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    Culture

    Jeff Koons au Centre Pompidou, l’éloge de la culture de masse

    media Large Vase of Flowers, 1991 [Grand vase de fleurs] Bois polychrome, 132,1 × 109,2 × 109,2 cm Édition 3/3 Sammlung Ludwig – Ludwig Forum für Internationale Kunst, Aix-la-Chapelle. Jeff Koons

    C’est l’artiste vivant le plus cher au monde et ses œuvres nous laissent rarement indifférents. Quand il investissait en 2008 avec ses sculptures kitsch et colorées le château de Versailles, Jeff Koons provoquait une tempête historique. Aujourd’hui, et jusqu’au 27 avril, le Centre Pompidou, le musée d’art contemporain le plus important d’Europe, lui offre une « galerie des Glaces » pour lui tout seul. Avec une centaine de pièces exposées, la mythique galerie au sixième étage nous éblouit avec la plus grande rétrospective jamais organisée en Europe de cet artiste américain adulé par le marché et très souvent détesté par les critiques. Entretien avec Bernard Blistène, le directeur du musée qui a organisé l'exposition Jeff Koons.

    RFI : L’exposition Jeff Koons, la rétrospective nous accueille avec des œuvres de 1980 quand Jeff Koons avait 25 ans et était encore courtier à Wall Street : des appareils ménagers comme le New Hoover Deluxe Shampoo et le New Hoover Celebrity IV, des shampouineuses et des aspirateurs joliment accrochés aux murs. À quoi aspire cette exposition sur Jeff Koons ?

    Bernard Blistène : Jeff Koons est d’abord un artiste américain. Hoover est la success-story d’un homme qui invente un aspirateur avec l’idée de libérer les femmes de leurs contraintes. Ce qui reste d’ailleurs à vérifier si la chose s’est faite. L’aspirateur était pour Koons un objet ordinaire. Dans la plupart de ses œuvres, vous trouverez un signe de ce quotidien qui est lié à la culture de masse. C’est la culture de masse qui intéresse Jeff Koons. Et en cela, il est un héritier du Pop. Vous verrez, au gré de l’exposition, que les figures qui reviennent, soit ils sont des figures de la réalité comme Michael Jackson, soit des figures de fiction comme Hulk Elvis, Popeye et beaucoup d’autres. L’imaginaire américain est essentiellement lié à cette fascination qui est aussi celui des stars et du monde héroïque de la culture de masse.

    En tant que directeur du plus grand musée d’art moderne et contemporain en Europe, comment expliquez-vous le fait que le Centre Pompidou ne possède aucune œuvre de Jeff Koons ? Est-ce un malentendu ou était-il trop cher ?

    La fonction du musée n’est pas nécessairement d’acquérir des œuvres dans l’instant où elles apparaissent, mais de se donner le temps de la réflexion. Et dans l’instant où le musée s’est donné le temps de réflexion, l’œuvre était déjà une œuvre excessivement chère qui échappait aux moyens du musée. Pour autant, je voulais souligner qu’une œuvre de la fameuse série des aspirateurs a été acquise dans un Fonds régional d’art contemporain (Frac). Alors de fait, aujourd’hui, le musée peut exposer Jeff Koons dans une rétrospective avec quelque cent pièces, mais ne peut ambitionner, dans l’immédiat en tous cas, d’acquérir une de ses œuvres.

    Son Balloon Dog est exposé au centre de l’exposition. C’est l’œuvre d’art contemporain la plus chère au monde depuis l’un des cinq exemplaires des Balloon Dogs a été vendu pour 50 millions d’euros chez Christie’s à New York. En quoi Jeff Koons est un artiste unique au monde ?

