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Aya Cissoko : «Du plus loin que je me souvienne, je me vois avec un livre à la main»

Aya Cissoko est Franco-Malienne et championne du monde de boxe. En 2008, suite à une blessure lors d’une compétition, elle a dû renoncer à son sport favori. Elle est aujourd’hui étudiante à Sciences-Po et se prépare à embrasser une nouvelle carrière, sans doute moins violente. Cissoko est aussi l’auteur d’un roman autobiographique, Danbé (Calmann-Lévy), qui l’a fait connaître du grand public. Elle y raconte son histoire de fille d’immigrée africaine devenue sportive de haut niveau. Grande lectrice, elle a raconté à RFI sa dette envers les grands livres dont elle s’inspire pour traverser la vie.
Selon la légende, vous étiez une sportive atypique. Une sportive qui lit ! Est-ce que vous confirmez la légende ?
Oui, c’est vrai. J’aime lire. Je lis partout, à la maison, dans le métro, le soir avant de me coucher. La lecture me procure cette nourriture spirituelle sans laquelle je ne serais pas ce que je suis.
D’où vient cette passion pour les livres ?
De mon enfance, je crois. Du plus loin que je me souvienne, je me vois avec un livre à la main. J’ai grandi à Paris. Ma mère interdisait à mon frère et à moi de sortir. J’ai très vite trouvé que la lecture était le meilleur moyen de m’échapper aux quatre murs de notre appartement étroit. Depuis, je n’ai plus cessé de lire.
Vous souvenez-vous de vos premiers chocs de lecture ?
Il y en a eu plusieurs. Mais le livre qui m’a le plus chamboulée quand j’étais encore jeune fille, c’était le livre de Primo Lévi : Si c’est un homme (Julliard). J’avais 13 ans quand je l’ai lu. Je l’ai lu d’une seule traite. Je me souviens encore d’avoir dû interrompre la lecture pour aller manger. C’était un arrachement. Le repas expédié en quelques minutes à la grande consternation de ma mère, je suis revenue à Lévi. Le livre m’a tenu éveillée jusqu’à très tard dans la nuit. Difficile de m’endormir après. Comment reprendre une vie normale après une lecture aussi forte et poignante ?
Vous dites que vous aviez été « chamboulée ». Qu’est-ce qui vous a touché le plus dans cette lecture ?
Les horreurs de la déshumanisation. Comment l’homme se transforme en bête. Tout cela raconté sur un ton neutre, dépassionné. C’est au-delà de l’art. Tous les jeunes devraient lire ce livre. Si j’en parle avec autant d’émotion, c’est parce que je viens de le relire. Il m’arrive de relire les ouvrages qui m’ont marquée durant mon enfance, ne serait-ce que pour voir si je réagis différemment aujourd’hui avec mon regard d’adulte. En relisant Primo Lévi, j’ai ressenti la même émotion qu’autrefois.
Lévi est grave. J’imagine qu’il vous arrive aussi de lire ou de relire des livres plus légers. Parlez-nous de vos lectures d’été. Pour les vacances, quels livres mettez-vous dans votre valise ?
Je pars à Londres, puis en Ecosse. Quatre livres pour me tenir compagnie : Just Kids (Denoël) de Patti Smith, Jules et Jim (Gallimard) de Henri-Pierre Roché , Trois vies (Gallimard) de Gertrude Stein et, enfin, un livre que l'on m’a offert : Le sport féminin (Michalon) de Fabienne Broucaret.
C’est une sélection plutôt éclectique.
Je n’aime pas m’enfermer dans un seul style littéraire. Je m’intéresse à tout, et tout naturellement cela se ressent dans mes choix de lecture.
Par lequel des 4 ouvrages commencerez-vous ?
Sans doute, par Patti Smith. J’adore Smith comme chanteuse. Sa vie m’intéresse. Le couple atypique qu’elle a formé avec le photographe Robert Mapplethorpe fait partie des légendes de l’Amérique contemporaine. Quand je suis entrée dans la librairie, mon regard a été immédiatement attiré par la couverture. Elle représente Smith et Mapplethorpe quand ils étaient encore jeunes. Ils sont à Coney Island, avec un manège en arrière-plan. La nostalgie qui se dégage de cette image m’a si profondément troublée que je ne pouvais pas ne pas acheter le livre. Toutefois, comme j’ai peur d’être déçue, j’ai pris les autres livres, notamment Jules et Jim que je voulais lire depuis longtemps. Depuis que j’ai vu sa magnifique adaptation par Truffaut !
Parmi les livres que vous avez cités jusqu’ici, il n’y a pas un seul titre africain. Avec des parents maliens, vous avez dû voir passer des livres africains à la maison ?
J’avoue que je ne me suis jamais sentie très concernée par la thématique des romans africains. J’ai lu comme tout le monde Kourouma, mais il ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. J’ai eu toutefois ma période Amadou Hampâté Ba. J’ai commencé par ses contes. Le rythme de la narration d’Hampâté Ba, la justesse du regard m’ont poussé à aller plus loin. J’ai lu récemment L’Etrange destin de Wangrin (10/18). J’aime la description qu’il fait de la colonisation et des coutumes locales. Un ton d’une modernité étonnante où le souci documentaire se mêle à l’ironique !
Comme beaucoup de votre génération, est-ce que vous vous êtes convertie au livre numérique ?
Jamais ! Je suis une inconditionnelle du livre papier. Je comprends les avantages du livre numérique, mais j’ai besoin de toucher le livre, d’être dans ce rapport sensuel sans lequel je ne peux pas entrer en communion avec le contenu. Aucun argument ne pourra me convaincre de changer de support.
Croyez-vous que la lecture puisse changer la vie d’un homme ?
Evidemment. Je peux parler de ma propre expérience. J’ai puisé énormément de force dans la lecture. Je me souviens d’avoir lu, quand j’étais encore une gamine, un roman extraordinaire qui s’intitulait Au nom de tous les miens (Pocket). Le héros voit sa famille exterminée par les nazis, mais lui, il réussit à survivre grâce à sa rage de vivre et sa force de caractère. Ce livre m’a appris à faire face avec courage et dignité aux vicissitudes de la vie. Oui, j’ai une immense dette envers les écrivains.

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salut Aya,
Très fière d'avoir une compatriote de si haut niveau sportif et amoureuse du livre. Personnellement j'étais une bonne lectrice aussi mais avec le temps et mes occupations j'ai perdu ce désir. En plus ici en Afrique il nous est souvent difficile d’accéder aux romans surtout après l'âge scolaire. tous mes encouragements et bon vent!!!!!!!!!