Lecture de vacances - 
Article publié le : mardi 13 août 2013 à 11:51 - Dernière modification le : mercredi 14 août 2013 à 12:04

Claude Le Roy : «La lecture est un vrai moment de respiration»

Claude Le Roy en Afrique du Sud, janvier 2013
Claude Le Roy en Afrique du Sud, janvier 2013
AFP/ FRANCISCO LEONG

Par Tirthankar Chanda

En Afrique où il a entraîné de nombreuses équipes de football, on l'appelle « Le sorcier blanc ». Le palmarès d'entraîneur du Français Claude Le Roy compte des titres prestigieux : la Coupe d'Afrique avec Les Lions indomptables du Cameroun, la Coupe Cabral ouest-africaine avec les Lions de la Teranga du Sénégal, la Coupe du Golfe avec le Sultanat d'Oman... Cet ancien milieu de terrain de l'équipe de France a un jardin secret. Un jardin secret qui a pour noms Rimbaud, Camus, Yann Quéffelec ou Amélie Nothomb. Chaque été, l'homme relit l'oeuvre intégrale de Rimbaud et apprend par coeur de nouveaux poèmes du poète aux semelles de vent. Invitation à découvrir les lectures de vacances d'un footballeur pas comme les autres...

RFI: Pour vous, vacances riment-elles avec lectures ?

Claude Le Roy : La lecture n’est pas pour moi un loisir, mais un moment de respiration. Dire que je lis comme je respire pourrait paraître présomptueux, mais je ne peux pas imaginer vivre sans les livres. J’ai toujours une lecture à finir. Mes vacances servent à rattraper le temps de lecture que je n’ai pas pu consacrer durant l’année aux livres que je voulais lire ou relire.

Que lisez-vous cet été ?

Je relis tout Rimbaud, comme chaque été d’ailleurs. Depuis que j’ai découvert son « Dormeur du val », à l’âge de 8 ou 9 ans, Rimbaud m’accompagne partout. Je connais beaucoup de ses poèmes par cœur et aujourd’hui encore, chaque fois j’ai un peu de temps, j’en apprends d’autres. Cet été, sur ma table de chevet il y a aussi les derniers livres de Yann Quéffelec et d’Amélie Nothomb. Je recommande vivement à tous, qu’ils soient Bretons ou pas, le Dictionnaire amoureux de la Bretagne (Plon) de Quéffelec qui vient de paraître cette année. L'amour de la Bretagne de ce grand romancier breton est émouvant et contagieux. Quant à Amélie Nothomb dont j’aime le souci de la précision et le goût pour l’ailleurs, je ne rate aucun de ses romans. J’avais adoré Stupeur et tremblements (Albin Michel). J’ai eu aussi beaucoup de plaisir à lire Métaphysique des tubes (Albin Michel), l'un de ses meilleurs ouvrages à mon avis.

A part la poésie et le roman, est-ce qu’il y a d’autres types d’écriture que vous appréciez ?

J’aime lire des biographies. J’ai lu récemment la biographie de Lucien Bodard, par Olivier Weber : Un aventurier dans le siècle (Plon). Plus de 1 200 pages consacrées à cet homme hors du commun qui fut à la fois journaliste-reporter, écrivain, sinologue et beaucoup d’autres choses. C'était un aventurier dans le vrai sens du mot. Enfin, ma liste des lectures serait incomplète, si je n’y ajoutais pas les journaux. Quand je suis en France, j’achète tous les jours au moins trois journaux : L’Equipe, Libération et le quotidien local de référence de la région où je me trouve.

D’où vient ce goût immodéré pour la lecture ?

De mes parents, qui étaient tous les deux instituteurs. Il y avait une grande bibliothèque à la maison. Je n’avais qu’à tendre la main pour trouver le livre que je cherchais. J’ai commencé à lire très tôt.

Quels sont vos premiers souvenirs de lecture ?

Les Roudoudou, les Riquiqui, les Pipolin, les Pifou… Des albums illustrés qui ont fait le bonheur des générations de petits garçons et de petites filles de France et de Navarre. Il semblerait que mes parents avaient beaucoup de mal à m’arracher à ces lectures ! Je me souviens d'une maison inondée de livres. J’ai eu pour parrain un certain Jean-Olivier Héron qui était illustrateur et éditeur de textes pour enfants. Il a par la suite fondé la collection Gallimard Jeunesse et a illustré de nombreux livres pour les jeunes. Vous imaginez bien qu’en tant que filleul d’un monsieur comme ça, mes cadeaux étaient souvent des livres. Et comme j’aimais lire, j’étais ravi.

Et vos premières grandes émotions de lecture ?

Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier et La Guerre des boutons de Louis Pergaud. Je les ai lus d'une seule traite. Je devais avoir 10-12 ans, mais il m’arrive encore de revivre, à la manière d'un Proust, le bonheur et l’émerveillement que ces lectures m’ont procurés autrefois.

A quel âge avez-vous fait la  connaissance de Chateaubriand ? Pour un petit Breton grandissant en Bretagne, c'était un peu le passage obligé, non ?

Difficile d'y échapper. J’ai lu Chateaubriand quand j’avais déjà 15-16 ans. Mais je savais qui il était, car j’avais visité avec mes grands-mères le château de Combourg.

Est-ce que Chateaubriand a compté pour vous ?

Pas plus que ça. Je n'ai jamais eu beaucoup de goût pour ce genre d'écriture, trop narcissique, trop ronflant à mon sens. Parmi les grands auteurs français, si j’ai un faible pour quelqu’un, ce serait pour Camus. La lecture de L'Etranger était un grand moment de découverte et de bonheur. Je me reconnais dans ses livres, dans son amour pour le sport. N'a-t-il pas écrit : « Ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au football que je le dois. » ?

En temps de matchs truqués et de transferts qui se monnaient à des millions de dollars, on a du mal à croire à la moralité du footballeur...

On ne peut pas réduire le football à son aspect médiatique. En tant qu’entraîneur des équipes, et témoin de l’influence qu’a le football au jour le jour sur les jeunes esprits, je vis le football comme une école de la vie où on apprend les valeurs de partage et d’oubli de soi. Camus ne dit pas autre chose. Ses propos me renvoient à ma propre expérience du sport.

Vous avez été jusqu’à encore récemment l’entraîneur de l’équipe nationale de la RDC. Avant, vous avez entraîné d’autres équipes africaines. Est-ce que les footballeurs africains lisent ?

Pas assez, hélas ! J’ai eu beau leur suggérer des lectures. Rien à faire. C'est dommage car je suis persuadé que pour gagner un match, il faut le penser préalablement, l’imaginer, le rêver. La fréquentation des livres permet justement d’acquérir les outils de pensée, les mots dont on a besoin pour structurer ses rêves. Les footballeurs d’aujourd’hui ne lisent pas, ne pensent pas, ne savent pas raconter leur jeu, leurs ambitions en tant que sportif. Ils ont un vocabulaire limité et ne savent s’exprimer que par des borborygmes qui ne veulent pas dire grand-chose.

Vous qui aimez lire, n’avez-vous jamais eu envie d’écrire vous-même ?

Si, très souvent. J’ai commencé, sans jamais trouver le temps d’aller plus loin. Je me demande si je ne suis jamais allé jusqu'au bout, était-ce vraiment par manque de temps ou par peur de ne pas être à la hauteur des auteurs que j'ai tant admirés et qui ont structuré ma sensibilité.
 

tags: Football - Littérature - Livres
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