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    «Lied Ballet», éloge d’un spectacle interrompu

    media « Lied Ballet », chorégraphie de Thomas Lebrun, création au Festival d’Avignon. Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

    Qu’est-ce qui reste d’une représentation arrêtée en plein milieu par la pluie ? L’expérience jouissive et entière d’avoir vécu un grand moment artistique où la pièce manquante continue à travailler dans les têtes et les cœurs des spectateurs. Lors de cette soirée pluvieuse au Festival d’Avignon, le magnifique Lied Ballet de Thomas Lebrun a libéré l’imaginaire.

    « Le grand danseur longiligne me rappelle les Shadoks ». Réfugiée comme les autres spectateurs sous les arcades du 13e siècle du cloître des Carmes, une spectatrice laisse libre cours à ses fantasmes en attendant une reprise du spectacle qui ne viendra pas ce lundi soir. Elle aurait trop aimé de savoir comment ça continue. « As-tu vu cette petite danseuse comment elle lui rentrait dedans », lui répond son amie. « Ah, les relations humaines sont difficiles. Les êtres humains, soit ils sont seuls, soit ils chassent en meute ». Petit florilège de conversations du public, suite à un spectacle resté inachevé. La tempête a occulté la deuxième moitié, changé la donne, mais, en même temps aiguisé le regard du public. Et surtout, elle n’a pas atteint l’essentiel. Le processus d’imagination a été bien déclenché par le spectacle et ne se laisse pas arrêter par la pluie. La soirée entamée renvoie le bal au spectateur. Retour sur une expérience inattendue.

    C’est dans le décor gothique et romantique de la place de la salle capitulaire du cloître des Carmes que le chorégraphe Thomas Lebrun nous réunit ce soir. Lied Ballet ramène les Lieder d’Alban Berg, Gustav Mahler, Arnold Schönberg et Giacinto Scelsi dans le monde d’aujourd’hui. Lors d’un internement en hôpital psychiatrique, le poète et compositeur italien n’avait joué qu’une seule note pour explorer toutes les sonorités possibles. En est sortie une musique sombre et angoissante qui nous fait traverser les siècles.

    Entre alors sur scène un danseur et une danseuse, suivis de cinq autres. Leurs costumes sont noirs, à la fois uniques et semblables, ils captent la noirceur des époques, permettent des gestes convulsifs et nous mettent en garde : la terreur et la folie ne se trouvent jamais très loin.

    Ils se cherchent et se chassent et chacun trouve sa place. Les corps classiques ne flanchent pas. Des accents dissonants et des coups secs nourrissent une beauté étrange. De ces actions de groupe naissent des images qui s’arrêtent, se dispersent, se reforment. Des frasques embaumées des catastrophes des siècles derniers. Dans ces mouvements épurés, saccadés, habités par la rupture, il y a le Cri de Munch qui défile, des hélicoptères, le bruit des canons et de la guerre. Cette matière sonore et spatiale prépare l’éruption de gestes et d’émotions.

    La déflagration du temps et de l’espace laisse jaillir les pas et la pensée de cette pièce construite en trois actes, comme un ballet classique, structurée par huit textes de Lieder autour de l’amour, la nature, la mort, l’errance. Il y a aussi ce « sprechgesang » interprété par les danseurs en accéléré, un texte de Heinrich Heine, issu d'un Lied d’Alban Berg : « Le printemps est sérieux, ses rêves sont tristes, chaque fleur semble bouger sous la douleur, une mélancolie secrète tremble dans le chant du Rossignol ».

    Et puis surgit une note de ce piano à queue qui nous attend depuis un petit moment dans la galerie protectrice du cloître. Une mélodie naissante et apaisante qui nous caresse tendrement. Nos yeux et oreilles vibrent de la douceur qui se fraie son chemin. À grands pas, la mélancolie nous rattrape. Um Mitternacht chante le ténor, un Lied de Mahler, histoire émouvante sur des étoiles sans sourire. Sous le ciel commence alors un pas de deux créant l’espace. C’est bien après l’interruption de la pièce, quand les gargouilles rejetaient les eaux pluviales, qu’on avait compris : la suite nous appartient. Le salut, c’est dans notre imaginaire qu’on le retrouvera. 

    Lied Ballet, chorégraphie de Thomas Lebrun, jusqu'au 13 juillet au Festival d'Avignon.

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