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    Culture

    Burning Man, le rendez-vous le plus excentrique de la planète

    media Les participants du Burning Man font partie intégrante du festival : déguisements, nudité, accessoires... tout est permis. Eric Bouvet

    Des dizaines de milliers de personnes investissent le désert Black Rock dans le Nevada à partir de ce dimanche 30 août. Le temps d’une semaine, le village éphémère dicte ses lois : œuvres d’art, déguisements, voitures mutantes, prohibition du commerce… Le festival Burning Man – littéralement, l’homme qui brûle – développe des formes radicales d’expression et d’autonomie qui séduisent ou intriguent le monde entier.

    Au commencement de cette utopie, deux hommes, Larry Harvey et Jerry James, qui brûlent une effigie en bois sur la plage Baker Beach, au pied du Golden Gate Bridge à San Francisco, en 1986. Près de trente ans plus tard, la statue de bois fait plus de 20 mètres de haut et elle est devenue le symbole d’un festival qui rassemble environ 70 000 personnes dans ce désert de la côte ouest des Etats-Unis. Cette statue, « The burning Man », est brûlée à la fin de l’événement comme toutes les œuvres d’art. Et la ville (appelée « Black Rock City ») redevient poussière.

    Lieu de création sans limites, il est difficile de décrire le festival tant il existe des activités différentes : atelier tantras, jonglerie ou construction, spectacles en tous genres, concerts… sans oublier les tempêtes de sable qui offrent à l’ensemble un air de mirage. Sur le site, place au vélo, car seules les « voitures mutantes » (des voitures aménagées et déguisées) traversent la zone pour le plus grand plaisir des participants, appelé les « burners » : « Vous pouvez voir passer au milieu du désert une voiture transformée en gros insecte ou en bateau… explique Eric Bouvet, photographe français de 54 ans qui se rend à Black Rock City pour la seconde fois. Il y a des choses totalement improbables qui sont illuminées ou qui crachent des flammes… C’est un spectacle permanent, partout ! On ne peut pas s’en lasser. »

    Les voitures mutantes qu'on rencontre dans le désert du Nevada peuvent être très élaborées et coûteuses. Eric Bouvet

    Comme tous les burners contactés, Eric Bouvet est tombé sous le charme de cette utopie éphémère. Mais essayer de l’expliquer, « ce serait comme expliquer une couleur à un aveugle », écrit-il. Une atmosphère si particulière que toute description se termine inlassablement par : « Il faut y aller ! Il faut le vivre pour comprendre ! » S’il est si difficile de décrire le festival, c’est que les repères changent radicalement pendant une semaine. Alors, parler de Burning Man une fois rentré, « c’est un peu ridicule » avoue Arnaud Aubron. Ce journaliste français de 41 ans, qui a déjà vécu quatre Burning Man, explique : « Vous vous laissez porter dans un enthousiasme béat pendant 7 jours. Mais, une fois rentré à la maison, si vous racontez par exemple que les gens faisaient 50 mètres de queue pour recevoir une fessée avec une batte de base-ball, c’est pour le moins ridicule ! Pourtant, quand vous y êtes, ça fait partie de l’ambiance… Et justement, quand vous entrez, il faut laisser vos a priori, vos jugements. »

    Une prouesse logistique

    Burning Man est certainement le rendez-vous le plus excentrique de la planète. Pour autant, ce n’est pas un capharnaüm. Tout comme le festival développe un vocabulaire et une communauté, la ville possède son bureau d’urbanisme : rues et avenues sillonnent le campement autour de la place du village appelée la « playa » ; poste, café et même un aéroport surgissent du néant. « Un gigantesque chantier à ciel ouvert. » résume Laurent Le Gall, fidèle au rendez-vous depuis 15 ans. Lui qui produit et réalise des documentaires sur l'événement, connaît tous les rouages de l'organisation. Il regrette : « les notions d’inventivité, de travail, de logistique, d’organisation sont absolument insensées, mais on en parle peu. On est en plein désert, il faut tout emmener, tout ! Les hommes, le matériel, les grues, les vivres… » Pour atteindre son but, Burning Man peut compter sur la recette des billets (390 dollars l’unité) et sur une trentaine d’employés de l’organisation basée à San Francisco, mais surtout, sur un nombre incalculable de bénévoles.

