les années 1980. Dinaw avait 2 ans lorsqu’il est arrivé aux Etats-Unis pour rejoindre son père qui avait fui les exactions des communistes arrivés au pouvoir après la chute de l’empereur Hailé Selassié. La famille a aussi vécu à Chicago et les enfants ont grandi comme n’importe quels enfants américains, tout en intériorisant leur identité éthiopienne.

    Dinaw Mengestu a souvent évoqué la difficulté de revendiquer ses origines éthiopiennes dans une Amérique blanche et conservatrice, sans être réduit à des stéréotypes. Il faudra attendre son premier voyage au pays natal pour qu’il puisse assumer au plein jour cette double identité. C’est à l’âge de 28 ans qu’il mit les pieds pour la première fois dans son pays natal. Depuis, il retourne régulièrement en Afrique pour revoir sa famille, mais aussi pour réaliser des reportages publiés dans des magazines et des journaux anglophones

    Ces retours au bercail se passent plus ou moins bien. Ainsi, il y a deux ans, lorsque Mengestu s’est retrouvé au Congo oriental pour les besoins d’un reportage, il a failli se faire lyncher par des exilés rwandais. « J’avais beau leur parler couramment en anglais, à leurs yeux ma physionomie trahissait mon appartenance tutsie. Cette perception faisait peser de graves menaces sur ma sécurité », a-t-il expliqué lors d’une interview au New York Times. « Chaque fois que mes interlocuteurs me regardaient, mon traducteur devait leur rappeler que j’étais Américain. A moi, il n’avait de cesse de répéter : « Attention, tu vas les embrouiller en leur répétant que tu es éthiopien. Dis leur simplement que tu es américain. Ajouter une couche identitaire supplémentaire ne fait que compliquer les choses… »

    Exilés, réfugiés et émigrés

    Ces « couches identitaires supplémentaires » qui n’étaient guère du goût de l’interprète congolais de Mengestu, sont justement le thème des romans qui ont fait la réputation de ce jeune et magistral romancier. Ses récits sont peuplés d’exilés, de réfugiés, d’émigrés de fraîche date ou installés depuis belle lurette, s’interrogeant sur leurs identités plurielles sources de tant d’angoisses et de confusions.

    Ce sont surtout de formidables résistants qui refusent de jouer le rôle qui leur est imposé par leur société d’accueil. C’est le cas de l’épicier Sépha Stéphanos, protagoniste du premier roman de Dinaw Mengestu. Mais la société majoritaire finit par étouffer sa résistance. Chemin faisant, on voit le personnage se marginaliser progressivement, au fur et à mesure que l’espace alentour s’embourgeoise et se réhabilite. Enfermé dans son épicerie délabrée où la vie stagne, l’émigré est réduit à son « inquiétante étrangeté ».

    Les Mille et une histoires 

    Albin Michel

    Un destin que le protagoniste de Ce qu’on peut lire dans l’air souhaiterait éviter à tout prix. Plus audacieux, ce second roman va plus loin dans son exploration de la résistance de la victime. Son héros Jonas Woldemariam est un émigré de seconde génération. Il est né aux Etats-Unis et a grandi sur le sol américain. La discrimination dont il est victime est subtile, mais n’en est pas moins destructrice. Pour se préserver, le jeune homme déploie une panoplie de stratégies dont la plus impressionnante est sa capacité à inventer des histoires. Employé dans un centre de réfugiés, ce Schéhérazade au masculin réécrit les dossiers des demandeurs d’asile pour rendre leurs récits plus crédibles. Il va jusqu’à réinventer l’histoire du départ d’Ethiopie de son père, mêlant réalité et fiction, inquiétudes et mythologies. Cela donne quelques-unes des plus belles pages de ce roman original et particulièrement abouti.     

    Le meilleur exemple de cet aboutissement est sans doute la construction gémellaire du récit, alternant passé et présent. Le roman s’ouvre sur un trajet en voiture que le narrateur-protagoniste a entrepris, roulant dans les pas de ses parents qui avaient emprunté il y a une trentaine d’années la même route, qui relie Peoria à Nashville. Pour Yosef et Maria, les parents du narrateur, le voyage s’était révélé calamiteux et avait débouché sur la fin de leurs espérances américaines. Séparé lui aussi de son épouse, Jonas tente de reconstituer le parcours de ses parents pour se préserver de la dérive qui le guette.

    Empreint d’une mélancolie mêlée d’un sentiment d’apaisement, ce beau second roman de Dinaw Mengestu témoigne de la maturité de ce jeune auteur qui semble avoir trouvé le secret des « espaces où nous prenons souffle » dont parlent les vers des Elégies de Duino cités en exergue. L’installation du romancier à Paris où il a trouvé l’amour et écrit l’essentiel de son nouvel opus, n’est peut-être pas étrangère à sa vision aujourd’hui apaisée du monde d’où il vient.



    "Ce qu’on peut lire dans l’air" de Dinaw Mengestu. Traduit de l’anglais par Michèle Albaret-Maatsch, Albin Michel, 380 pages, 22 euros.    

     

     

     

     

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