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    Culture

    «Daral Shaga», triple salto réussi pour le premier opéra circassien

    media «Daral Shaga», premier opéra circassien, création mondiale le 25 et 26 septembre 2014 dans le cadre des 31e Francophonies en Limousin. Christophe Péan

    Quand l’art du cirque emballe l’opéra. « Daral Shaga » raconte la tragédie de l’immigration, le périple des êtres meurtris par l’exil et l’histoire d’un mur qui sépare deux mondes. Présenté en première mondiale à l’Opéra-Théâtre de Limoges dans le cadre des Francophonies en Limousin, ce spectacle a réussi l’exploit de faire fusionner la littérature du Prix Goncourt Laurent Gaudé (voir l’entretien ci-dessous), la musique de Kris Defoort et les arts de la corde, du trapèze et du trampoline du cirque menés par Philippe de Coen pour faire naître une nouvelle forme théâtrale très applaudie par le public.

    Un feu de camp brûle, une mélodie s’installe et avec un grand sac sur le dos, le périple peut commencer. « Regarde-le longtemps, ce que tu ne peux pas prendre avec toi. » Une dernière fois, Nadra plante sa main dans la terre natale qu’elle doit quitter avec son père. Déracinés, mais espérant trouver ailleurs un monde meilleur.

    L’histoire est tristement connue, un classique parmi les tragédies contemporaines qui se jouent chaque jour à Melilla, Tijuana ou Lampedusa. Daral Shaga porte les illusions et le destin de ces migrants autrement, avec la force poétique et l’obstination radicale de l’art circassien. Oui, il y a les voix d’opéra, le jeu des acteurs et les projections vidéo qui créent des univers audacieux et abyssaux, mais ce sont les acrobates qui font la différence avec leurs portés sur les épaules ou la tête, leurs « main-à-main », leurs sauts dans le vide et leurs saltos qui disent long sur l’exaspération et le désespoir face à ce monde impitoyable. Ce sont les acrobates qui occupent les airs et nous coupent le souffle, le tout accompagnés par les airs d’opéra.

    « On a construit un spectacle où le cirque apparaît lentement et paraît comme une nécessité dans le spectacle pour traduire des émotions que le chant ou le texte n’auraient pas abordées frontalement », explique Philippe de Coen, ancien trapéziste et directeur artistique de la pièce. C’est bluffant comment les artistes du cirque arrivent à percer un espace qui semble resté vide jusque-là. « Jusqu’à présent, le cirque était utilisé par l’opéra pour illustrer quelques petites scènes. Aujourd’hui, la poésie du cirque se greffe sur la poésie du texte et renforce le propos du spectacle. On parle de gens qui font des sacrifices incroyables et ont un courage énorme pour partir vers leur eldorado. On retrouve les mêmes sentiments du circassien qui se met en danger, qui a une obstination à arriver à faire son exercice, à atteindre un but ultime. Et c’est ce mix qu’on est parvenu à faire passer dans le spectacle. »

    Les mouvements et gestes circassiens expriment à merveille les sauts de l’âme et la force de l’illusion de ceux qui s’attaquent à ce mur presque infranchissable qui les sépare de cet autre monde tant espéré. « On s’est servi de tous les mouvements dont transpirait poétiquement un acrobate pour parler de notre thématique et on l’a mis en relief », explique le metteur en scène belge Fabrice Murgia au sujet de sa méthode de travail.

    Quant à la musique « tendre et déchirante » de Kris Defoort, ce dernier ose le grand écart dans une composition qui respire aussi bien le baroque que le jazz, l’opéra ou la musique contemporaine. Une musique qui reste plus collée à un destin personnel qu’à l’histoire, malgré des images d'archives projetées ou des mélodies yiddish, arabisantes et balkanisantes ressuscitées par la clarinette, le violoncelle ou le piano.

    Enfin arrivé à la grille de la frontière, l’espoir est resté intacte : « De l’autre côté, une vie est possible », avec « un travail » et « plus de coups ». « Où vas-tu, alors », demande le chœur à l’émigré avant de montrer patte blanche : « Tous nos efforts nous mèneront à ce point : la grille. Qui ne laisse passer personne sans le saigner. »

    La création mondiale de ce premier opéra circassien pour trois musiciens, trois chanteurs et cinq acrobates représente l’accomplissement de trois ans de travail et de recherche de financement pour un projet qui semblait à bien de gens trop innovateur. Aujourd’hui, le très grand succès auprès du public et le sentiment d’avoir avancé est pour Philippe de Coen la juste récompense : « On est vraiment dans un spectacle complet. Je pense qu’on a réussi à ouvrir une nouvelle piste de cirque dans le monde de l’opéra. »

    «Daral Shaga», premier opéra circassien. Livret de Laurent Gaudé. Musique : Kris Deefort. Mise en scène : Fabrice Murgia. Direction artistique : Philippe de Coen. Création mondiale le 25 et 26 septembre 2014 dans le cadre des Francophonies en Limousin. Christophe Péan

     

    ENTRETIEN AVEC LAURENT GAUDE
    Le Prix Goncourt et auteur de Eldorado a écrit le livret pour le premier opéra circassien, Daral Shaga.
     
    Fallait-il un titre énigmatique comme Daral Shaga pour raconter cette histoire d’un mur qui sépare les deux mondes ?
     
