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    Culture

    Confession et contestation chez les bonnes sœurs de Bonneval

    media Soeur Aleksandra dans Le Temps de quelques jours, un film de Nicolas Gayraud. La Vingt-Cinquième Heure

    « Le Temps de quelques jours », ce sont des images rares cueillies dans l’un des ordres catholiques les plus stricts de France : les Cisterciens de la Stricte Observance. Pour quelques jours et pour la première fois, des moniales cisterciennes cloîtrées à l'Abbaye Notre-Dame de Bonneval ont ouvert leurs portes et leurs cœurs à une caméra venue de l’extérieur. Le réalisateur aveyronnais Nicolas Gayraud en a fait un documentaire à contempler qui vient de sortir dans les salles en France. 

    C’est la sœur Claire, 84 ans, qui s’apprête à faire visiter l’abbaye au réalisateur. Arrivée au cimetière, elle se met à sourire. Elle vient de découvrir un petit escargot sur une pierre tombale. Mais l’apparence d’une contemplation spontanée devant la création divine se volatilise rapidement : « Vous aimez les escargots ? Moi aussi. Avec du persil et un peu d’ail… » sourit-elle d'un air malicieux.

    On les imagine totalement retirées du monde, repliées sur leur foi et la prière. Devant la caméra de Nicolas Gayraud, elles rigolent beaucoup. Parfois, elles se moquent de nous et se montrent finalement assez bavardes. Surtout, elles s’avèrent être des vraies contestatrices. Elles, ce sont  trente sœurs, âgées entre 26 et 96 ans qui obéissent à la règle de Saint Benoît : prière, lecture et travail.

    Le documentaire commence dans le silence. Très loin on aperçoit la magnifique abbaye du 13e siècle construite dans la vallée de Bonneval. Un silence habité par une nature qui semble encore intacte et propice au retrait du monde. La caméra vacille comme les yeux de la jeune sœur polonaise Aleksandra qui s’est assise sur l’herbe pour répondre aux questions : « J'ai trouvé une vie vraie ici ». La Mère Abbesse, sœur Michèle, confie que c’était « un acte contestataire » contre beaucoup de choses dans la société quand elle est entrée en 1976 dans l’Ordre. Elle avait 21 ans quand elle avait reçu son « appel ». « De toute façon, j’aurai été une contestataire » résume-t-elle la décision de sa vie.

    La caméra ne cherche pas à provoquer des confessions, ne cherche pas à embellir ou accentuer, elle assiste aux choses qui vont venir. Elle donne du temps au temps : elle est là quand une sœur passe l’aspirateur ou fabrique du chocolat avec Xavier, le maître chocolatier et seul homme, de surcroit laïque, de l’Abbaye.

    « C’était mon anniversaire »

    Sœur Claire, 31 ans et coquine, raconte d’avoir été ingénieur à Paris dans sa vie « avant ». Elle avait une famille, un bon job, des amis… jusqu’au moment où elle faisait un stage à l’Abbaye, sans le dire à personne. « C’est dur de le dire à la famille. En plus, c’était mon anniversaire. Maman faisait un gâteau. Elle a tout foutu par terre. Même mes amis chrétiens n’ont pas compris. On comprend l’utilité d’un prêtre, mais une sœur, en plus contemplative ! » Aujourd’hui, elle a le sentiment d’être libérée de plein de contraintes de la société, sans avoir perdu son indépendance.

    L’intérieur et la profondeur, voilà deux mots clés abordés avec bravoure par une autre sœur. Deux notions essentielles dans la vie des sœurs que le réalisateur n’a malheureusement pas réussi à nous transmettre. Et il y en a d’autres éléments qui font partie des abonnés absents du documentaire comme le silence, la prière ou le don de soi. Le temps de quelques jours nous donne le privilège d’observer et d’entendre les quelques sœurs qui voulaient bien jouer le jeu, mais certainement pas assez pour percer le mystère.

    Sœur Claire dans Le Temps de quelques jours, film de Nicolas Gayraud. La Vingt-Cinquième Heure

     
    Ce sont des témoignages rares, précieux, mais qui ne font pas oublier les faiblesses du film, tourné en 2007 et qui avait du mal à trouver de l’argent pour sortir en salles. La caméra n’arrive pas à se mettre au rythme des bonnes sœurs, elle tâtonne, improvise, trébuche, avec des couleurs et des reliefs qui trinquent, accompagnés de comparaisons pas toujours très heureuses avec le bouddhisme zen. D’autres sujets ont été (volontairement ?) évités. Celles qui s’isolent dans une abbaye à l’écart des citoyens, comprennent-elles les femmes musulmanes voilées qui vivent leur foi dans les rues des grandes villes et à contre-courant de la société dominante ? L’esprit indépendant de ces femmes fortes se heurte-t-il au refus de l’Église catholique d’ordonner des femmes prêtres ? Et pourtant, les sœurs parlent bien de l’amour, du mariage, de l’indépendance, de l’esprit critique et de leur soif d’étudier des philosophes comme Kant, Nietzsche ou Sartre, parce que « les philosophes anti-chrétiens méritent qu’on s’intéresse à eux, parce qu’ils ont réfléchi à la question ».

    « Nous ne sommes pas coupées du monde »

    Et ce sont eux qui n’ont pas hésité à rectifier sur leur blog quelques inexactitudes vues dans le film ou lues dans des médias par rapport à leur vie et leur vocation : « Le temps de quelques jours n'est pas le premier film sur la communauté ; en 2002, nous avons fait faire un film de 25 mn sur la vie à Bonneval, pour pouvoir le projeter à l'hôtellerie (Réalisateur : Louvranges Broadcast, André Bossuroy). » « Nous ne sommes pas coupées du monde et encore moins enfermées. Nous sortons du monastère quand c'est nécessaire: courses, soins de santé, voire formation ou repos. Si nous regardons très rarement la télévision, il nous arrive de voir quelques bons films. Nous recevons des journaux (Le Monde, La Croix... nombreux périodiques), nous disposons de connexions internet, et nous aimons lire. Il a été écrit à notre sujet que « Un homme, un seul [un de nos employés à la chocolaterie], les relie au monde extérieur »... Comme quoi, la créativité n'a pas de limites... En fait, différentes personnes, hommes et femmes, entrent dans la clôture du monastère quand c'est nécessaire. »

    Le monastère de Bonneval a été fondé par des moines cisterciens en 1147, fermé lors de la Révolution en 1792, ré-ouvert par des moniales cisterciennes en 1875. Les soeurs ont créé pour vivre une petite chocolaterie ainsi qu'une usine hydroélectrique. La Vingt-Cinquième Heure

    Le Temps de quelques jours, un film de Nicolas Gayraud, est sorti le 1er octobre.

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