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    Culture

    «Leviathan», vodka, etc.

    media Kolia (Alexeï Serebriakov) dans «Leviathan» d’Andrey Zvyagintsev. pyramidefilms

    Comment s’y prendre pour parler d’un monstre qui engloutit tout sur son chemin ? Le Russe Andreï Zviaguintsev a trouvé son Leviathan dans le nord de la Russie, au bord de la mer de Barents. Le film, en lice pour la Palme d’or, se déroule dans un petit port où se côtoient des épaves de petits bateaux et des squelettes de grandes baleines.

    C’est un endroit en décomposition, peuplé de sans-espoirs échoués et des jeunes qui se rassemblent dans une église en ruines où les fresques d’une époque dorée s’effacent chaque jour un peu plus. Ici est né Kolia. Malgré toutes les difficultés, il tient beaucoup à y rester. La modeste maison qu’il habite, il l’a construite avec ses propres mains. Grâce à son garage où il bricole des voitures, il peut assurer une existence modeste à sa jeune femme Lilya et son fils Roma.

    Hélas, le meilleur ami de Kolia a jeté un œil sur sa femme et Vadim Cheleviat, le maire de la ville, sur le terrain qui se prête bien pour un juteux projet immobilier. Fini la quiétude. Une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de sa tête. Et ce n’est pas l’administration ou la loi qui aideront Kolia à obtenir justice. Soudainement, le lieu paisible et isolé se transforme en moloch où manipulation, chantage et corruption se mettent en marche.

    L’individu broyé par un Etat cynique et avide du pouvoir, c’est le grand sujet du Leviathan d’Andreï Zviaguintsev. Le réalisateur russe a réuni tous les atouts pour réussir sa démonstration : un décor de rêve, un sujet percutant, des comédiens pertinents…, et pourtant, l’histoire ne décolle pas. Les images aboutissent sur rien. L’éloge de l’homme libre reste plat face à la côte sauvage d’une mer déchainée.

    « Je le fais par amour » dit le père qui frappe pour corriger son fils. « Au nom de la loi » déclare le juge quand il prononce son jugement. « Comment s’appelle le concept de Darwin » demandent les mots-croisés. Trop souvent les images se figent, le récit se bloque, restent des soubresauts rhétoriques, noyés dans l’alcool, avec ses coups secs et des tirs à la con. Celui qui tape dans le mille a droit à 7 gouttes de vodka, celui qui tire à côté, en obtient 27. Et si on a soif, on remplace alors le fusil par une kalachnikov et tire sur les portraits des présidents. Tout en restant lucide concernant les limites: « on n’a pas le recul historique nécessaire » pour Medvedev et Poutine, plaisante l’homme à la kalachnikov dans le film déclenchant le rire dans la salle.

    Evidemment, Zviaguintsev veut montrer la Russie d'aujourd'hui, un système sans valeurs qui se met au pas du plus fort. L’avocat ne croit qu’à sa bible juridique, les policiers au pot-de-vin et le maire au pacte sacré avec l’église orthodoxe pour rester au pouvoir. « Ne fâche pas Dieu » prévient le prêtre. Zviaguintsev est resté sage.

     →Qui gagnera la Palme d’or 2014 ? Le classement au jour le jour
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