    Laurent Gaude : Pour le spectateur qui entre dans la salle, ce titre ne dit rien de particulier, si ce n’est peut-être l’ailleurs. Ce nom, « Daral Shaga », porte avec lui un peu d’étrangeté. Et puis, au fil du spectacle, je souhaite que le spectateur puisse dire à la fin : « Ah, je sais maintenant ce que cela veut dire. Je sais qui se nomme comme ça ».
     
    Lors de la première, le public était étonné et bouleversé de ce qu’il avait vu sur scène. Etiez-vous étonné ce que vos mots ont provoqué sur le plateau ?
     
    Ce soir, c’était la première fois que j’ai vu le spectacle. Donc, je ne me souciais pas de savoir comment il était perçu par le public. J’ai entendu le silence du public et son attention, mais j’étais dans le plaisir de découvrir la musique de Kris Defoort que j’avais entendu par morceaux, mais pas dans son intégralité et surtout le travail de Fabrice Murgia, le metteur en scène. J’avais vu quelques photos, j’ai assisté à quelques répétitions, mais au début du travail. Donc je n’avais jamais fait le parcours complet et c’était pour moi un moment de découverte.
     
    Vous dites de votre texte qu’il s’agit presque de la poésie. Aujourd’hui, avec les artistes du cirque, peut-on dire que jamais vos mots ont sauté et volé si haut ?
     
    C’est vrai [rires]. C’est un merveilleux cadeau pour un auteur d’avoir un jour la demande d’une compagnie de cirque. Normalement, nous sommes dans deux mondes qui ne se rencontrent jamais. Le cirque n’a pas besoin de nous et moi, je peux rencontrer des comédiens, des chanteurs, mais rarement des acrobates. Quand Philippe de Coen de la Compagnie Feria Musica est venu me voir et a dit : « Voilà, je suis une compagnie de cirque et j’aimerais travailler avec vous », j’étais à la fois très surpris, mais dans la seconde, je me suis dit c’est formidable, saisissons cette occasion. Je ne pense pas qu’elle se représentera dans ma vie d’auteur. C’est toujours réjouissant d’être face à des ovnis qu’il faut construire.
     
    « Nulle part est chez moi ». C’est une phrase issue de votre livret pour le spectacle. Est-ce la définition de l’homme moderne exilé d’aujourd’hui ?

    C’est une phrase, qui peut effectivement fonctionner comme une sorte de définition, parce que, à partir du moment où l’on quitte un pays – surtout si c’est un pays qu’on a quitté pour des raisons politiques –, l’exil est un adieu. On va dans un pays qui n’est pas encore le sien et il ne sera peut-être jamais tout à fait. On est dans cet entre-deux à jamais. Et c’est une des choses les plus bouleversantes dans cet acte d’émigration. En fait, c’est un cadeau qu’on fait aux générations suivantes, au sacrifice de sa propre existence. Ce qu’ils posent comme une sorte de première étape, c’est pour leurs enfants, pour que leurs enfants, eux, soient d’ « ici ».
     
    On connaît votre littérature, on connaît l’opéra, mais on n’avait jamais vu un opéra circassien. Est-ce un nouvel espace artistique qui n’existait pas jusqu’ici ?
     
    Pour moi, c’est sûr, même si j’avais déjà croisé la route de l’opéra, notamment avec Mille orphelins, une mise en scène et une musique de Roland Auzet au théâtre des Amandiers à Nanterre. C’était une belle expérience, mais c’était un opéra « classique ». Avec Daral Shaga, le fait qu’il y ait du cirque en plus rajoute une étrangeté. Là, je me sens dans une zone totalement inconnue.
     
    Il y a les mots et les acrobates qui traversent l’espace du bas vers le haut et vice versa pour occuper littéralement tout l’espace de la scène...
     
    Il y a un moment que j’ai découvert ce soir. C’est le moment où apparaît le cirque dans le spectacle. Ce n’est pas la première scène, c’est après un quart d’heure où il y a, pour la première fois, cette image d’hommes qui portent d’autres sur leurs épaules et qui font des gestes de porté que seuls les acrobates peuvent faire. L’apparition du cirque crée une poésie qui serait impossible avec uniquement des comédiens et qui n’est pas non plus la poésie de la danse à laquelle on est peut-être plus habituée. Là, c’est quelque chose de plus fragile. En tant que spectateur, j’ai ressenti que, à ce moment précis où le cirque apparaît, ça crée du danger sur le plateau. Tout d’un coup, on reprend notre sorte de reflexe de spectateur de cirque : « Est-ce qu’il va tomber ou pas ? » A plusieurs moments dans le spectacle, il y a ce petit frisson qui est propre au cirque, ce moment où le cœur remonte. Tout est extrêmement millimétré par la musique, par la mise en scène, et là, le cirque arrive avec son danger. C’est d’une grande poésie.
     
    Daral Shaga, est-ce que cela représente pour vous une rupture par rapport à vos œuvres précédentes ?
     
    C’est une évolution totale d’un point de vue thématique. La migration est un thème que j’ai beaucoup traité, qui m’intéresse et bouleverse profondément depuis quasiment dix ans et qui continue à le faire. Et je suis encore sur des projets où j’interroge ce thème. Par contre, c’est une rupture totale, ou disons plutôt une découverte totale par rapport à la forme que cela prend.

    Daral Shaga, premier opéra circassien, le 25 et 26 septembre aux Francophonies en Limousin. Pour connaître les dates de la tournée à Strasbourg, Besançon et Grenoble, cliquez ici.

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