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    Culture

    Hervé Télémaque, grande figure de l’art haïtien: «On peint pour exister»

    media Tête à tête entre « King of the Zulus » (en haut), 1984-1985, 208 x 173 cm, de Jean-Michel Basquiat (© Marseille, MAC/ V. Ecochard / Adagp, Paris, 2014) et « La Terre couchée » (en bas), 1985, 175 x 800 cm, d’Hervé Télémaque (© Paris, MAM / RV © Adagp) Collage RFI / © Marseille MAC © Paris, musée d’Art moderne

    Il a montré le chemin à des générations d’artistes haïtiens. A 77 ans, l’artiste Hervé Télémaque, né à Port-au-Prince, expose ses œuvres dans l’exposition « Haïti, deux siècles de création artistique » qui ouvre ce mercredi 19 novembre au Grand Palais à Paris, à côté de ceux d’un Jean-Michel Basquiat et d’une soixantaine d’artistes haïtiens. Entretien avec cet autobiographe pictural et l’un des figures historiques de l’art moderne et contemporain haïtien qui est passé par New York avant de s’installer à Paris.

    RFI : Cette exposition foisonnante qui montre Haïti, deux siècles de création artistique, avec une soixantaine d’artistes contemporains haïtiens présents, est-ce aussi un peu l’aboutissement de votre œuvre, de votre carrière en tant que « père » de l’art moderne et contemporain haïtien ?

    Hervé Télémaque : Certainement, mais de ma génération, parce que je ne suis pas seul. Il y a toute une génération qui s’appelait les grands naïfs haïtiens, c’est-à-dire Hector Hyppolite, Philomé Obin, etc. Il y avait une génération moderniste qui exposait tout de suite dans cette fameuse galerie, le Centre d’Art de Port-au-Prince [fondé en 1944, ndlr]. Moi, je suis le dernier avatar de cette génération. Évidemment, vous connaissez tous les malheurs politiques haïtiens. Moi, j’ai quitté Haïti définitivement en 1957, à l’âge de 20 ans, pour aller aux États-Unis, avec l’arrivée du dictateur « Papa Doc » [François Duvalier, ndlr]. Dans cette génération, il y a toujours eu un dialogue entre les grands naïfs haïtiens dont certains sont exposés ici comme Préfète Duffaut, mais surtout Hector Hyppolite pour lequel j’ai fait un tableau en hommage à lui et qui est exposé ici.

    Comment ce dialogue s’est-il passé ?

    Il y avait quelque chose de miraculeux. Les États-Unis, et surtout l’artiste américain Dewitt Peters [arrivé en 1943 en Haïti, il va créer un an plus tard le Centre d’Art de Port-au-Prince, ndlr], qui est pratiquement l’inventeur de l’art naïf haïtien, se rendent compte qu’il y avait chez les naïfs haïtiens une potentialité, un vivier intéressant. Alors il va défendre à la fois ses naïfs et les artistes modernes, dont Lucien Price [1883-1964]. Ce grand dessinateur est mon aîné et moi, je suis un peu le cadet de cette génération qui est obligé de partir. On voyage beaucoup et les communications commencent à s’établir beaucoup plus facilement avec Haïti et le reste du monde. Comme aujourd’hui, quand je regarde mes tout jeunes confrères qui pratiquent Internet et envoient des emails partout. A mon âge, je ne sais pas faire cela. Je voudrais continuer mon œuvre et la faire le mieux possible pour dire que, aujourd’hui, Haïti, malgré son état de misère absolue, communique avec le reste de la planète. Pour moi, le plus important, c’est qu’Haïti sorte enfin de cette corruption et qu’une certaine intelligence sociale puisse s’y développer. C’est ce que souhaite à mon petit pays.

    Vous avez quitté Haïti deux fois : une fois en 1957 pour New York, quand « Papa Doc » est arrivé, pour partir à Paris en 1961. En 1991, après 17 ans passés en Haïti, vous quittez votre pays une deuxième fois, lorsque Jean-Bertrand Aristide est élu président. Quel était le moteur de votre peinture et votre art pendant tout ce temps-là ?

    On peint pour exister. Comme mes jeunes confrères aussi dans ces conditions effroyables dans lesquelles ils sont. Peindre, c’est une rétrospection naturelle que tout artiste connaît. Cela n’a rien de particulier si cela est en Haïti ou pas, n’importe quel être humain a besoin de s’exprimer et l’art est un moyen universel d’expression. Dans mon cas, on pourrait se demander, pourquoi la peinture ? Je pourrais répondre : parce que je viens d’une famille où il y avait un grand respect de l’art. J’ai une tante pianiste, Carmen Brouard, et mon oncle, Carl Brouard, est un poète important, alors il me restait que la peinture… Bien sûr, c’est un gag [rire], parce que ce n’est pas aussi simple que cela. Il y a eu cette explosion de la peinture naïve haïtienne qui s’est mise à envahir ce bout d’île. J’ai voulu m’inscrire dans cette joie collective, mais peut-être de manière plus cultivée, plus en allant à l’extérieur, cherchant un modèle. Je me rappelle, à Port-au-Prince, j’avais des livres sur le cubisme analytique, sur Picasso, sur Braque. Je voulais comprendre cette discipline et l’utiliser à mes fins autobiographiques.

