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    Culture

    Réouverture du musée Picasso: «C’est ça, la révolution Picasso»

    media Nature morte à la chaise cannée [Printemps 1912] Huile et toile cirée sur toile encadrée de corde 29 x 37 cm Dation en 1979 Inv.: MP36 © RMN - GP/René - Gabriel Ojéda © Succession Picasso 2014

    Si Pablo Picasso savait, il lui aurait dédié un dessin « Le peintre et sa commissaire ». Malgré son limogeage cet été dans des conditions rocambolesques, l’ancienne directrice Anne Baldassari a finalement assuré l’exposition d’ouverture du nouveau musée Picasso qui sera inauguré par le président François Hollande ce samedi 25 octobre. Baldassari promet un accrochage « sans aucune concession et d’une liberté absolue » et une réinterprétation de l’œuvre picassienne pour le XXIe siècle. Après cinq ans de travaux pour 43 millions d’euros, la surface a doublé et le musée dispose aussi enfin d’une grande salle dédiée à la période « africaine ». Entretien assis à ras le sol - « allez, on est des jeunes » - dans la salle « cubiste » avec la détentrice d’un savoir encyclopédique sur le maître absolu de l’art du XXe siècle.

    Entre la fermeture et la réouverture, qu’est-ce qui a changé dans votre regard sur l’œuvre de Picasso ?

    J’ai fait ici quelque chose que je n’ai jamais fait. Mon grand moment de stress et de récompense, c’est l’accrochage. Moi, j’apprends en accrochant. Le reste, c’est du travail administratif. 90 % de ma vie était du travail administratif et la recherche du financement. C’est en mettant en relation les œuvres les unes avec les autres que je vois des choses qui, normalement, ne sont pas perceptibles. Par exemple, dans la salle dans laquelle nous nous trouvons, l’autre jour, après l’avoir accrochée, je regardais cette peinture, Le Sacré-Cœur de 1910 de Picasso, avec au fond l’arbre de 1907 et ce travail de décomposition en facettes autour de la figure de Sacré-Cœur et de l’arbre. Ce dernier est une peinture quasi abstraite qui participe à la création des Demoiselles d’Avignon. On est dans cette fameuse décomposition de l’image, des facettes, par des lignes. C’est un moment où Picasso est en train de bâtir son concept du cubisme. C’est une question optique. C’est une projection de la tâche fovéale qui est au centre de l’œil et se projette sur l’œuvre. On sort de la logique de la représentation qui régnait depuis Alberti, depuis la Renaissance où le monde est une fenêtre. Toute cette construction, cette mécanique du regard a apporté le cubisme tel qu’on le voit dans cette salle avec de très grands chefs-d’œuvre exceptionnels.

    Pendant la fermeture du musée Picasso et pour financer la rénovation, vous avez organisé une tournée mondiale des œuvres avec 20 expositions internationales. Comment les regards des autres ont changé votre regard et ainsi l’accrochage d’ouverture ?

    Cela a été très important. Les 20 expositions ont eu lieu pour assurer « le rayonnement des collections nationales ». Elles ont été montées dans un cadre diplomatique, avec de grands musées, avec un investissement scientifique très important. C’était passionnant de travailler dans des bâtiments différents : l’Hôtel Dieu à Madrid avec la partie moderne de Jean Nouvel, les bâtiments du XIXe siècle du musée Pouchkine à Moscou ou de l’Ateneum Museum à Helsinki, le De Young Museum à San Francisco, le Seattle Museum of Art… On a même « envahi » l’Ermitage à Saint Petersbourg avec un million de visiteurs. Ce qui est apparu lors de cette tournée, c’est l’intérêt de ce public « mondial ». De se rendre compte que Picasso parle chinois, russe, finnois, suédois, et bien d’autres langues. Picasso ne parle pas français, Picasso parle une langue plastique qui est partagée par tous. Et son efficacité à l’international est vraiment prouvée. C’était absolument merveilleux, que ce soit avec des enfants, des personnes âgées… On voit à l’œuvre une œuvre majeure du XXe siècle qui parle une langue plastique partagée par tous. C’est très impressionnant.

    C’est alors toujours une œuvre très contemporaine ?