    Par définition, tout artiste est unique, chaque être humain est unique. Je ne vois pas pourquoi Jeff Koons échapperait à la règle. Balloon Dog est peut-être le parachèvement de cette recherche technique obsessionnelle. C’est peut-être l’œuvre la plus emblématique qui, à un moment donné de son œuvre, semble être l’accomplissement le plus impensable. Le sujet en soi est un sujet dérisoire, c’est comme un ballon d’enfant qui représente un chien. Mais, dans le souci des détails, des couleurs, Koons s’adresse au public en leur donnant le sentiment qu’il ne trompe pas sa « clientèle ». Et je dis « clientèle » indécente, car Koons, en Américain, fait en sorte que son œuvre soit fondamentalement l’expression du respect qu’il veut exprimer pour ceux qui en seraient les acquéreurs.

    C’est une exposition impressionnante. Par contre, comme il n’a jamais réalisé aucune œuvre lui-même, ne doit-on le considérer plus comme architecte qu’artiste ?

    Koons est aujourd’hui à la tête d’un atelier, d’un studio de quelque 120 salariés. Il n’a jamais réalisé les pièces lui-même. Si ce n’est les collages qui conduisent à la réalisation des tableaux. Mais Koons appartient aussi à l’histoire du XXe siècle où la prise de décision de l’artiste où l’indexation  d’un objet quelconque est en soi un acte artistique  – on songe bien sûr à son grand ainé qui était Marcel Duchamp. Et puis Koons s’attache aux artisans les plus sophistiqués. Koons est de ceux qui cherchent toujours à réconcilier les contraires : les artistes et les artisans, les grands collectionneurs et le grand public. Koons est de ceux qui voudraient résorber cette opposition qui s’est faite au fil du temps entre les classes sociales. Il y a un projet absolument stupéfiant qui pourrait paraître naïf : faire de l’espace de l’art un espace à réconciliation et de l’enchantement. Y arrive-t-il ? C’est au public d’en juger.

    Quand on regarde aujourd’hui le Centre Pompidou, on aperçoit sur la piazza une sculpture géante de Calder et sur la façade, il y a les grandes affiches des expositions Marcel Duchamp et Jeff Koons. Qu’est-ce qui réunit ces quatre acteurs artistiques ?

    La volonté et la force du Centre Pompidou de pouvoir témoigner de l’art moderne et contemporain. Aux artistes que vous évoquez, j’ajouterai le nom de Frank Gehry auquel nous consacrons une ample rétrospective. Si vous allez au musée Guggenheim de Bilbao, vous serez accueilli par Puppy, le chien de Jeff Koons.

    Sur les cimaises de l’exposition, il y a trois têtes d’animaux : Giraffe (Girafe), Donkey (Âne) et Walrus (Morse), une série de miroirs étamés de 1999. Jeff Koons lui-même, est-il le miroir de l’art ou le miroir du marché de l’art ?

    Je crains que l’un et l’autre aient toujours été liés. Cette série que j’aime infiniment s’appuie sur les silhouettes d’animaux de la ferme et témoigne aussi d’autre chose, son rapport à l’enfance. Il y a chez Koons - que certains appellent un syndrome de Peter Pan - comme la volonté de retrouver l’émerveillement de l’enfance à partir de choses incongrues et simples. Évidemment, ces miroirs, bien qu’ils soient colorés et teintés, vous reflètent et sont aussi le miroir du monde et de notre société telle qu’elle est aujourd’hui. Il y a dans l’œuvre de Koons un pouvoir critique essentiel que les gens ne veulent pas toujours reconnaître, mais qui est là et qui nous a aussi conduit, à un moment donné, à mesurer combien il a été important et de créer une rétrospective.

    Ballerinas (2010-2014), acier inoxydable au poli miroir et vernis transparent. Au fond, Gazing Ball (Farnese Hercules, 2013), plâtre et verre. Siegfried Forster / RFI
    Jeff Koons nous fait méditer sur la High Culture et la Low Culture.
    Bernard Blistène sur « Gazing Ball » (2013), le géant sorti de l’Antiquité qui nous salue à la fin de l’exposition Jeff Koons au Centre Pompidou. 01/12/2014 - par Siegfried Forster Écouter

    Jeff Koons, la rétrospective, du 26 novembre au 27 avril 2015 au Centre Pompidou-Paris.

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