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    Culture

    La vie faite roman de Patrick Modiano

    media Patrick Modiano. REUTERS/Charles Platiau

    Le lauréat Nobel de littérature de 2014, le Français Patrick Modiano est un auteur prolifique. Son œuvre romanesque, composée d’une trentaine de livres, est un monument dressé aux heurs et malheurs de ses propres débuts dans la vie. Des débuts qui s’identifient avec l’histoire de la France occupée et de celle de la sortie sans gloire de ces années de plomb. Selon le communiqué de presse de l’Académie suédoise, c’est pour son « art de la mémoire avec lequel il a fait surgir les destins les plus insaisissables et découvrir le monde vécu sous l’Occupation » que Modiano a été couronné cette année.

    En attribuant le prix Nobel de littérature, cette année, au romancier français Patrick Modiano, les jurés de l’Académie suédoise viennent de consacrer une petite musique, mais combien obsédante, de la littérature française. Celle de l’autofiction. Ce genre a connu ses heures de gloire au siècle dernier, avec Proust et sa Recherche du Temps perdu. Elle est en train de renaître de ses cendres aujourd’hui avec les écrivains de la génération post-industrielle comme Christine Angot, avec une inflexion féministe. Entre les deux, Patrick Modiano qui a fait des douleurs et du chaos de son enfance la source de son oeuvre, située au carrefour de l’autobiographique, de la fiction et de l’Histoire avec un grand « H ».

    Une écriture salutaire

    La vie de Patrick Modiano est un roman. On dira « un mauvais roman » dont l’écriture a été doublement salutaire pour le romancier. Elle lui a à la fois permis de prendre conscience de ses abîmes et de s’en éloigner afin de pouvoir se réinventer. Dans Pedigree, son roman le plus ouvertement autobiographique, il a raconté cette délivrance, en la datant précisément. C’était un après-midi de juin 1967, il venait d’apprendre que le manuscrit de son premier roman qu’il avait déposé aux éditions Gallimard avait été accepté. « Ce soir-là, écrit-il, je m’étais senti léger pour la première fois de ma vie. La menace qui pesait sur moi pendant toutes ces années, me contraignant à être sans cesse sur le qui-vive, s’était dissipée dans l’air de Paris. J’avais pris le large avant que le ponton vermoulu ne s’écroule, il était temps. »

    Ce ponton vermoulu, c’est la vie donnée en héritage au futur romancier par ses parents, eux-mêmes passablement désaxés, désorientés par leurs propres échecs et frustrations, le manque d’argent, le chaos d’une époque de guerre et d’occupation sans grande perspective d’avenir. Patrick Modiano est né en 1945, à Boulogne-Billancourt. Il grandit dans le Paris du marché noir, des trafics de tous genres, des restrictions.

    Au cœur de cette biographie, le père Alberto, juif d’origine italienne, proche de la Gestapo et de la pègre. La mère était flamande, étrangère à Paris. Comédienne sans grands talents, elle courait les cachets. Séparée de son mari, elle avait du mal à s’occuper de ses enfants. Souvent livrés à eux-mêmes, le jeune Patrick et son frère Rudy partagent leurs vies entre foyers étranges, pensionnats sinistres et l’appartement-bureau du père du quai Conti fréquenté par une noria d’hommes et femmes peu recommandables. Le futur romancier sera traumatisé à tout jamais par la mort de son frère cadet Rudy qui fut son seul ami en ces temps de l’enfance.

    Les enfants étaient traumatisés aussi par l’absence d’affection des parents. Modiano aime raconter que leur mère avait le cœur si sec que son chow-chow se serait suicidé en se jetant par la fenêtre. Incompréhensible aussi la sévérité du père qui traite son fils de voyou et appelle la police, lorsque celui-ci vient lui quémander de l’argent pour survivre. C’est pour sortir de ce marécage familial que Patrick Modiano s’est lancé dans l’écriture. L’écriture comme refuge et pilier auquel s’accrocher face au « flottement perpétuel » de la vie.

    Une quête du passé

    Patrick Modiano a 22 ans quand il se fait connaître en publiant son premier roman La Place de l’Etoile (Gallimard). Il était alors le protégé de Raymond Queneau, un ami de sa mère, qui a présenté le manuscrit au comité de lectures de Gallimard. Pour le jeune romancier, c’est une renaissance, mais les thématiques qui vont hanter les pages de son œuvre à venir sont déjà présentes dès ce premier roman : le terreau de l’Occupation allemande, Paris, l’enfance. Ce qui frappe aussi dans ce premier livre, c’est le rapport que le romancier entretient avec le passé. Ce rapport n’est pas du tout nostalgique, mais il est de l’ordre du poétique et de l’onirique. Modiano rêve le passé, mais son rêve est dénué d’affects.

    Dans un long entretien qu’il a accordé récemment à Nathalie Crom de Télérama, sans doute une des meilleurs connaisseurs de l’œuvre du nouveau Prix Nobel, le romancier a expliqué sa méthode de travail : « Il ne s’agit jamais pour moi de me plonger de façon narcissique dans mon enfance. Je n’écris pas pour parler de moi ou essayer de me comprendre. Ni pour reconstituer les faits. Il n’y a aucun désir d’introspection. Non, j’ai juste été marqué durant l’enfance par une atmosphère, un climat, parfois des situations, dont je me suis servi pour écrire des livres. Mais en quittant le plan autobiographique pour me situer sur celui de l’imaginaire, du poétique, avec quelques événements de mon enfance pour matrice. »

    Cette quête du passé est aussi une quête de soi incarnée en général dans les romans de Modiano par un personnage masculin interrogeant ses propres paradoxes et ceux de son époque. Telle est la configuration du dernier roman du Prix Nobel Pour que tu ne perdes pas dans le quartier (Gallimard) qui vient de paraître où le double mythique de l’auteur invite le lecteur dans les labyrinthes d’une mémoire à la fois si proche et si lointaine.

    Si vous ne deviez que lire 5 romans de Patrick Modiano :

    • Rue des boutiques obscures (prix Goncourt, 1978)
    • Voyage de noces (1990)
    • Dora Bruder (1997)
    • La petite bijou (2001)
    • Un pedigree (2005)

    Tous les romans de Modiano ont été publiés par les éditions Gallimard.

     

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