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    Culture

    Le retour génial des «Magiciens de la Terre» au Centre Pompidou

    media Vue de l'exposition « Magiciens de la Terre, retour sur une exposition légendaire », jusqu’au 8 septembre au Centre-Pompidou-Paris. Siegfried Forster / RFI

    Encore jusqu’au 8 septembre, le Centre Pompidou-Paris fait un « Retour sur une exposition légendaire ». À découvrir : d’innombrables documents, écrits et anecdotes sur les mythiques « Magiciens de la Terre ». L’excellent parcours réussit à reconstituer la genèse, l’ambiance et le défi de ce projet pharaonique de 1989, sans exposer aucune œuvre originale. Génial.

    C’était en 1989, au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette : une tête coupée de Sigmar Polke à côté du résumé biographique de Frédéric Bruly Bouabré, un Léviathan d’Anselm Kiefer à côté d’un requin-baleine du Chief Mark Unya. Monumental, excentrique, provocateur ? Peu d’expositions et événements artistiques ont laissé une telle incroyable impression comme Les Magiciens de la Terre. « Après 1989, raconte Jean-Hubert Martin, à l’époque le commissaire général de l’exposition, l’un des premiers effets c’était que tous les commissaires d’exposition ont commencé à inclure des artistes de ces autres continents dans des expositions. »

    Cet événement artistique avait provoqué un débat si profond qu’il secoue jusqu’à aujourd’hui le monde de l’art. « Les polémiques existent toujours, explique Didier Schulman, le commissaire de ce Retour sur une exposition légendaire, les discussions se poursuivent, mais elles sont portées par des gens qui n’ont pas vu cette exposition. Donc on leur donne les éléments, les éléments visuels de compréhension. Beaucoup travaillent sur cette exposition, écrivent des articles, font des colloques, des conférences, des thèses, et bien souvent, ils n’ont pas vu les archives. »

    L’idée géniale pour permettre la critique de la critique : faire une exposition dans laquelle se trouve aucune œuvre originale présentée en 1989, mais en même temps de présenter d’une manière exhaustive tous les documents, photographies, films et archives qui ont permis de concevoir l’exposition mythique. Quelques exemples qui témoigne des missions entreprises en Chine, Papouasie-Nouvelle Guinée, Afrique ou Madagascar : un dessin préparatoire de Hiroshi Teshigahara qui se renseigne pour son installation quel poids la poutre du musée supporte ; une lettre mal affranchie qui est revenue du Bénin ; des planches-contacts pour sélectionner des masques Amadou pour l’exposition ; des fiches de repérages ; des carnets de missions tenus par Jean-Hubert Martin, le futur commissaire général de l’exposition ; la réponse des trois artistes Huang Young Ping, Gu Dexing et Yang Jie Chang à la question : « Qu’est-ce que l’art pour vous ? » ; Cheri Samba qui note soigneusement sur papier à en-tête (Chéri Samba, journaliste-peintre populaire) les prix de ses œuvres selon formats…

    Les critères et le processus de sélection sont ainsi rendus transparents à l’extrême pour rebondir sur la polémique autour de la représentativité et le choix des artistes : « Une sélection reste une sélection, avance Didier Schulmann. Ce sont des choix à un moment donné. Mais le travail a été fait d’une façon très systématique, très attentif, avec un travail de terrain et des rencontres très sourcilleuses, avec des artistes avec lesquels les commissaires ont discuté pendant des heures. Toutes ces choses qui ne sont plus possibles aujourd’hui. Aujourd’hui, les sélections se font en allant sur Internet et en regardant depuis son bureau des sites d’artistes, des dossiers en ligne. »

    Pour le seul continent africain, il y avait vingt missions programmées en Nigeria, Bénin, Togo, Ghana, la Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud. L’artiste suisse Bernard Lüthi était l’un des « envoyés spéciaux » en Australie. Lûthi avait entretenu des contacts avec le commissaire général depuis 1983 : « Il était essentiel que ce ne fussent pas des scientifiques, mais les artistes et les commissaires qui étaient directement associés à la conception de l’exposition. Au début, les artistes étaient très enthousiastes, mais quand ils avaient entendu le titre : Les Magiciens de la Terre, ils ont rétorqué qu’ils n’étaient pas des magiciens. Ils se sont retirés en arguant qu’ils ne souhaitaient pas être « vendus » comme des « magiciens ». Mon argument était : si vous voulez faire quelque chose pour l’art aborigène, c’est le moment. Alors ils ont accepté. »

    Une fois sur place, les six artistes de cette communauté Yuendumu étaient pour la première fois confrontés à l’art occidental ancien et aux réactions du public parisien : « L’exposition était perçue comme un cabinet de curiosités, par le grand public, mais aussi par beaucoup de gens dans l’univers de l’art. Je me souviens comment Harald Szeemann [célèbre commissaire d’exposition, ndlr] se sentait totalement dépassé par cette exposition. Aujourd’hui, 25 ans après, j’ai le sentiment que l’univers de l’art commence enfin de vraiment réaliser l’impact des Magiciens de la Terre. Pour cela ce Retour sur une exposition légendaire est si important, conclut Bernard Lüthi. »

    Pour Bernard Blistène, le nouveau directeur du Musée national d’art moderne au Centre Pompidou était à l’époque jeune conservateur au musée, la contribution des Magiciens de la Terre reste jusqu’à aujourd’hui décisive. Comme il n’est pas un hasard qu’il y a des artistes des cinq continents présents dans le nouvel accrochage du musée. « Les Magiciens de la Terre était une exposition qui fait rupture puisqu’elle permettait d’embrasser l’art pas seulement à l’aune du seul dialogue entre l’Europe et les États-Unis. Grâce à cette exposition, penser l’art aujourd’hui, c’est de penser dans un espace toujours plus élargi. » 

    Etre en marge ou au centre?
    L’exposition « Les Magiciens de la Terre » nous a rendus plus vigilants.
    Bernard Blistène, directeur du Musée national d'art moderne au Centre Pompidou. 06/09/2014 - par Siegfried Forster Écouter

     

    Vue de l'exposition « Magiciens de la Terre, retour sur une exposition légendaire ». L'artiste Sarkis a conçu une frise d'images qui réinscrit et rapproche les oeuvres des 111 artistes de cette exposition mythique dans leur communauté éphémère de 1989. Siegfried Forster / RFI

    Magiciens de la Terre, retour sur une exposition légendaire, jusqu’au 8 septembre au Centre-Pompidou-Paris.

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