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    Mahamat-Saleh Haroun: «Il y a des livres qui vous rappellent que vous faites partie de l'humanité»

    media Mahamat-Saleh Haroun, réalisateur du film «Grisgris». r Masha Kuvshinova/wikimedia.org

    Mahamat-Saleh Haroun est cinéaste, primé à Cannes, célébré dans le monde entier. Ses films (Bye-bye Africa, Abouna, Un homme qui crie, Grigris, son dernier film sur les écrans) parlent de son pays natal - le Tchad -, de l’Afrique, des guerres, de la jeunesse africaine sacrifiée. Un cinéma violent et mélancolique qui puise son inspiration dans la littérature de l’Afrique et du monde. Comment alors s’étonner que sa sélection de lectures d’été soit avant tout littéraire ?

    RFI : Vos films font souvent référence à la littérature. Un homme qui crie renvoie au Cahier d'un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Votre traitement de la guerre dans ce film rappelle aussi certaines pages de votre compatriote Nimrod. Est-ce que la littérature vous inspire ?

    Mahamat-Saleh Haroun : Moi, c’est le romanesque qui m’inspire. A neuf ans, j’ai vu mon premier film, un film indien avec dans le rôle principal une très belle comédienne. Belle comme le jour qui se lève. Je crois bien que c’est en la regardant jouer que ma vocation de cinéaste est née. Surtout, en la regardant sourire. J’ai été bouleversé par son sourire qui, je croyais, m’était destiné ! Le Bollywood et le western sont les deux sources de mon cinéma. La littérature est venue plus tard. La lecture a structuré ma pensée. Elle m’a surtout appris à raconter des histoires, de manière convaincante.

    Puisque vous évoquez les vertus didactiques de la littérature, comptez-vous faire venir des écrivains, romanciers dans cette école du cinéma que vous envisagez de créer dans votre pays, le Tchad ?

    La littérature y aura, bien entendu, une très grande place. J’ai pour modèle l’école du cinéma de Cuba où chaque année Gabriel Garcia Marquez vient donner des cours. Pour tout vous dire, je suis un peu jaloux de ces jeunes Cubains qui ont la chance d’avoir Marquez comme professeur. Il est mon romancier favori : je relis tous les ans Cent ans de solitude (Grasset), avec une délectation renouvelée chaque fois.

    Je parie que vous rêvez de faire venir Marquez au Tchad...

    Ndjamena est malheureusement trop loin pour le vieux monsieur qu’est Marquez aujourd’hui, mais je compte bien mobiliser tous les grands conteurs et romanciers que je connaisse pour les faire venir pour initier nos étudiants à l’art narratif. Comment raconter, sans tout dire, créer l’attente, le suspense… L’acquisition du talent narratif qui fait, à mon avis, défaut aux cinéastes africains, sera vraiment au cœur de cette formation. D’ailleurs, j’ai déjà l’accord de principe de quelques romanciers amis à qui j’ai raconté mon projet. Nimrod, William N’Sondé, Alain Mabanckou m’ont dit qu’ils viendront avec joie à Ndjamena.

    Comment est né votre goût pour la narration ?

    Je crois qu’il vient de ma grand-mère. C’était une conteuse née. Elle avait une histoire pour chaque occasion. Des contes moraux, des contes fantastiques, des contes pour rire… Mon enfance a été bercée par la voix de cette grand-mère conteuse hors pair.

    Le cinéma, la réalisation occupent l’essentiel de votre temps. Avez-vous aujourd’hui encore le temps de lire ?

    Je trouve le temps. Je lis dans l’espoir de trouver une pépite, une belle histoire à adapter au cinéma. Il m’arrive de lire trois à quatre livres en même temps. Je mélange les fils. Parfois quand un livre m’ennuie, je n’hésite pas à laisser tomber. Je suis totalement décomplexé et vis très bien avec l’idée qu’on puisse commencer un livre sans le terminer.

    Est-ce que vacances riment avec lectures pour vous ?

    Les vacances sont certainement le moment le plus propice à la lecture. Chaque fois, je pars en vacances, j’emmène plusieurs livres avec moi, sans nécessairement savoir si je vais pouvoir les terminer.

    Quels livres emmenez-vous cet été ?

    (Il sort les livres de son sac) Voyons voir : il y aura Lumières de Pointe-noire (Seuil) d’Alain Mabanckou, Poisons de Dieu, remèdes du diable (Métailié) de Mia Couto, Une aiguille nue (L’Or des Fous)de Nuruddin Farah et Pickpocket (Picquier) de Nakamura Fuminori. J’ai mis aussi de côté deux essais : En terre étrangère : vie d’immigrés du Sahel en Ile-de-France (Seuil) du sociologue français Hughes Lagrange et La guerre d’Algérie vue par les Algériens (Denoël), de Benjamin Stora et de Renaud de Rochebrune. Je connais les auteurs du dernier ouvrage. Ils m’ont dédicacé leur livre, mais bien sûr ce n’est pas la seule raison pour laquelle je l’emmène. Je vis en France depuis les années 1980 et je sais que les Français n’ont pas encore réussi à se libérer de leur passé algérien. Connaissant le sérieux des auteurs, je pense que cet ouvrage me permettra de comprendre mieux cette histoire compliquée, abordée cette fois du point de vue des colonisés.

