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    Culture

    La nouvelle Philharmonie de Paris cherche à attirer un grand public

    media La Philharmonie de Paris, vue depuis le Parc de Villette. Guy Montagu-Pollock

    Inaugurée mercredi soir, par un concert magistral, la Philharmonie de Paris compte bien être un lieu phare pour la musique en France. Ce 17 et 18 janvier, le premier week-end « portes ouvertes » propose de nombreuses manifestations gratuites, dont une performance de 101 pianistes dirigés par le Chinois Lang Lang. Après avoir réglé quelques soucis avec son architecte Jean Nouvel et s’être attelée aux finitions du bâtiment, la Philharmonie pourra enfin prendre son essor.

    Une acoustique irréprochable, une réverbération du son idéale, telles sont les promesses de la Philharmonie de Paris qui a ouvert ses portes dans le Parc de la Villette, dans le nord-est de la capitale française.

    C’est dès ce week-end que la Philharmonie va mesurer son potentiel de popularité : elle organise des journées portes ouvertes, avec des concerts gratuits et des ateliers de chant et de percussions, menés par les maîtres du genre : les Arts Florissants pour le chant, et l’Ensemble Intercontemporain pour les percussions. Et surtout, un récital du pianiste Lang Lang, la star qui a donné envie à 50 millions de petits Chinois de se mettre à jouer du piano.

    Le bâtiment, conçu par l’architecte Jean Nouvel, a accueilli un concert d’ouverture magistral, mercredi dernier, alliant une création contemporaine de Thierry Escaïch, une œuvre de Henri Dutilleux, compositeur-phare du 20e siècle et mort en 2013, et deux compositeurs fétiches de l’Orchestre de Paris : Gabriel Fauré et Maurice Ravel. Pour les interpréter, des solistes à l’aura internationale : la pianiste Hélène Grimaud, le violoniste Renaud Capuçon, le baryton Matthias Goerne et la soprano colorature Sabien Devieilhe. Le concert était dédié à la mémoire des dix-sept victimes des attaques terroristes à Paris début janvier.

    Aux côtés du président de la Philharmonie Laurent Bayle, le président de la République française François Hollande et le Premier ministre Manuel Valls ont assisté au concert. Mais pas Jean Nouvel. L’architecte des lieux estime que le bâtiment n’est pas prêt pour une ouverture au public, et a des différends avec la direction de la Philharmonie sur les choix de matériaux et de calendrier.

    « Cette salle est un instrument »

    Ce bâtiment a donc ouvert au public, malgré les incompréhensions avec Jean Nouvel et malgré les retards de travaux. Il reste encore quelques peintures à terminer, de la décoration à peaufiner. L’enveloppe extérieure du bâtiment n’est toujours pas finie. La grande salle elle-même n’a été achevée, in extremis, qu’au prix de tests acoustiques repoussés sans cesse, jour après jour.

    Mais les qualités de la salle sont déjà là. Le son est analytique, précis, tout en étant puissant et enveloppant. Rien n’a été laissé au hasard dans la structure et l’ameublement de la salle. En particulier le plafond, d’où des structures en hêtre, ressemblant à des nuages, orientent le son. « Ce sont des formes organiques et ondoyantes. Et qui peuvent se remonter suffisamment haut pour créer un effet plus intime ou au contraire plus large en fonction de la masse orchestrale qui sera disposée sur la scène », explique Emmanuel Hondré, directeur de production à la Philharmonie.

    La Grande Salle de la Philharmonie de Paris, lors de la Gala du 14 janvier 2015. AFP-CHARLES PLATIAU

    À l’Orchestre de Paris, les musiciens attendent quelques réglages de ces « nuages » pour que le son corresponde à leur idéal. « On est impatient que tout soit terminé pour profiter à 100% de cet instrument, parce que c’est un instrument pour nous, cette salle », confie le violon solo, Philippe Aïche. « Le son est déjà très beau et rond, les qualités d’enveloppement du son sont très réussies. Mais l’acoustique va se parfaire avec le temps et les différents répertoires. »

    « Je pense que cette salle a le potentiel pour devenir une des meilleures salles d’Europe ou même du monde », estime le chef d’orchestre Paavo Järvi. « Bien sûr, nous devons apprendre comment jouer à l’intérieur de la salle, car chaque orchestre doit s’adapter à l’espace. Mais je sens déjà sa chaleur. Elle n’est pas raide, elle est agréable. Elle a une réverbération extraordinaire. »

    Fermeture de Pleyel au classique

    La Philharmonie a de grandes ambitions. Et pas seulement de figurer parmi les plus belles salles de concert du monde. Elle veut conquérir de nouveaux publics avec une carte variée d’activités : des expositions, des ateliers en famille, de la restauration… Ce qui était ébauché à la Cité de la Musique, la Philharmonie veut le développer à grande échelle.

    Encore faut-il que les mélomanes se déplacent jusqu’à la Porte de Pantin, un quartier où les habitués des concerts classiques n’ont pas leurs habitudes. Ils avaient leurs quartiers à la Salle Pleyel, sur la très cossue rue du Faubourg Saint-Honoré, où l’Orchestre de Paris résidait avant son déménagement à la Philharmonie. Or la Salle Pleyel, qui est la propriété de la Philharmonie, va être gérée par une société privée, avec pour contrat de ne pas programmer de classique - afin de ne pas multiplier l’offre classique à Paris, et disperser son public.

    Les mélomanes vont-ils prendre leurs marques dans le 19e arrondissement de Paris ? Ou vont-ils préférer rester dans les quartiers cossus, et s’intéresser davantage au nouvel auditorium de Radio France, avec sa magnifique acoustique et ses deux orchestres ? Se cantonner au Théâtre des Champs-Élysées, sur la très chic avenue Montaigne ?

