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    Culture

    La débâcle morale d'une France sens dessus dessous

    media La romancière Pauline Dreyfus, auteur de « Ce sont des choses qui arrivent », publié aux éditions Grasset. Jean-François Paga

    C’est un roman inspiré par des notions autobiographiques. L'ouvrage Ce sont des choses qui arrivent de Pauline Dreyfus raconte l’attitude pétainiste des grandes familles aristocratiques pendant la Seconde Guerre mondiale au détriment des juifs français. Un livre qui figurait parmi les quatre finalistes du prix Goncourt et qui est sorti à point dans un pays en quête d'identité et en plein repli sur soi.

    C’est un roman qui parle de la crispation d'une société qui préfère laisser sous le tapis ces histoires de « famille » et ces vérités historiques qui dérangent autant : « C'était donc ça la guerre? Personne n'aurait cru que c'était si agréable. »

    « Ce sont des choses qui arrivent », ce sont les mots employés par Jérôme, le duc de Sorrente, quand sa femme Natalie lui annonce une grossesse de toute évidence adultère. Mais c'est aussi l’expression utilisée par la nounou de madame Lévy qui s'inquiète des juifs arrêtes en zone occupée.

    Des mots qui cachent bien leur jeu

    Avec Ce sont des choses qui arrivent, Pauline Dreyfus a écrit une sorte de suite du prix Goncourt 2013. Dans Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre auscultait l'après-guerre de 1918 décrivant une société qui ignorait et méprisait ceux qui revenaient du front. Des vétérans blessés et défigurés, lâchés par une société cynique qui s'acharnait à tourner la page d'un chapitre noir de l'histoire. Cette fois, les oubliés de l'histoire et ressuscités par la littérature, ce n'est pas le duc de Sorrente, « gazé à l'ypérite en 1918 » et exempté de l'appel sous les drapeaux, non, ce sont les juifs français pendant la Seconde Guerre mondiale. Le tout n'est pas raconté à travers de faits tristement spectaculaires comme la Rafle du Vél'd'Hiv. Non, avec un humour ciselé et des mots qui cachent bien leur jeu pendant les premières cent pages du roman, l'écrivaine s'apprête à encercler lentement, mais surement cette histoire qui hante toujours le soubassement de la conscience collective.

    Dreyfus, le nom de l'auteur résonne particulièrement intense dans ce récit qui se déroule à l'époque de Pétain et exhibe la débâcle morale d'une France sens dessus dessous. Il y a aussi un aspect autobiographique qui interfère dans le roman de Pauline Dreyfus, née en 1969. Pour la figure principale, elle a fusionné ses deux grand-mères, celle qui était obligée de se cacher avec son étoile jaune et l'autre qui, elle, au même moment, fréquentait le champ de bataille des femmes du gratin: le Maxim´s à Paris. « L'ennemi, ce n'était pas l'Allemand, mais l'Ennui. »

    Ce sont des choses qui sont arrivées en France

    Ce sont des choses qui arrivent, ce sont des choses qui sont arrivées en France, aussi bien à Paris qu'à Cannes, aussi bien en zone occupée qu'en zone libre, cette dichotomie qui structure le livre et qui était longtemps avancée comme excuse de la non-assistance de personnes en danger de mort. Le livre fait surgir les lâchetés, les délations, les crimes commis au nom d'une généalogie, d'une tradition familiale, de la France, d'un combat anticommuniste. On est immergé dans une folie antisémite qui avait conquis d'abord la France occupée par les nazis, mais ensuite aussi la zone libre et la noblesse du pays qui perpétuait sans scrupules son goût pour le luxe et l'amusement.

    Condamnés par l'indifférence de leurs concitoyens, l'étau se serre autour du cou des victimes: la nanny longtemps adorée se retrouve soudainement abandonnée, parce que devenue trop gênante après  les nouvelles lois raciales; on laisse tomber des artistes longtemps adulés, des amitiés sont renoncées et la délation ne s'arrête plus devant les copines de ses propres enfants.

    Natalie, la duchesse de Sorrente, la personne principale de l'histoire, à défaut être une héroïne, symbolisera cette France tiraillée entre le statut et la solidarité, entre l'histoire officielle et la vérité, entre la tradition et l’avant-garde, entre la lâcheté et les valeurs humaines. Une femme qui découvrira le secret de famille et qui se cherchera un destin derrière son arbre généalogique. La France apparait comme cette femme. Réputée pour son ascendance royale, elle se drogue à la morphine pour oublier ses origines, son passé glorieux et républicain, ses racines juives: « Qu'est-ce qui est juif en moi? »

    « Qu'est-ce qu'on leur fait aux juifs, quand on les arrête ? »

    C'est à la fin qu'on comprendra la violence des premières lignes du roman: « Dans la zone non occupée, juste après l'armistice de juin 1940, toutes les femmes étaient à prendre ». Paris est comparée à « une femme qui aurait changé de robe ». Et après l'apparition des étoiles jaunes dans la capitale, il y a cette sentence qui dit long sur les esprits de l'époque : « On donne des fêtes en pensant à ceux qu'on n'invitera pas ». Et personne ne répondra à la question : « qu'est-ce qu'on leur fait aux juifs, quand on les arrête ? »

    Déjà souvent racontée et montrée, c'est la première fois qu'un roman met des noms propres sur cette histoire. On dirait presque: ce sont des choses qui arrivent enfin.

    ► Pauline Dreyfus, Ce sont des choses qui arrivent, éditions Grasset, 234 pages, 18 euros

     

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