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    Culture

    Nous sommes tous des «Captives» d’Atom Egoyan

    media Les parents de Cassandra dans «Captives» d’Atom Egoyan. ARP Distribution

    La perversion humaine et la pédophilie, pour le cinéma, c’est toujours une histoire bonne à raconter. Captives nous fait vivre le calvaire d’une mère et d’un père dont la fille de 9 ans a disparu sur le parking d’un restaurant. En lice pour la Palme d’or, Atom Egoyan, Grand Prix de Cannes en 1997, affirme d’avoir connu un cas similaire dans un parc près de chez lui au Canada.

    Cela part d’un merveilleux travelling sur des collines enneigées du Toronto et de la culpabilité d’un père qui a laissé seule sa fille sur la banquette de la voiture pour chercher un gâteau et des glaces au restaurant. Que le parent qui n’a jamais laissé son fils ou sa fille pendant deux minutes tout seul lève le doigt ! Dès le début, voilà l’impact psychologique de ce thriller sur le spectateur. Et le cauchemar ne fait que commencer, il durera huit ans. Agée de neuf ans au moment de son enlèvement, la petite Cassandra (quel nom !) servira de guet-apens sur la page d’accueil d’un réseau de pédophiles.

    Sauf que pendant des années, le père, la mère et la police ignorent complètement ce qui s’est passé. Le doute s’installe et fait des ravages. La mère ne pardonnera jamais à son mari d’avoir perdu leur fille. La police remet sérieusement en question la version du père. Et quand on cherche, on trouve. Le mari a un casier judiciaire pour une agression commise à l’âge de 18 ans, et son entreprise de paysagiste a cumulé des dettes. De là à penser qu’il a peut-être vendu sa fille pour régler ses dettes, c’est un pas qu’un des policiers expérimentés de la brigade des mineurs est prêt à faire.

    Mais la monstruosité ne s’arrête pas là. Le kidnappeur qui se délecte à l’écoute de Der Hölle Rache (La Vengeance de l’enfer) de Mozart ne se contente pas de créer la souffrance : il se fait un malin plaisir de la prolonger et de la cultiver. Ce voyeur bien installé dans la société (ami et bras droit du chef d’une entreprise immobilière, il veut être ami avec tous les employés) met en place un système de vidéo surveillance. Pour rendre « heureuse » la fille enlevée, des caméras cachés dans l’appartement de la mère permettent de l’observer 24h sur 24h. Le pédophile capte et enregistre aussi les réactions de la fille quand elle regarde les pleurs et les souffrances de la mère.

    A chaque seconde, on vibre avec les victimes, la fille abusée, le père faussement inculpé, la mère désespérée… Le récit est bien ficelé, le cadre manipule nos pensées, nos émotions font des montagnes russes. Nous aussi, nous sommes des captives d’Atom Egoyan. Le problème, c’est qu’on a déjà vu tout cela au Festival de Cannes. C’était il y a trois ans avec Michael. Le film de Markus Schleinzer faisait déjà référence à l’enlèvement vécu par la jeune Autrichienne Natacha Kampusch, également séquestrée pendant huit ans. Mais là où le réalisateur autrichien innovait et excellait avec son parti pris de montrer le crime sans aucun jugement moral, d’une manière froide et factuelle et du point de vue du pédophile, le Canadien Atom Egoyan reste dans un schéma classique avec les outils émotionnels du thriller. Pendant presque deux heures, il nous tient en haleine avec ce film qui, paradoxalement, n’a finalement rien d’extraordinaire. On partage le crève-cœur des victimes, on vit une chasse à l’homme avec des rebondissements dramatiques et à la fin, les méchants seront punis… Pourtant, il y a une leçon à retenir qu’on ne peut pas assez souvent répéter : la perversité des hommes ne connaît pas de limites.

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