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    Culture

    Edouard Louis, phénomène littéraire à 21 ans

    media Edouard Louis, l'auteur de « En finir avec Eddy Bellegueule », publié aux éditions du Seuil. John Foley

    « Ne jamais cacher la violence, mais la dire ». Edouard Louis a créé l’événement littéraire de la rentrée 2014. Un premier roman intitulé En finir avec Eddy Bellegueule. Né dans une famille ouvrière de Picardie, le jeune romancier de 21 ans livre un récit intime et poignant où il raconte son enfance difficile dans une famille très pauvre, qui le rejetait à cause de son homosexualité.

    Ecouter l'interview avec Edouard Louis

    Quelques semaines après sa parution, votre premier roman En finir avec Eddy Bellegueule est  en tête des meilleures ventes, avec plus de 75 000 exemplaires vendus. On parle même de phénomène littéraire puisque vous n’avez que 21 ans. Comment vivez-vous ce succès ? Avec étonnement ? Gratitude ? Ou avec une certaine anxiété ?

    C’est un peu tous ces sentiments qui sont mêlés. C’est à la fois beaucoup de joie, puisqu’on écrit un livre pour qu’il soit lu. D’autant plus que je n’ai jamais pensé autrement mon projet littéraire que comme étant un projet politique. Donc en ce sens-là, il était aussi important pour moi qu’il touche un public le plus large possible. Évidemment, je ne m’attendais pas du tout à ça. Et puis ça a toujours, bien évidemment, quelque chose de déstabilisant.

    Il faut reconnaître que le plébiscite n’était pas acquis, parce que ce livre autobiographique est très dur, très cru. Vous y racontez vos jeunes années, de 9 à 13 ans essentiellement, dans le nord de la France, où vous êtes né et vous avez été élevé dans une famille souffrant d’une grande misère, avec au quotidien l’alcoolisme, la pauvreté, le chômage, le désert culturel. Et où surtout le petit garçon efféminé que vous étiez ne trouvait pas sa place. Qu’est-ce qui était le plus difficile à supporter, votre différence sexuelle ou votre incapacité à vous glisser dans ce moule social ?

    En fait c’est les deux en même temps. Eddy est un petit garçon qui est né efféminé, dans un milieu très pauvre où les valeurs masculines priment, et tout de suite il est incompris. Et ses parents lui disent : « Mais pourquoi tu te comportes comme ça ? Pourquoi tu es comme ça ? Tu nous fais honte. Tu es la honte de la famille ! ».

    Le livre est l’histoire de cette rencontre violente entre Eddy et son monde. Mais le plus dur à vivre ce n’est pas tout à fait la différence. Ce que j’essaie de montrer dans le livre c’est que c’est une différence qui est constituée par les autres. C’est les autres qui constituent Eddy comme différent en lui disant : « Tu n’es qu’un pédé, tu n’es qu’une pédale ». Le verdict est premier avant même qu’Eddy ait conscience de cette différence. C’est ce que Sartre a bien montré à propos de « tu n’es qu’un pédé, mais aussi tu n’es qu’un Noir, tu n’es qu’un arabe, tu n’es qu’un juif ». C’est l’interpellation de l’autre qui nous constitue dans cette identité.

    Ensuite on peut essayer d’en faire quelque chose, de la transformer. Vous vous dites : tu n’es qu’un Noir, et vous descendez dans la rue et vous dites : je suis un Noir et j’en suis fier. Et j’ai des droits, je réclame des droits, « Black Nation », etc. Il est évident que mon roman est aussi l’histoire de la participation inconsciente des dominés à leur propre domination.

    Et donc la clé de ce livre – son titre – est ce pseudonyme que vous avez choisi. Votre vrai nom est bien Eddy Bellegueule qui de fait devient un personnage de fiction. Et vous avez choisi comme nom de plume Edouard Louis, une invention littéraire qui paradoxalement définit votre propre identité. Est-ce qu’il faut comprendre que vous avez pu faire surgir au grand jour votre « moi » réel par l’écriture ?

    Oui, l’écriture m’a permis d’entériner une certaine rupture. La rupture avec Eddy Bellegueule m’a permis d’en finir avec Eddy Bellegueule qui a été mon nom, avant que je ne le change, qui est le nom de cet enfant que je décris dans le livre. Et je voulais aussi que ce titre soit un titre assez violent, puisque Bellegueule, c’est quand même ce que j’ai été.

    Il y avait cette idée de la violence qui m’obsédait quand j’écrivais. Je me disais : je veux travailler sur la violence, je veux dire la violence. D’une certaine manière, je veux faire de la violence un espace littéraire, comme Guibert [Hervé Guibert, atteint du sida, meurt en décembre 1991, ndlr] a fait de la maladie un espace littéraire. Et je me disais que je ne devais en aucun cas, dans le titre comme dans le livre, ne jamais métaphoriser la violence, ne jamais cacher la violence, mais la dire.

    Et le livre commence sur une scène de crachat où Eddy, parce qu’il est homosexuel, se fait cracher dessus et insulter chaque jour dans un couloir de l’école. Et moi j’ai voulu faire une littérature qui ne métaphorise pas. Qui montre le choses tout comme au cinéma Steve McQueen qui dans son dernier film sur l’esclavage [12 Years A Slave, ndlr] ou même avant, dans Hunger, fait le choix de montrer la violence, de faire un film très violent et de résister à cette tentation qui voudrait dire que l’art ou la création ce serait « l’embellissement des choses ».

    Est-ce que vous, vous en avez fini avec Eddy Bellegueule?

    Je l’espère !
    _____________________________________
    En finir avec Eddy Bellegueule, de Edouard Louis, éditions du Seuil, 224 pages, 17 euros.

    → Ce jeudi 13 mars à 20 h, retrouvez Edouard Louis à la Maison de la Poésie à Paris pour une lecture d’extrait par l’auteur.

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