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    Culture

    Les Magiciens de la Terre, bilan d’une révolution

    media Frédéric Bruly Bouabré, « Cheikh Nadro ou Bruly Bouabré», stylo bille, crayons de couleur sur carton 15 x 11 cm (juillet 2009). Frédéric Bruly Bouabré Courtesy André Magnin/Paris

    Plus qu’une exposition, c’était un événement, un tremblement qui se fait encore ressentir aujourd’hui dans le monde de l’art. 25 ans après Magiciens de la Terre qui avait lieu au Centre Pompidou et à la Grande Hall de La Villette, des experts de cinq continents dressent le 27 et 28 mars le bilan dans un colloque international au Centre Pompidou-Paris. Entretien avec Jean-Hubert Martin qui fut à l’époque le commissaire général de l'exposition.

    L’événement Magiciens de la Terre de 1989 est souvent caractérisé comme une sorte de chute du Mur dans le monde de l’art. Mais quelles frontières sont tombées et de quel art parle-t-on ? De l’art contemporain ? De l’art occidental ? De l’art en Occident ?

    Les frontières qui sont tombées sont celles qui séparaient le système de l’art occidental qui était extrêmement étriqué à cette époque-là et qui ne représentait que l’Europe de l’Ouest et l’Amérique du Nord. C’est la frontière par rapport à tout cela qui est tombée. Après 1989, l’un des premiers effets de cette exposition – qui n’était évidemment pas la seule, il y avait d’autres expositions en même temps ou peu après – c’était que tous les commissaires d’exposition ont commencé à inclure des artistes de ces autres continents dans des expositions. On a commencé à regarder un petit peu en dehors de ces régions extrêmement closes.

    Pourriez-vous citer un artiste ou une œuvre qui montre le chemin parcouru depuis 1989 ?

    On peut prendre comme exemple Frédéric Bruly Bouabré qui est à la fois un écrivain et un artiste. Il vient de mourir fin janvier dernier. Un artiste qui vivait en Côte d’Ivoire. À l’époque, il était un tout petit peu connu dans certains cercles pour son écriture, en tant qu’écrivain, mais personne n’avait jamais prêté une grande attention au fait qu’il avait fait des milliers de dessins qui étaient une espèce d’encyclopédie du monde qu’il reconstituait à travers les dessins en donnant au fond son illustration du monde. À l’époque, nous avons eu la chance de tomber sur son œuvre et donc de pouvoir le montrer. Après, il était dans d’innombrables expositions internationales.

    Restons sur le continent africain. Il y a aujourd’hui de nombreux artistes africains exposés et connus, mais il y a toujours très peu de commissaires africains avec un statut international comme Okwui Enwezor. Est-ce que le fonctionnement du marché a vraiment changé ?

    Non, tout cela change très lentement. Quand vous dites qu’il y a beaucoup d’artistes africains aujourd’hui, on peut dire oui, parce qu’il y en a plus qu’il y a dix ou vingt ans. Mais quand vous pensez à la taille du continent et à la population africaine, il y en a très peu. Effectivement, les commissaires les plus connus, nés en Afrique ou d’origine africaine comme Okwui Enwezor ou Simon Njami ne sont pas nombreux et la plupart sont dans les diasporas. Donc il n’y a quasiment pas de commissaires africains qui vivent en Afrique et qui aient une carrière internationale. Mais tout cela est en train de se développer. Quant au marché, il est très timide, parce que tant qu’il n’y aura pas aussi un vrai développement économique en Afrique avec un intérêt pour leur propre art et leur propre culture, avec des Africains qui commenceront à acheter l’art africain, tout cela restera, malheureusement, un peu dépendant de l’Europe et des États-Unis.

    Il y a aussi très peu de musées en Afrique, mais il y avait, en 2000, l’entrée des Arts premiers au Palais du Louvre et en 2006 l’ouverture du musée du Quai Branly, dédié exclusivement aux cultures non-européennes. Quel est pour vous le résultat le plus « concret » et « visible » de la révolution lancée par Magiciens de la Terre ?

    L’entrée des Arts premiers au Louvre n’a pas grande chose à voir avec cela – ou peut-être pour l’histoire de la pensée-, parce que cela concerne uniquement l’art ancien et non pas l’art vivant. Mon propos était un autre, et là, je pense, que la bataille a été plus ou moins gagnée, même s’il y a encore des évolutions à faire. Aujourd’hui, il y a une reconnaissance de l’art africain, de l’art océanien, etc. Par contre, sur l’art vivant, il y a encore d’énormes problèmes, d’énormes résistances à inclure des artistes qui ne rentrent pas forcément dans le système du marché, parce que cela ne les intéresse pas forcément, parce qu’ils travaillent pour leur communauté. Et je ne comprends pas pourquoi nous ne les reconnaissons pas comme des artistes qui ont aussi le droit de montrer leurs expressions ou leurs œuvres chez nous. Justement, parce que cela participe – comme l’avait dit lors du colloque Jonathan Mane-Wheoki [professeur à l’Université d’Auckland et pionnier du développement de l’art contemporain maori, ndlr] – à la défense de leur culture et de leur identité qui passe aussi par notre reconnaissance.

    C’est cela le prochain mur à faire tomber ?

    Oui, cela est encore un mur qui doit tomber, parce que l’art contemporain est aujourd’hui celui du marché des collectionneurs et des musées et – même si cela s’est agrandi à la Chine, au Japon, à une partie de l’Afrique – cela reste un cercle assez fermé qui refuse en particulier toute sorte d’activité de ces arts autochtones qui sont tournés vers leurs communautés, et qui sont souvent des œuvres rituelles, funéraires, magiques ou religieuses.

    Deux questions à Niru Ratnam sur l’influence des Magiciens de la Terre sur l’Inde
    Niru Ratnam, directeur de Art14 London 28/03/2014 - par Siegfried Forster Écouter

    DEUX QUESTIONS A NIRU RATNAM

    L’ancien universitaire spécialisé dans la globalisation de l’art contemporain avait publié en 2004 Art and Globalisation avant de fonder sa propre galerie Store. Aujourd’hui il travaille pour le marché de l’art indien.

    Qu’est-ce que les Magiciens de la Terre ont provoqué chez les artistes indiens et sur le marché de l’art en Inde ?

    Les Magiciens ont fait ouvrir le marche de l’art indien beaucoup plus qu’il était auparavant. Avant, le marché de l’art indien avait privilégié de l’art qui aurait pu être aussi réalisé à New York, Berlin ou Paris. Grâce à l’exposition des Magiciens - et ce bouleversement a été réalisé que longtemps après- l’art contemporain ne se réduit pas à Damien Hurst, mais il peut se référer aussi aux propres traditions de l’Inde. C’était un pas très important.

    Vous avez organisé la première de Art14 London, qui vise à devenir la première véritable foire globale d’art contemporain en Europe. Cela veut dire que tout n’a pas été fait avec les Magiciens de la Terre.

    Londres et New York sont toujours des centres avec un pouvoir incroyable, mais beaucoup de choses ont été réalisées pour que l’art devienne plus « démocratique », avec plusieurs sens du pouvoir. Le monde ne s’arrête jamais.

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    Magiciens de la Terre / Colloquium 2014, le 27 (14h à 19h) et le 28 (de 19h à 21h) mars au Centre Pompidou-Paris.

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