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    Culture

    Cinéma: «Bébé Tigre» dénonce la traite d’enfants indiens en France

    media Une scène de «Bébé Tigre», un film français réalisé par Cyprien Vial. FIFF Namur

    Projeté au 29e Festival international du film francophone de Namur, en Belgique, Bébé Tigre met en lumière une réalité sociale souvent ignorée. Ce premier long métrage du Français Cyprien Vial donne un coup de projecteur sur la traite des enfants originaires du nord de l’Inde. Leurs parents ont payé très cher pour leur voyage vers la « Terre promise ». Mais une fois en France, ils sont exploités, voire abandonnés par leurs passeurs.

    De notre envoyé spécial à Namur

    Un collège de Seine-Saint-Denis, en banlieue parisienne. Many, le personnage principal de Bébé Tigre, est en apparence un adolescent comme les autres. Le jeune Indien de 17 ans a été pris en charge par l’Etat français à son arrivée en France il y a deux ans. Ses parents, restés au pays, se sont lourdement endettés pour le faire venir dans l’Hexagone, via un réseau plus ou moins légal. La mission du jeune homme ? Travailler et envoyer le maximum d’argent à sa famille au Penjab.

    « En animant des ateliers de cinéma à Pantin, une commune située au nord-est de Paris, j’avais découvert en 2010 qu’un des élèves de la classe de 4e avait un statut particulier dont j’ignorais l’existence : celui de mineur isolé étranger », raconte le réalisateur Cyprien Vial. « Actuellement, il y en aurait environ 60 000 en France, dont près de 1 000 Indiens. La loi stipule que ces enfants arrivés seuls doivent être pris en charge par l’Etat. Une loi que les autorités se sont d’ailleurs bien gardées de promouvoir à l’époque, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Lors de mon enquête, notamment auprès de quelques éducateurs, une catégorie a retenu toute mon attention : celle des enfants "mandatés". Ils sont envoyés chez nous pour gagner de l’argent. Emu et impressionné par leur courage, j’ai décidé de leur rendre hommage à travers une fiction inspirée par leurs témoignages », confie le cinéaste de 35 ans.

    « On leur a promis l’eldorado »

    La caméra suit Many, qui partage sa vie entre l’école, ses copains et sa petite amie, tout en restant en contact permanent avec sa communauté sikh. Accueilli par une famille, il est suivi par un éducateur. Nombre de ses compatriotes n’ont pas eu cette « chance ». Car la plupart des garçons se retrouvent soit exploités, soit sans travail. Et comme si cela ne suffisait pas, pour se débarrasser de quelques-uns d’entre eux, les passeurs n’hésitent pas à les abandonner devant des organismes sociaux, surtout lorsqu’ils ne sont plus « rentables », ou quand ils commencent à leur poser problème. D’autres passeurs encore, une fois l’argent du voyage empoché, ne vont même pas récupérer les nouveaux arrivants à l’aéroport. « Pour chaque enfant, les parents ont dû verser à des gens sans scrupule entre 13 000 et 17 000 euros, avec la garantie d’un logement et d’un emploi, voire de brillantes études. On leur a promis l’eldorado, il n’en est rien. Une fois en France, on leur confisque leur passeport afin que la police ne puisse pas les identifier ni remonter jusqu’aux passeurs », déplore Cyprien Vial.

    « Retourner en Inde serait synonyme d’échec »

    Entre les cours, Many travaille au noir dans le secteur du bâtiment pour le compte d’un truand de sa communauté. Mais bientôt, la pression s’accroît. D’abord, de la part de ses parents qui, au téléphone, lui rappellent ce en quoi consiste sa « mission » et réclament toujours plus de sous pour rembourser la dette contractée pour son voyage. Ensuite, de la part de son « employeur », de plus en plus exigeant, et aussi de son éducateur et de ses professeurs, inquiets de ses absences répétées en classe. Une pression externe, mais également interne. Dans sa tête, le jeune homme se dit qu’il ne peut pas faillir à sa tâche. « Retourner en Inde serait synonyme d’échec. De plus, ceux qui rentrent sont reniés par leurs parents », explique Cyprien Vial. D’aucuns finissent par craquer et sombrent dans la dépression. Ce ne sera pas le cas de Many, que le réalisateur compare à un bébé tigre, puisque l’adolescent saura sortir ses griffes à temps.

    Tourné en sept semaines avec un budget de seulement 1,7 million d’euros (alors que le budget moyen pour un long métrage réalisé en France varie de 6 à 25 millions d’euros), Bébé Tigre dénonce avec efficacité la traite d’enfants indiens et tente de convaincre les familles que l’envoi de jeunes en Europe ne doit pas devenir une fin en soi, car la vie sur place est loin d’être facile.

    Chaleureusement applaudi par le public du 29e Festival international du film francophone de Namur, le film doit sortir sur les écrans français fin janvier ou début février 2015.

    29e Festival international du film francophone de Namur : du 3 au 10 octobre 2014

    Cyprien Vial, réalisateur français du film «Bébé Tigre», au 29e Festival international du film francophone de Namur. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    → A (RE-)LIRE : Articles du même auteur publiés lors des précédentes éditions du Festival international du film franophone de Namur

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