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    Culture

    David Foenkinos remporte le prix Renaudot 2014 avec «Charlotte»

    media David Foenkinos, prix Renaudot 2014 et l’auteur de « Charlotte », publié aux éditions Gallimard. C. Hélie / Gallimard

    Il était le grand favori pour le prix Goncourt. Finalement, David Foenkinos doit se contenter avec le prestigieux prix Renaudot pour son portrait intime et obsessionnel de Charlotte Salomon, peintre allemande, assassinée à l’âge de vingt-six ans dans un camp de concentration alors qu’elle était enceinte.

    « Ma principale source est son œuvre autobiographique : Vie ? ou Théâtre » écrit David Foenkinos en guise de préface. Avant d'écrire ce treizième roman sur papier, l’auteur grand public (Les souvenirs, Je vais mieux) avait déjà cité ou évoqué le personnage de Charlotte dans plusieurs de ses livres.

    La première chose qui frappe dans Charlotte c'est l’aspect formel de l’écrit : des phrases délicatement rangées sur les pages comme des mots d’une poésie avant le naufrage. Chaque phrase possède sa propre ligne ouvrant l’espace pour les émotions et les vibrations du vide créées par la mort tragique et prématurée de l’artiste. Cette radicalité formelle est la manifestation extérieure d’un éblouissement et d’une fascination totale que Foenkinos exprime face au destin bouleversant de Charlotte Salomon. « Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite. / Je me sentais à l’arrêt à chaque point. / Impossible d’avancer. / C’était une sensation physique, une oppression. / J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer. / Alors, j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. »

    Le présent qui émerge

    Charlotte est née le 16 avril 1917, fille d’une mère qui avait donné le nom d’une sœur décédée à son enfant. On comprendra vite que la mère de Charlotte aussi va s’inscrire dans la longue lignée suicidaire de la famille. C’est la nouvelle femme de son père, Paula, une cantatrice, qui changera l’état de vie familiale. Avec elle, la vie culturelle de Berlin fait son entrée dans l’appartement au 15, Wielandstrasse. « On y croise le fameux Albert Einstein. / L’architecte Erich Mendelsohn./ Ou encore Albert Schweitzer. »

    L’une des finesses du roman, c’est le présent et la vie de l’auteur qui émergent souvent d'un coup au milieu d’une page : « Devant cette adresse, il y a maintenant de petites plaques dorées au sol. / On appelle ça des Stolpersteine. / C’est un hommage aux déportés. / À Berlin, il y en a beaucoup, surtout à Charlottenburg. » L’écrivain n’hésite pas à sonner à la porte, au premier étage de l’immeuble où Charlotte habitait avec sa famille : « Une femme inquiète apparaît /…/ Elle nous claque la porte au nez. »

    L’auteur, qui vient d’avoir 40 ans, fait revivre la vie et l’œuvre de la jeune peintre Charlotte Salomon qui avait réussi à la cacher. Ainsi, il nous transmets une sorte de roman autobiographique sous forme de 800 gouaches et textes peints qui résument sa vie avant que celle-ci ne soit gazée par les nazis, à Auschwitz, en automne 1943. Son arrestation fut précédée par « une dénonciation sans raison », à Villefranche-sur-Mer, là où il y a encore aujourd’hui « des gens qui savent » qui avait dénoncé la jeune artiste enceinte.

    La passion de la Renaissance

    Foenkinos fait défiler toutes les étapes qui mèneront à l’extermination des juifs. C’est en 1933, « quand la haine accède au pouvoir », que Charlotte a perdu ses dernières illusions sur les nazis, mais « c’est à cette période que le dessin entre dans sa vie. / La passion de la Renaissance lui permet de quitter son époque ». Malgré l’exclusion des juifs de plus en plus forte, elle réussit à entrer à l’Académie des Beaux-arts de Berlin avant de prendre la fuite pour le sud de la France. Pour échapper à la folie provoquée par l’exil et le déracinement, elle a trouvé son salut dans la peinture, avec des couleurs aussi joyeuses et modernes alors que les conditions de vie étaient sombres et infernales.

    La manière de raconter cette histoire et le style de l’auteur va probablement cliver les lecteurs. Son aplomb de s’immiscer dans l’histoire (« Je sonne chez Charlotte »), d’exhaler sa passion (« J’étais un pays occupé ») ou son obsession qu’aucune phrase, sous aucun prétexte, ne dépasse une ligne, peut paraître à certains quelquefois trivial voire artificiel. Mais David Foenkinos assume son admiration sans bornes pour cette artiste qu’il avait découverte lors d’une exposition à Berlin, en Allemagne, et qu’il fait revivre avec cet hommage intime et touchant.

    C’est le livre sur lequel je travaille depuis des années…

    Ecouter la réaction de David Foenkinos après avoir remporté le prix Renaudot 2014 avec «Charlotte». 05/11/2014 - par Catherine Fruchon-Toussaint Écouter

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