    Et pourquoi Hugh Lagrange ?

    J’ai entendu parler de lui à l’occasion de la parution de son dernier livre Déni des cultures (Seuil) qui avait suscité, je me souviens, une polémique à cause de ses positions politiquement peu correctes sur la jeunesse des banlieues. Son nouveau livre sur l’immigration africaine depuis les années 1970 que j’ai commencé à feuilleter est une compilation de témoignages, doublée d’une analyse sociologique du mal-vivre des exilés africains. J’aime aussi la manière de Lagrange de raconter les vies, les personnages, en les campant dans des réalités concrètes. Il a aussi une très littéraire, agréable à lire.

    Il y a quatre romans dans votre sélection. Pourquoi ceux-là plutôt que d’autres ?

    C’est simple. J’ai acheté Pickpocket pour le titre. Un titre romanesque et prometteur, vous en conviendrez. Cela dit, j’aime beaucoup la littérature japonaise, pour sa profondeur et légèreté. Mia Couto, parce qu’il me rappelle Marquez. Il est sans doute le romancier africain le plus latino-américain que je connaisse. Nuruddin Farah me parle : j’ai l’impression de voir mon pays, le Tchad, dans la Somalie qu’il raconte inlassablement, avec un sens consommé de mélancolie. Je me reconnais dans ses personnages, souvent des exilés, des apatrides, victimes de guerres, qui parcourent le monde à la recherche de je ne sais quoi.

    Et enfin Alain Mabanckou …

    Je suis le travail de Mabanckou depuis plusieurs années. J’ai eu en main son chef d’œuvre Verre cassé (Seuil) avant tout le monde, ou presque. Je l’ai adoré. C’est pourquoi je n’ai pas été du tout étonné de voir la carrière que ce livre a pu faire. Il arrive un moment dans la vie d’un écrivain, comme dans celle d’un cinéaste d’ailleurs, quand se produit cette inexplicable alchimie entre l’écriture et l’attente des lecteurs. C’est ce qui s’est passé pour Mabanckou, avec Verre cassé. Il s’est imposé comme une évidence.

    Qu’est-ce qui vous plaît dans l’écriture de Mabanckou ?

    Beaucoup de choses me touchent dans les livres de Mabanckou, mais j’ai toujours été particulièrement sensible à la façon très attachante de cet homme de raconter sa relation avec sa mère. La disparition de celle-ci fut une tragédie pour lui, mais l’écriture lui a permis, j’ai l’impression, de sublimer cette douleur. Mieux encore, il en a fait la source de sa créativité. En tant qu’Africain, l’empathie de Mabanckou pour sa mère me touche beaucoup. Chez nous, les mères sont très importantes, c’est elles qui ont fait de nous les hommes ou femmes que nous sommes devenus. Peut-être plus que nos pères.

    Revenons à vos lectures de vacances. Avec tous ces Mabanckou, Mia Couto, votre valise risque d’être lourde. Vous n’êtes pas tenté par les tablettes ?

    Je ne me suis pas encore mis au numérique. En fait, j’aime bien le contact avec le papier. Dans une autre vie, j’ai été journaliste. Je m’occupais du secrétariat de rédaction d’un journal et j’avais accès à ce titre à l’imprimerie. Je touchais l’encre, je me laissais envahir par l’odeur du papier… c’était jouissif. On a perdu tout cela avec le numérique qui a dématérialisé la production de l’écrit. Je passerai sans doute un jour aux tablettes. Mais ce sera uniquement pour lire les scénarii, jamais pour lire un livre. Pourriez-vous vivre avec une femme qui, elle, habiterait l’Australie et vous à Paris ? Vous vous appellerez par Skype, parlerez par Skype, ferez l’amour par Skype interposé, tous les jours, plusieurs fois par jour… Il vous manquera toujours le corps. Le contact avec le livre est du même ordre, de l’ordre du sexuel, de l’érotique, du sensuel…

    Un livre que vous aimez relire, à part Cent ans de solitude ?

    Sans hésitation, Le Petit Prince de St-Exupéry. Je l’avais appris par cœur, quand j’étais jeune. Quand j’ai lu ce livre pour la première fois, j’ai eu l’impression de lire une histoire dont j’étais partie prenante. C’était la première histoire que je lisais qui ne m’abandonnait pas sur le quai de la gare. Imaginez un petit Africain se forçant à lire des livres qui n’ont pas été écrits pour lui. Le monde dont on lui parle lui est complètement étranger. Voilà qu’arrive Le Petit Prince…C’est le livre que j’attendais car il me parlait, à moi, petit Africain. Il y a des livres comme ça, qui vous rappellent que vous faites partie de l’humanité. C’est, je crois, un peu mon ambition en tant que cinéaste, je veux embarquer les spectateurs. Mon cinéma est une main tendue. Après on la prend ou on ne la prend pas. Cela ne dépend plus de vous.
     

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