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    Culture

    Poète public: «Pas de poèmes gratuits pour les jolies filles»

    media Antoine Bérard, le poète public s'installe tous les après-midi ensoleillés à côté de l'Atelier Brancusi du Centre Pompidou à Paris. Siegfried Forster / RFI

    Il s’appelle Antoine Bérard et son métier est poète public. Chaque après-midi, quand le soleil est là, ce trentenaire s’installe avec sa machine à écrire mécanique sur la place publique. À côté du Centre Pompidou, il attend patiemment des propositions pour écrire des poèmes en échange d’un billet. Un rayon de poésie qui s’inscrit dans la vie des gens. Tout un art. Entretien.

    Comment devient-on poète public ?

    On s’assoit avec une table, on pose une machine à écrire et puis on écrit pour les autres.

    Cette idée est-elle venue par les études, par la nécessité, par la vie ?

    Par la nécessité et puis j’ai vu quelqu’un faire ça, c’était à la Nouvelle-Orléans, il y a quatre ans.

    Vous travaillez en plein air, le dos tourné au Centre Pompidou, entre un magasin de bricolage et une libraire allemande, en face d’une salle de cinéma qui affiche actuellement Maps to the Stars de David Cronenberg. Quel est dans cet endroit le rôle d’un poète public ?

    Écrire et donner de la force aux gens. Et aussi de gagner de l’argent, puisque c’est mon métier. Depuis quatre ans, je vis de ma poésie.

    Le prix pour un poème, est-il le même pour une jolie fille et un vieux Monsieur ?

    Je demande un minimum de dix euros, mais c’est eux qui décident. Et je ne fais pas de poèmes gratuits pour les jolies filles.

    Qui s’arrête le plus ?

    Toute sorte de gens. Il n’y a pas une catégorie qui s’arrête plus qu’une autre.

    Les gens demandent-ils des poèmes pour eux-mêmes ou pour les offrir à d’autres ?

    Souvent, c’est pour offrir à quelqu’un d’autre. Mais, il y a dix mille possibilités, donc ce sont toutes sortes d’histoires : pour eux-mêmes, pour quelqu’un d’autre, au sujet de quelqu’un d’autre ou au sujet d’eux-mêmes pour quelqu’un d’autre, au sujet de tous les deux, au sujet de quelqu’un qui a disparu, quelqu’un qui est arrivé, quelqu’un qui ne reviendra plus…

    Y a-t-il un sujet qui vous a touché plus particulièrement aujourd’hui ?

    Aujourd’hui, c’est quelqu’un qui m’avait demandé d’écrire sur le musicien à côté de moi qui jouait du n’drum. Je me suis assis à côté de lui. Il était très content que je sois là et moi aussi. C’était une musique très méditative. J’étais très heureux que cette dame me paie pour écrire sur un tel sujet.

    Votre présence en tant que poète public est bien mise en scène: une vieille valise ouverte et renversée avec une planche en bois au-dessus sert comme bureau sur lequel vous avez posé une ancienne machine à écrire portative qui fait entendre et vivre chaque lettre tapée. On se croirait presque chez Hemingway avec sa Corona 3. La théâtralité fait-elle partie de votre travail de poète public ?

    La machine est un « show stopper » [c’est le clou du spectacle, les gens s’arrêtent pour regarder ce qui se passe, ndlr], comme on dit en anglais. Après, j’aimerais que les gens se contentent de vraiment vouloir un poème et non pas de vouloir moi. Mais on ne peut pas y échapper. On est dans une société qui veut ça. Hélas, on n’est qu’une représentation.

    Un poème du poète public Antoine Bérard. Siegfried Forster / RFI

    Écrire un poème sur une machine à écrire mécanique et non pas sur un ordinateur, est-ce que cela influence les idées ?

    Un ordinateur, à l’origine, c’est une machine à calculer. Une machine à écrire est faite pour rédiger. Bien sûr que l’outil diffère. Par exemple, comment voulez-vous écrire quelque chose de bien sur un téléphone portable ? Cela me semble évident.

    Est-ce que vous gardez toujours une copie de vos poèmes ?

    Au début non, maintenant oui, je garde toujours une copie numérique de mes poèmes.

    Envisagez-vous une publication sous forme de livre ou resteront-ils des poèmes éphémères, parce que distribués à des inconnus ?

    Cela dépend des poèmes. Parmi les 2 500 que j’ai écrits, il y en a certains que je pourrais publier, mais pour l’instant, ce n’est pas mon objectif. Mon objectif est de continuer à écrire et de vivre au jour le jour.

    Est-ce qu’il y a des poèmes qui sont revenus vers vous ? Y a-t-il des personnes pour lesquelles votre poème a changé leur vie ?

    Cela m’est arrivé des dizaines de fois. Des gens qui sont revenus, qui étaient touchés, qui m’ont reparlé d’un poème qu’ils avaient appris par cœur. Aujourd’hui, il y avait quelqu’un qui est revenu avec un poème très dur autour du sujet de la persévérance que j’avais écrit. La question était : comment faire face à l’absurde ? La personne m’avait confié à quel point ce poème l’avait touché.

    Vous êtes né à Paris, vous avez grandi en banlieue, aujourd’hui, vous êtes devenu poète public. La vie avant existe-t-elle toujours pour vous ?

    La vie avant, j’aurais aimé que cela soit celle-là. J’ai découvert que c’est vraiment là où je me sens bien et que c’était ma vocation.

    C’est un tabou pour vous de parler de votre vie avant ?

    Pas du tout. J’ai été bon à l’école, d’accord, mais pas super fantastique non plus. J’ai fait la sociologie. J’ai été bon à analyser, mais très mauvais à rédiger des grandes thèses. Et puis, j’ai fait beaucoup de politique. Je viens d’un milieu anarchiste. J’ai squatté, j’ai occupé des maisons, et je voyage beaucoup. Être poète public, c’est aussi quelque chose de politique en touchant les gens au quotidien.

    Avez-vous le sentiment que votre travail est particulièrement important à notre époque ?

    Comme à toutes les époques, mais, aujourd’hui, de trouver une méthode en politique, c’est le plus difficile. Moi, je m’essaie à cette manière-là.

     

    Antoine Bérard, poète public : « Ce poème est pour toi ». 13/06/2014 - par Siegfried Forster Écouter

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