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    Culture

    «Mommy», Xavier Dolan croque la pomme

    media Mère et fils, Diane (Anne Dorval) et Steve (Antoine Olivier Pilon) dans le film MOMMY de Xavier Dolan. Festival de Cannes 2014

    Après avoir avoué en 2009, à l’âge de 20 ans, J’ai tué ma mère, le jeune prodige canadien Xavier Dolan revient sur la Croisette avec Mommy. Cet étrange film-hommage à la mère - « J’essaie maintenant de la venger » - est au Festival de Cannes en lice pour la Palme d’or.

    « Il n’est pas commode ». C’est sa grand-mère qui disait cela de lui quand il était encore tout petit. Et maintenant, il a 16 ans et la prophétie s’est accomplie : Steve vient d’être renvoyé d’un centre fermé pour ados difficiles, parce qu’il avait mis le feu à la cafétéria et provoqué des brûlures du deuxième et troisième degré à un enfant. Sa mère Die, excentrique et veuve depuis trois ans, décide alors de le ramener à la maison et de s’occuper de lui. Le problème, c’est qu’elle ne sait pas encore exactement comment...

    La première scène du film ? Presque biblique. Un boxer short flotte sur une corde à linge et une femme en jean brodé à paillettes et strass croque la pomme d’un arbre. Après, l’histoire démarre avec un rythme infernal de scènes violentes et comiques, accompagnées de dialogues ciselés en mode mitraillettes. Le tout est plongé dans un langage grossier qui dépasse toutes les bornes. L’ado a visiblement un grave trouble de comportement. Un TDAH (NDLR : Trouble de déficit de l'attention hyperactivité) violent et imprévisible couplé à un amour excessif pour sa mère. Pour un rien, Steve pète les plombs, touche les seins d’une femme. Il va jusqu'à quasiment étrangler sa propre mère. Heureusement, il y a Kyla, la voisine. Devenue bègue depuis deux ans, l’enseignante se retrouve en année sabbatique, mais c’est elle qui va trouver un procédé pour calmer Steve.

    Un film très frais qui cherche beaucoup, mais ne trouve pas toujours. Par moment, le récit s’essouffle un peu devenant redondant et fastidieux, seulement sauvé par les trois comédiens formidables et une musique abondante allant de Heideröslein de Schubert jusqu’à Born to die de Justin Parker et Elizabeth Grant. Formellement, ce long métrage reste un bijou absolu, rythmé par une lumière tantôt féerique tantôt romantique, à contrepied de l’histoire glauque et dramatique. Dolan nous offre des images embrasées d’émotion et d’une lumière extraordinaire.

    Tourné en format carré, censé amplifier l’aspect humain et émotionnel de l’image, le 1 :1 s’avère incroyablement efficace pour les grands plans. La caméra reste curieuse jusqu’au bout, avec des images très rock (une danse avec un caddie au milieu de la route), parfois même libérées du temps et de l’espace (la mère et son rêve imagé de l’avenir de son fils). Xavier Dolan excelle dans la maîtrise du flou rattachant ces images enragées à nos sentiments. Le compliment de la mère à son fils - « il a de l’entregent » - est aussi bien valide pour la photo du film. Et le parfum que porte la mère – « Eau sauvage » - aurait été un sous-titre merveilleux.

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