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    «L’Été des poissons volants»: le conflit mapuche au cinéma

    media Pedro, interprété par le comédien mapuche Roberto Cayuqueo, est chargé de l'extermination des carpes. DR

    Cela pourrait commencer comme un conte : il était une fois, dans un beau pays de lacs et de forêts, des poissons qui volent. Mais de la même manière que les contes de fées ont souvent des messages cachés, la réalisatrice chilienne Marcela Said -dont le film L’Été des poissons volants sort ce mercredi 23 avril sur les écrans français- nous peint un inquiétant tableau de ce grand Sud du Chili avec, en toile de fond, le conflit opposant Chiliens blancs et Indiens Mapuches.

    Vertes forêts, lacs d’un bleu profond, majestueuses montagnes, brumes mystérieuses et eaux thermales. Nous sommes dans la région dite des Lacs, territoire des Indiens Mapuches, au sud du fleuve Biobío. Là, la dictature d’Augusto Pinochet a récompensé ses affidés en leur donnant de vastes domaines couverts de forêts. Le film, sélectionné l’an passé à la Quinzaine à Cannes, s’ouvre sur les lambeaux de brume qui se déchirent. Un jeune homme, au bord d’un lac, pêche à l’épuisette des carpes, des enfants dans une barque font des ronds dans l’eau, une jeune fille marche dans une forêt couleur d’aquarium. On entend des cris d’oiseaux et le bruit de scies dans le lointain. Et la musique démarre, inquiétante. Couleurs estompées, musique, aboiements d’un chien perdu. « L’Été est un film d’atmosphère et c’est le son qui construit la tension » explique la réalisatrice. Une tension et un mystère installés d’emblée.

    Les carpes indésirables

    C’est la chronique de l'été d'une famille de la bourgeoisie chilienne en vacances dans sa jolie maison en bois. Le père de famille est obsédé par les carpes qui colonisent son lac. Il a aussi des projets d’exploitation forestière pour son domaine. La famille est servie par des domestiques indiens laconiques. Le nom de leur communauté, « Mapuche » n’est pas prononcé. Les Mapuches, Indiens jamais vaincus par les Espagnols dont la lutte pour récupérer leurs terres communautaires alimente régulièrement les faits divers des médias chiliens et internationaux, sont doublement exploités : leurs terres sont occupées par des propriétaires terriens qui exploitent leurs forêts ancestrales, coupent le bois, enclosent les terrains, et ils travaillent comme domestiques pour ces mêmes propriétaires. La tension entre les deux groupes est perceptible, mais le conflit, le véritable moteur du film, est hors champ.

    Le débat récurrent sur les carpes du lac, indigènes ou importées, qu’il faut de toute façon exterminer, traité sur un mode tantôt cocasse, tantôt dramatique symbolise le film : pour le père, ces poissons sont des corps indésirables à détruire à tout prix, y compris en mettant en danger la vie de son employé, Pedro (le comédien mapuche Roberto Cayuqueo). Si la carpe est effectivement d’origine exogène, on peut la lire en métaphore des Blancs qui ont envahi un territoire dont ils gardent le contrôle par la violence, comme l’animal qui dévore les autres espèces. Les carpes finiront par « voler », exploser (le jeu de mots perd de sa force en français) et leurs corps en putréfaction, exhumés de la vase par les enfants, participent de l’atmosphère empoisonnée.

    L'été de l'initiation

    L'été des poissons volants est le premier long métrage de fiction de la réalisatrice chilienne Marcela Said.

    Marcela Said utilise la jeune Manena, une adolescente, comme fil rouge pour camper le contexte social, politique et affectif, par touches et par séquences. Manena interprétée par la jolie Francisca Walker, est de toutes les scènes ou presque et son regard grave tente de démêler l’écheveau de ses sentiments et du conflit sourd qui oppose les siens à la communauté. C’est l’été d’une double initiation : à l’amour et au monde qui l'entoure et à ses injustices.

    La réalisatrice a composé son film en une succession de tableaux, comme ceux du peintre Lorca, le petit ami de Manena, racontant la famille dans sa vie quotidienne y compris ses rires, l’arrogance des hommes blancs et riches et leur sentiment d’impunité qui rappelle les temps pas si lointains de la dictature de Pinochet, les enfants jouant avec les « nanas » mapuches dans une tendre intimité, mais aussi l’arrestation par la police de plusieurs hommes de la communauté et encore ces camions emportant les grumes, la nuit, sous la protection de la police. Une scène percutante, presque documentaire.

    « Je n’aime pas les films où d’emblée on montre les méchants. La vie est plus complexe » explique Marcela Said. « Ojala que puedas entender que las cosas nunca son del color que se les ve » chante Pedro a Manena, un thème du groupe punk chilien, los Fislakes ad-hok : rien n’est comme on le croit, les choses ne sont pas de la couleur que l’on voit, mais dans les brumes du Sud, ce sont encore les mêmes qui seront les perdants de l’histoire.

     

    EXPLORER L’HISTOIRE DU CHILI

    La réalisatrice, actuellement en résidence d’écriture en France à la Cinéfondation pour un nouveau projet de long métrage de fiction, a déjà plusieurs documentaires à son actif en collaboration avec son mari Jean de Certeau. Un genre qui lui permet d’interroger l’histoire de la dictature chilienne, même si elle déclare désormais préférer la liberté que lui donne la fiction.

    On peut voir ou revoir I love Pinochet, premier travail d’auteur, réalisé en 2001 et deux documentaires plus récents sont actuellement sur les écrans français : El Mocito (2011), le saisissant portrait d’un employé des centres de torture de la dictature militaire et Opus Dei (2006), une enquête sur la confrérie, puissante au Chili et proche de l’extrême droite. El Mocito interroge aussi sur la machine à broyer les hommes que sont les régimes totalitaires. Jorgelino, âgé de 16 ans, est l’homme à tout faire du centre de détention –ou d’extermination- de la brigade Lautaro, sous tutelle de la DINA, la police politique : il fait le ménage, apporte à manger aux prisonniers, etc. Il est aussi le témoin des tortures dont ceux-ci sont victimes et grâce, à son témoignage, des bourreaux seront condamnés. Les réalisateurs ont suivi cet homme pendant plus de deux ans et nous livrent un portrait en forme de miroir brisé, comme cet homme muré aussi dans une forme « d’impossibilité de la vérité parce on savait qu’il ne pouvait pas tout raconter parce qu’il pouvait s’incriminer lui-même ». Saisissant.

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