    Car ici, pas de spectateur ou de visiteur, mais des participants. Le concept de Burning Man repose sur un investissement désintéressé des burners, que ce soit dans la construction d’œuvres d’art ou dans l’organisation concrète de la vie collective, comme la corvée d’éclairage « public » (lampes à pétrole) ou celle du service à l’unique café du campement. Car, au milieu du désert, chacun doit emporter de quoi subvenir à ses besoins durant le séjour. Mais interdiction presque absolue de commercer – seules deux exceptions sont faîtes pour le café et la glace qui conserve les aliments. Sensibilisés pour leur premier Burning Man, Cinthya Cardin, une Québécoise de 25 ans, va offrir des pancakes tous les matins, alors que Sky, un Américain de 27 ans, va distribuer du beurre de cacahuète qu’il a préparé lui même. Cette économie de la gratuité est « fascinante » pour le chef d’entreprise Arnaud Aubron : « C’est passionnant de voir comment on peut motiver les gens. Certains travaillent pendant des mois, mettent tout leur cœur, toute leur âme, pour produire quelque chose d’éphémère. »

    Le festival Burning Man est divisé en centaines de camps qui proposent des activités ou des thématiques différentes. Pour Cynthia Cardin, ce sera don de pancakes. Eric Bouvet

    Si créativité et partage sont les maîtres mots de l’événement, le rassemblement sensibilise aussi à la cause environnementale. Par exemple, chacun doit rentrer avec ses déchets - jusqu’aux eaux usées - et des bénévoles sillonnent le site pendant trois mois afin de nettoyer les derniers clous ou mégots qui traineraient sur le sable. Mais, ne vous y trompez pas, Burning Man n’est pas un rassemblement écologique, insiste Laurent Le Gall : « Comme on s’amuse beaucoup avec le feu (NDLR : les performances pyrotechniques sont nombreuses], on en envoie une quantité de carbone dans l’air ! Quand on vient en plein désert avec des camping-cars et qu’on allume des générateurs, bien sûr que c’est pas super écolo. Mais Burning Man ne se prétend pas être un évènement écologique, c’est surtout un éveil des consciences ! »

    « Le carnaval de la Silicon Valley »

    Burning Man est indissociable de la Californie. D’abord dans son idéologie et son langage hyperbolique, souligne Arnaud Aubron : « Il règne une pensée positive et un vocabulaire qui reflètent l’état d’esprit de la Californie, et de la Silicon Valley en particulier… se dire que tout est possible et qu’on peut construire un monde différent. Mais quand on est Français, souvent sceptique, cartésien, rationaliste… Au début, on a un peu de mal, puis on se prend au jeu. » En pratique, les rues de San Francisco - situé à 7 heures de voiture de Black Rock City - se vident pendant le festival, et le festival devient un lieu pour se faire des contacts professionnels. Ce n’est plus un secret, Burning Man est devenu le rendez-vous annuel des géants de la Silicon Valley, tant du côté des patrons que des employés. Mais pas forcément de manière désintéressée, car Burning Man agit comme « un laboratoire et un incubateur d’idées plus fort qu’une utopie limitée dans le temps » selon Laurent Le Gall qui observe par exemple « les ingénieurs en robotique créer des trucs complètement dingues ». Le principe : que les idées germent à Burning Man puis nourrissent une réflexion, voire une fabrication, hors du désert.

    Alors, Burning Man, porte-étendard de la révolution mondiale ? Méfiance répond Arnaud Aubron : « Ca n’a pas de sens de dire qu’à Burning Man, on a tout compris et que le monde dehors n’a rien compris. On ne peut pas ramener Burning Man à la vie de tous les jours, c’est pour ça que je le compare à un carnaval de la Silicon Valley. Pendant une semaine, on échange les rôles, mais lorsque c’est terminé, chacun reprend son rôle. C’est plus un exutoire qu’une machine révolutionnaire. »

    La nuit, la place centrale du festival se couvre de burners, de musique, de lumières et de feux. Eric Bouvet

    De l’événement au mouvement

    Le festival a bénéficié du développement concomitant d’internet et s’est répandu à travers le monde comme une trainée de sable. On ne compte plus les déclinaisons locales comme Afrikaburn en Afrique du Sud, Midburn en Israël ou Nowhere en Espagne, pour ne citer que les plus importants. Cet intérêt global peut s’expliquer de différentes façons. D’une part, les étrangers, nombreux à Burning Man, ont pu rapporter l’initiative dans leur pays d’origine avec l’avantage de proposer un événement à moindre coût. D’autre part, cette tendance reflète l’attrait d’une génération vers un modèle qui va au-delà de la société capitaliste et qui se tourne vers d’autres formes de spiritualité.

    En France, l’association « French burners » réunit une centaine de personnes et plus de 7 000 personnes aiment sa page Facebook. Régulièrement, l’association organise des évènements comme les « Burning Nights » qui, comme son nom l'indique, reprennent les principes du Burning Man. Mais pas tous, car hors du désert du Nevada, il est difficile d’être aussi radical. Isabelle, l’une des responsables de la communauté des burners français, explique ainsi que lors des Burning Nights, l’argent circule, ne serait-ce qu’à travers la vente de boissons au bar. Les organisateurs misent surtout sur l’état d’esprit, en instaurant « un rendez-vous artistique plutôt qu’une soirée ». C’est d’ailleurs lui qui est contrôlé par les référents régionaux de Burning Man. Dans ce cadre, Isabelle veille à ce que la propriété intellectuelle soit respectée. Qui veut ne peut pas utiliser les termes « Burning Man » ou « Black Rock City », en particulier dans des événements à but lucratif. Une conscience de la marque et un contrôle surprenant de la part d’une communauté « no limit ».

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