    Oui. Picasso a bâti notre monde. Il a fait advenir au premier plan ce qui a été déconsidéré ou considéré comme une culture populaire. Picasso utilise la carte postale, la photographie, la presse, le cinéma, il est ouvert sur les nouveaux médias dès le début du siècle. Il fait monter au premier rang les dessins d’enfant, l’art brut, des ex-voto. C’est quelqu’un qui croise la culture vernaculaire, la culture populaire et la haute culture. C’est ça, sa grande révolution. I va croiser la culture occidentale et les cultures extra-occidentales : l’art africain ou océanien. Il était absolument ouvert. Il n’y avait pas de haute culture pour lui. Il a tout transformé et tout mis dans son œuvre. C’est ça, la révolution Picasso.

    Le débat : qui est plus important pour l’art du XXe siècle, Marcel Duchamp ou Picasso, est-ce clairement tranché pour vous ?

    C’est tranché depuis le début... [rires] D’abord, Duchamp est cubiste. Il expose avec les cubistes au Salon des indépendants en 1912. Picasso, en 1912, il est déjà ailleurs. Pour lui, le cubisme est un académisme. Et quand Duchamp va exposer l’urinoir, justement pour faire passer un objet industriel d’un statut à l’autre, Picasso l’avait déjà fait avec le papier journal et avec d’autres choses. Il avait déjà fait les papiers découpés dès 1903. Dès 1908, on trouve de la typo dans les œuvres majeures. Les étiquettes commerciales, on les trouve dans des papiers collés dès 1908, bien avant Braque et avant tout le monde. Son travail sur les Guitares, sur la Nature morte à la chaise cannée, c’est quand même du ready-made. Il y a les installations photographiques, les manipulations de négatifs, les trucages avec des masques. Tout cela il l’a fait entre 1908 et 1912. Donc le laboratoire central Picasso, c’est le laboratoire central de l’art moderne et contemporain. On est encore à courir derrière aujourd’hui.

    Dans le nouveau parcours, qu’est-ce qu’on va découvrir sur la relation entre Picasso et l’art africain ?

    Dans le musée, on a enfin une grande salle qui est dédiée à cette période. C’est une période qui n’a jamais fait objet d’un travail scientifique systématique et qui a été toujours un peu laissée pour compte. Or c’est difficile à le faire chez nous, parce que cela se poursuit à 1909 et nous avons très peu d’œuvres de 1909 : on a un tableau « et demi » et quelques sculptures. Toutes ces œuvres se trouvent notamment à l’Ermitage ou dans les collections privées puisque tout a été acheté à l’époque, notamment par Gertrude Stein, le collectionneur Sergei Shchukin et d’autres. On a aussi une salle, dans la collection particulière, au dernier étage, avec les masques de la collection, mise en relation avec les peintures de Douanier Rousseau, Max Ernst, Victor Brauner. C’est quand même très intéressant de les voir là, entre une sculpture Sépik, un grand masque Nimba et un masque Grebo. À juste titre, William Rubin avait considéré que ce dernier est comme une sorte de matrice pour comprendre la Guitare de 1912 qui se trouve au Museum of Modern Art ou les petites Guitares qui sont ici.

    Picasso « ouvre » les sculptures en 1909, justement dans cette période « africaine », avec la Tête de Fernande. Ensuite il va complètement exploser ce volume avec ses déconstructions de la Guitare ou de la Clarinette. Ensuite, sa construction décollée, incarnée par la Guitare de 1912, est un dialogue direct avec les masques africains. 

    Figures et masques de la Nouvelle Guinée et du Gabon dans la salle de la collection particulière de Picasso dans les nouvelles salles amenagées. Au fond, « Le Baiser » (1931) de Pablo Picasso. Siegfried Forster / RFI

    On a trois parcours de visite dans le musée Picasso.
    Anne Baldassari, ancienne directrice du musée Picasso et commissaire de l'exposition inaugurale. 24/10/2014 - par Siegfried Forster Écouter

    Ecouter le Grand Reportage  « Picasso : la polémique se referme, le musée s’ouvre »

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    La réouverture du musée Picasso à Paris aura lieu le samedi 25 octobre à 12h. Les 25 et 26 octobre, le Musée national Picasso-Paris vous ouvrira ses portes gratuitement et sans réservation. Samedi 25 octobre, de 12h00 à 18h00. Dimanche 26 octobre, de 9h30 à 18h00.

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