Lectures de vacances - 
Article publié le : jeudi 18 juillet 2013 à 18:22 - Dernière modification le : jeudi 18 juillet 2013 à 18:31

Roselyne Bachelot: «Les livres m'ont été transmis comme autant de talismans»

Roselyne Bachelot est une lectrice compulsive.
Roselyne Bachelot est une lectrice compulsive.
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Par Tirthankar Chanda

Roselyne Bachelot est une lectrice compulsive. Il lui arrive de lire en marchant dans la rue, au risque de se cogner contre les réverbères. Cette ancienne ministre de Sarkozy et de Chirac est aussi l’auteur d’essais politiques et d’articles spécialisés sur… la musique et l’opéra. Les éditions Flammarion publieront à la rentrée son nouveau livre sur Verdi. Dans l’entretien qui suit, elle parle de sa passion pour la chose écrite et bien entendu de ses lectures d’été.

RFI: Pour vous, vacances riment-elles avec lectures ?

Roselyne Bachelot: Il n’y a pas que les vacances, ma vie entière rime avec lecture !

Manifestement, la lecture est importante pour vous ! C’est une philosophie de vie ?

Une philosophie de vie que j’ai reçue en héritage de mes parents. Je viens d’une famille modeste. C’est la lecture et les études qui ont permis à mes parents de monter dans l’ascenseur social. Ils avaient très vite compris que l’éducation était la clef de la liberté. Ma grand-mère maternelle ne savait ni lire ni écrire. Elle a tout fait pour que sa fille, ma mère, fasse des études. Ce que celle-ci a fait, au point de devenir une liseuse quasi-compulsive ! Ma mère passait son temps à lire et à se cultiver. Elle plaçait la lecture au-dessus de tous les autres loisirs.

Elle était aussi une féministe militante, selon les articles de journaux que j’ai pu lire sur vous et votre famille.

C’est la découverte du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, mais aussi celles de La Femme mystifiée de Betty Friedan et de La Maison pour soi de Virginia Woolf, qui l’ont poussée à s’engager dans le combat féministe. Ces livres qui ont aussi compté pour moi, m’ont été transmis comme autant de talismans pour me protéger contre l’ignorance. Pour mes parents, le livre n’était pas ce produit jetable de maintenant. On achetait des livres parce qu’ils répondaient à une quête de sens. Ils ont réussi à me transmettre leur amour des livres, que moi, à mon tour, j’ai essayé de transmettre à mes enfants.

Est-ce que la passion pour la lecture est transmissible ?

Je crois que oui, si je prends l’exemple de mes enfants ou le mien. Je suis une lectrice compulsive, tout comme ma mère l’était, d’ailleurs ! Il m’arrive de lire même en marchant, au risque de me cogner contre les réverbères, quand ce n’est pas contre les passants. Quant à mes enfants, ce sont des « accros » de lecture. Je partage avec mon fils Pierre, une passion commune pour la science-fiction. Son cadeau de Noël pour sa mère est invariablement un roman de science-fiction. Je crois bien que c’est lui qui m’a fait découvrir le passionnant univers d’Alfred Van Vogt, auteur du Monde des non-A. Ce sont des récits qui se situent au carrefour de la science et de la philosophie. Le non-A est la contraction de non-aristotélicien…

Vous avez commencé à lire très tôt. Souvenez-vous de vos premières lectures ?

Je me souviens des livres de la bibliothèque verte que je recevais en cadeau de Noël. J’ai dû lire toute la série, commençant par Les malheurs de Sophie. Mais de toutes mes lectures de petite fille, le livre dont je garde un souvenir enchanté, c’est celui que je lisais chez ma grand-mère : un gros livre avec des gravures en eaux fortes, qui racontaient l’Histoire de la Reine de Bohême et de ses sept châteaux. Un récit romantique à souhait ! Je m’identifiais complètement avec la jeune princesse au moment où elle découvre l’identité du chevalier mystérieux qui l’a aidée par amour à conquérir son royaume. Je me souviens encore de ce moment fatidique où le chevalier enlève lentement son heaume, révélant à la princesse son beau visage... J’imaginais que j’étais la reine de Bohême ! J’avais 6 ou 7 ans ! Une autre histoire qui m’a marquée à l’époque, c’était la saga du Mouron Rouge. « Est-il ici, serait-il là ?/Les Français tremblent dès qu'il bouge./Satan lui-même le créa,/L'insaisissable Mouron rouge ! » Je lisais avec délectation les aventures de cet aristocrate anglais qui, sous la barbe des agents de Robespierre, enlevait ses compatriotes condamnés à la guillotine. Je trouvais ce personnage fascinant ! Normalement, je n’aurais pas dû car il ridiculisait les révolutionnaires français.