    Beaucoup plus qu’une salle de concert

    Le pari de la Philharmonie n’est pas gagné d’avance. La salle doit remplir ses 2 400 places, avec des prix attractifs – entre 10 et 40 euros. Et surtout, parvenir à drainer un nouveau public, celui qui n’est pas à l’aise parmi les manteaux de fourrure du public classique habituel, et veut tenter de nouvelles expériences musicales et acoustiques. C’est tout le défi que compte relever le président, Laurent Bayle. « Aujourd’hui, l’âge moyen du public classique est élevé. C’est dû à sa difficulté à se renouveler sur la tranche 25-40 ans. Pour résoudre ce handicap, il faut vers un modèle où la salle de concert elle-même doit pouvoir dialoguer avec plein d’autres modes d’appropriation de la musique ».

    Laurent Bayle, et son mentor, le compositeur Pierre Boulez, ont réussi à convaincre la classe politique qu’il fallait investir dans cette structure. Avec l’argumentaire suivant : la Philharmonie va être un lieu avec de multiples ateliers proposés aux familles, un restaurant, un café, des expositions – dont une, consacrée à David Bowie, qui ouvre en mars -, bref, un lieu qui doit vivre la journée, et pas seulement le soir, à partir de 20h, comme les autres salles de concert parisiennes.

    Espace éducatif dans la Philharmonie de Paris. Pomme Célarié

    Mais les acteurs du classique sont inquiets. Que la salle ne se remplisse pas. Que la programmation musicale privilégie les œuvres attractives, grand public. Ce sont du moins les reproches que formule le chef de l’orchestre Colonne et compositeur Laurent Petitgirard. « Pour jouer dans sa grande salle, la Philharmonie me demande 70% plus cher que la Salle Pleyel. C’est une salle qui est trop grande ! Trop grande par rapport aux risques qu’on peut prendre. Alors on me propose de jouer lors d’un week-end Los Angeles, en mars 2016, et d’interpréter du John Williams pour le jeune public. Bien sûr, c’est une musique formidable qu’on adore jouer. Et je sais que lorsqu’on va faire La Guerre des Étoiles, E.T. et Superman, là, on va remplir les 2 400 places. Sans aucun problème. Mais ce n’est quand même pas les fondamentaux de mon orchestre ! »

    La Philharmonie, un « cache-misère » ?

    Mais si Laurent Petitgirard, également président de la Sacem (Société des auteurs-compositeurs), est l’un des rares à prendre la parole pour critiquer la Philharmonie, c’est parce qu’il a des craintes pour la distribution des subventions publiques. Pour lui, la Philharmonie est un « cache-misère de la politique culturelle française ». « La Philharmonie est inaugurée au moment où on vient d’apprendre que l’État supprime la subvention aux conservatoires qui représente 9% du budget des enseignants, ça veut dire qu’il y a une classe sur dix qui va sauter. On apprend que la mairie de Paris supprime la subvention de Musique Nouvelle en Liberté et de Péniche Opéra. Je regrette simplement que l’arrivée de la Philharmonie, qui aurait dû être une fête formidable et dont je me réjouis, nous amène autant de problèmes et carrément de dangers pour des petites structures qui ont beaucoup de mérite ».

    Faut-il regretter que la Philharmonie absorbe de nouvelles dépenses publiques, alors que d’autres structures existantes en auraient besoin ? Olivier Mantéï, à la tête de l’Opéra Comique, ne fait pas le lien, au contraire. « On pourrait aussi avoir des craintes que les grands établissements comme l’Opéra de Paris aient des subventions ! Poser cette question, c’est un peu comme remettre en question l’exception culturelle française, qui est construite sur l’accompagnement de projets phares, internationaux, de très grande qualité. On n’a qu’une seule position à tenir : être derrière la Philharmonie. Ceux qui ont peur de l’offre masquent la peur qu’ils ont de la demande. On redoute qu’il n’y ait pas assez de public. Mais alors, on pourrait réduire de 50% l’offre culturelle à Paris ! Réduire l’édition, les musées, comme ça, on sera sûr qu’il y aura toujours du monde. C’est une façon étroite de voir le problème. On peut en revanche s’inquiéter de ce que le public de la musique classique se réduise, et se dire : tiens, changeons l’offre, développons-la, et gagnons de nouveaux publics. C’est une façon plus positive et responsable de traiter la question ».

    Histoires de coûts

    Laurent Bayle, président de la Philharmonie, se défend avec des chiffres : la Philharmonie fonctionnera avec une subvention publique de 15 millions d’euros. En réalité, la dépense nouvelle n’est que de 10 millions, puisque la structure récupère les 5 millions de subventions de la salle Pleyel – qui était gérée par la Cité de la Musique et qui passe sous contrat privé. Cette subvention est dix fois moins importante que celle de l’Opéra de Paris, quatre fois moins que les orchestres de Radio France.

    Aux polémiques sur son bien-fondé se sont ajoutées celles sur son prix de construction – 386 millions d’euros, au lieu des 234 millions budgétisés en 2006. Cette inflation des coûts s’explique aisément : augmentation du prix des matières premières, en particulier de l’acier, coût de la maintenance et des assurances… Mais elle a donné mauvaise presse au projet. L’absence de Jean Nouvel à l’inauguration, mercredi 14 janvier, n’a pas permis d’apaiser le débat.

    ►   Ecouter le Grand Reportage sur l'ouverture de la Philharmonie
    ►   Le site officiel de la Philharmonie de Paris

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