    Le Voyage d’Hector Hyppolite en Afrique (2000), oeuvre d'Hervé Télémaque, acrylique sur toile, 162 x 243 cm. © Paris, musée d’Art moderne / Roger-Viollet © Adagp, 2014

    Ici, on se trouve devant une de vos toiles monumentales, La Terre couchée, une œuvre de 1985, un triptyque avec de la tôle récupérée. Vue d’aujourd’hui, on pourrait dire une œuvre prémonitoire.

    Non. À l’époque, j’avais déménagé de Paris pour aller habiter à Villejuif où j’ai acheté une petite ferme où il y avait ce bout de tôle. Dans le bassin caraïbe, il y a de la tôle partout. Je me suis rendu compte que je pouvais en faire un signe, une voix de la pauvreté, de la misère humaine. Donc j’ai fait cette composition pour cette tôle, pour faire parler cette tôle rouillée. Il y a une deuxième version de ce tableau, La Terre lavée (1992), qui est un peu plus modeste dans la taille, mais aussi plus optimiste que ce tableau-là.

    Que voit-on ?

    La figure centrale est composée d’une double image d’un enfant accroupi, avec des tentes qui n’ont rien à voir avec les tentes des Haïtiens d’aujourd’hui. J’ai toujours représenté les tentes. Est-ce un signe d’un artiste qui se vit comme un exilé ? Pour moi, c’est non. C’est simplement un signe proprement métaphysique de la demeure humaine. En fait, c’est un tableau sur la demeure humaine.

    Au Grand Palais, il y a un tête-à-tête de vos œuvres avec celles de Jean-Michel Basquiat, le célèbre artiste né en 1960 à Brooklyn comme fils d’un Haïtien, mais qui n’avait jamais mis un pied en Haïti avant sa mort en 1988. Vous représentez un peu le fondement de cette exposition et, en février 2015, il y aura une rétrospective de vos œuvres au Centre Pompidou-Paris. Est-ce que vous êtes aujourd’hui au sommet du rayonnement de votre art ?

    Par la force des choses. Si cela n’arrive pas à 77 ans… [rires] Déjà avec mon hémiplégie, mon accident vasculaire, il me reste très peu de temps pour finir ma narration. Il y a un point de liaison entre ce projet haïtien et le fait que j’aurai une exposition au Centre Pompidou. J’ai voulu exposer à Beaubourg les œuvres achetées par les institutions françaises et qui m’ont aidé pendant tout mon parcours ces 50 dernières années. Il y aura aussi les œuvres que j’ai données. J’ai voulu montrer les liens entre l’Haïti d’aujourd’hui et l’Haïti éternelle avec la France. Il y a quand même un lien, non pas d’ancienne colonie qui était la colonie importante de Saint-Domingue, mais il s’agit de montrer une sorte d’affinité et de solidarité entre ma culture haïtienne et ma culture française.

    C'est-à-dire ?

    J’ai fait le parcours typique traditionnel des Haïtiens. Je suis passé à New York d’abord et je suis venu m’installer à Paris ensuite. Mais je me sens profondément solidaire de la culture occidentale et européenne. Je suis moi-même à moitié occidental, blanc, et de l’autre moitié un Nègre. Cela me plaît que Beaubourg manifeste un peu ce lien. C’est moi-même qui ai indiqué le sens de cette exposition à Beaubourg. Donc avec cet hommage que la Réunion des Musées Nationaux rend à Haïti au Grand Palais, le lien est évident. C’est peut-être la première fois qu’une exposition haïtienne a cette ambition générale. Les précédentes étaient beaucoup plus des institutions folkloriques, avec une relation folklorique avec Haïti. Là, on est dans du sérieux. On essaie de raconter réellement l’Haïti d’aujourd’hui et l’Haïti du passé. Voilà. 

    Hervé Télémaque devant son œuvre La Terre couchée, exposée dans le cadre de l'exposition Haïti, deux siècles de création, jusqu’au 15 février 2015 au Grand Palais, Paris. Siegfried Forster / RFI

    « La Terre couchée » (1985), une œuvre prémonitoire ? Hervé Télémaque sur sa toile de 1985. 19/11/2014 - par Siegfried Forster Écouter

    ► A lire aussi : Au Grand Palais, l’art haïtien sort de son île
     
    ► Le rendez-vous culturel de RFI, Vous m’en direz de nouvelles (VMND), a programmé ce 19 novembre une émission spéciale « Haïti » et reçoit, entre autres, l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens, lauréate du prix Femina 2014.
     
    ► Ce mercredi 19 novembre, à l’occasion de l’ouverture de l’exposition au Grand Palais aura lieu une table ronde sur la « Création contemporaine en Haïti » avec les commissaires de l’exposition et plusieurs des artistes exposés.

    Haïti, deux siècles de création artistique, exposition du 19 novembre 2014 au 15 février 2015 au Grand Palais, Paris.

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