Combien de livres lisez-vous par semaine ?

De par ma profession de chroniqueuse télé, je suis amenée à côtoyer les auteurs. Dans l’émission du Grand 8 où je suis chroniqueuse aux côtés de Laurence Ferrari, nous recevons chaque soir un auteur qui vient nous parler de son livre. Comme je tiens à lire les auteurs que je reçois, je finis par lire un livre par jour. J’arrive à tenir le rythme car j’ai suivi une formation de « speed-reading » qui permet de lire vite. Cette technique de « speed-reading » m’a été très utile quand j’étais ministre et je devais absorber des montagnes de rapport et de documents techniques. Cela reste une lecture superficielle. Aujourd’hui, quand je reçois un livre intéressant dans le cadre de mon émission, je le lis une première fois en mode rapide, puis je le relis pour mieux entrer dans la pensée de l’auteur ou pour m’imprégner de la musique des phrases, s’agissant d’un livre littéraire.

Parmi les auteurs que vous avez reçus récemment à votre émission, est-ce qu’il y a quelqu’un qui vous a impressionné ?

Le dernier qui m’a marqué, c’est Jean-Christophe Rufin. Son Immortelle randonnée qui raconte ses pérégrinations sur la route de Compostelle, est un chef d’œuvre d’intelligence et d’analyse psychologique. J’ai connu Rufin quand il était ambassadeur au Sénégal. Je lui ai écrit dès que j’ai reçu son nouveau livre en service de presse. C’est le troisième ou le quatrième livre de lui que je lis. Son goût pour l’ailleurs me rappelle beaucoup Le Clézio. Ils ont tous les deux en commun ce souci admirable de ne pas rendre l’autre exotique et de camper l’ailleurs dans l’épaisseur de sa réalité, tout en distillant savamment ce rêve qu’inspirent la distance et le lointain.

Puisqu’on parle de rêve, venons-en aux vacances. Quels livres emporterez-vous dans votre valise de vacances, cette année ?

J’emmène toujours en vacances tout un stock de livres que je n’ai pas eu le temps de lire dans l’année ou que je veux relire. Je mets dans la valise en premier un gros roman, genre Douglas Kennedy et un bon polar, pour frissonner même s’il fait très chaud sur la plage ou au bord d’une piscine. Cette année, ce sera Une Chanson douce de Mary Higgins Clark. J’emporterai aussi le dernier John Irving : A moi seul, bien des personnages, un livre particulièrement d’actualité puisqu’il parle d’identité sexuelle. Il y aura forcément un livre de réflexions, sans doute Urgences françaises de Jacques Attali, l’un des cerveaux les plus stimulants de notre intelligentsia.

Comme vous lisez vite et beaucoup, votre valise risque d’être lourde. Vous n’êtes pas tentée par le livre numérique ?

J’ai besoin du livre papier et me refuse au numérique, sauf pour préparer un article ou une conférence technique.

Aimez-vous offrir des livres ?

Je ne suis pas du genre à me précipiter dans les librairies pour réserver le dernier Goncourt pour l’offrir comme cadeau de Noël, sauf si le roman m’a vraiment plu. En revanche, si j’ai un coup de cœur pour un livre, je peux en acheter 15 à 20 exemplaires pour les distribuer à des gens que j’aime bien. J’ai, par exemple, beaucoup offert le Fouché de Stefan Zweig. C’est un livre remarquable qui raconte d’une manière magistrale la révolution française et surtout l’histoire de cet homme politique talentueux qui a traversé des hauts et des bas dans sa carrière politique. Zweig montre bien combien les traversées du désert sont des moments importants dans une vie politique car c’est ce qui permet de se ressourcer. C’est pourquoi lorsqu’un proche ami perd les élections, je lui envoie le Fouché de Stefan Zweig avec un petit mot : « Lis ça, tu verras comment tu peux faire de cette regrettable cassure dans ta vie publique quelque chose sans doute utile. »

Vous l’aviez envoyé au président Sarkozy ?

Non, je n’ai pas envoyé à Sarkozy le Fouché de Stefan Zweig, mais peut-être devrais-je le faire. C’est une bonne idée !

 

tags: Littérature - Livres
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