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    Culture

    «Les somnambules»: l'Allemagne redécouvre la guerre 14-18

    media DR

    Les somnambules est le best-seller de l’été en Allemagne. Le livre de l’historien australien Christopher Clark sur la Première Guerre mondiale relativise la responsabilité du pays dans le déclenchement du conflit. Certains l’instrumentalisent, d’autres le critiquent. L’Allemagne redécouvre une guerre longtemps restée dans l’ombre du Troisième Reich. 

    A l’époque, le régime germanique se perçoit comme entouré d’ennemis : la France et la Russie, dont l’objectif premier est de briser pour lui dans l’œuf le développement de l’Allemagne sur la scène européenne. La Grande-Bretagne, puissance maritime dominante de l’époque, se voit accusée de vouloir réduire les ambitions extérieures de Guillaume II. Dès lors, la guerre devient une réponse nécessaire à ce qui est perçu comme un « encerclement » ; un conflit doit ressouder l’unité nationale alors que le régime s’inquiète de la montée en puissance du Parti social-démocrate, devenu le premier parti au Parlement aux élections de 1912. Un Parlement aux compétences tronquées, qui n’a pas les moyens d’influer la politique extérieure du pays. Et dans la dernière ligne droite, les politiques abandonnent leur responsabilité pour la confier aux militaires.

    Après l’assassinat du prince-héritier austro-hongrois à Sarajevo, la double monarchie va obtenir en juillet de son allié allemand un blanc-seing pour ses projets bellicistes contre la Serbie. Après l’ultimatum de Vienne à Belgrade le 23 juillet, les sociaux-démocrates allemands opposés à la guerre appellent à des manifestations pacifistes qui seront finalement interdites. 100 000 personnes se rassemblent malgré tout à Berlin. La mobilisation générale est ordonnée le 1er août. Le même jour, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie. Deux jours plus tard, à la France. Devant une foule enthousiaste, Guillaume II déclare ne plus connaître de partis, mais uniquement des Allemands. Des combattants volontaires se pressent devant les casernes.

    Après l’invasion du Luxembourg le 2 août puis de la Belgique le lendemain, les sociaux-démocrates pacifistes votent massivement les crédits de guerre. Le régime a su gagner les ouvriers en exploitant la peur du despotisme russe très présente au Parti social-démocrate (SPD). La tactique consistant à présenter l’Allemagne comme une victime d’une agression russe fonctionne parfaitement. Le conflit qui s’annonce est perçu avant tout comme une guerre défensive. La gauche passe d’un pacifisme radical à un soutien clair au pouvoir. Et le bellicisme affiché de la bourgeoisie, des étudiants, d’artistes, d’intellectuels vient renforcer cette union nationale.

    L'engouement des Allemands pour la Grande Guerre

    Le mérite de Christopher Clark est d’analyser en profondeur les origines de cette crise en ayant utilisé les sources disponibles dans les différents pays protagonistes du conflit. A l’arrivée, l’historien australien, qui s’était déjà fait un nom en Allemagne par son livre remarqué sur la Prusse, relativise la responsabilité du pays dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale en y voyant une conjonction de facteurs et de responsabilités dans l’ensemble de l’Europe.

    Cette interprétation a suscité des débats parmi les intellectuels allemands. Certains dans les rangs conservateurs ont salué l’interprétation de Clark remettant en cause, pour eux, la vision d’une Première Guerre mondiale longtemps perçue comme la « catastrophe originelle » déclenchée par l’Allemagne qui débouchera plus tard sur le nazisme et ses conséquences. On peut dès lors se demander si le succès de librairie du livre, plus important en RFA qu’en France par exemple, ne s’explique pas aussi par cette relativisation de la responsabilité allemande, les lecteurs trouvant enfin une raison de ne pas être à jamais considérés comme les pestiférés du XXe siècle.

    D’autres intellectuels critiquent cette interprétation. Même si l’historiographie a depuis longtemps abandonné la thèse simpliste d’une responsabilité unique dans le déclenchement du conflit, ces voix soulignent néanmoins que le « parti de la guerre » était plus véhément en Allemagne qu’ailleurs.

    On peut aussi interpréter le succès du livre de Clark auprès du grand public - plus de 200 000 exemplaires, 900 pages, 40 euros - comme le reflet d’une redécouverte d’une période de l’histoire longtemps passée à l’arrière-plan en Allemagne en raison du caractère dominant du Troisième Reich. Lorsque le dernier poilu est mort en France, son décès a donné lieu à une commémoration nationale. Personne ne s’est intéressé à la disparition du dernier soldat allemand de la Première Guerre mondiale. Il est vrai aussi que les champs de bataille ne se trouvant pas en Allemagne, les lieux de mémoire manquent. Et dans un pays profondément marqué par le pacifisme, une idéalisation des combattants comme les poilus français est difficile.

    Ce moindre intérêt explique sans doute que la planification officielle pour les commémorations ait tardé à se mettre en place, ce qui a été critiqué ; les initiatives et projets sont aujourd’hui nombreux. D’autres livres témoignent de cet engouement comme de nombreuses publications dans la presse, des documentaires télé et des expositions comme celle qui se tient actuellement au musée de l’histoire allemande à Berlin. Les déplacements du président Joachim Gauck, ce dimanche en Alsace, puis en Belgique sont très suivis.

    Les somnambules. Eté 1914 : comment l'Europe a marché vers la guerre (The Sleepwalkers), traduit de l'anglais par Marie-Anne du Béru, Flammarion, « Au fil de l'histoire », 668 p., 25 €.

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