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    Culture

    Seul contre tous, Simon Leys montra le vrai visage du maoïsme

    media L'auteur Simon Leys, de son vrai nom Pierre Ryckmans, en 1998. AFP/W.West

    Après 1968, à l'époque où le maoïsme était fort à la mode à Paris, contaminant bon nombre d'intellectuels et de jeunes gens fascinés par l'action politique radicale, Simon Leys, un sinologue belge, témoin lui même de « la Révolution culturelle » alla à contre-courant d'un aveuglement largement partagé, en écrivant en 1971 un livre lucide, criant de vérité : Les Habits neufs du président Mao. Ce fut, selon lui, le cri d'une conscience face à « une gigantesque imposture ». Le magazine Idées, sur RFI, lui consacre un numéro ce dimanche 13 septembre.

    Dans un ouvrage publié treize ans plus tard, Orwell ou l'horreur de la politique (Hermann), Simon Leys écrit à propos de l'auteur de 1984 qu' « à la différence des spécialistes brevetés et des sommités diplômés, il voyait l'évidence ; à la différence des politiciens astucieux et intellectuels dans le vent, il n'avait pas peur de la nommer ; et à la différence des politologues et sociologues, il savait l'épeler dans un langage intelligible ». N'était-ce pas là une manière d'autoportrait ? Ces lignes nous permettent en tout cas de comprendre la démarche de ce traducteur de l'oeuvre de Confucius.

    Pierre Boncenne l'ami

    L'écrivain et journaliste, ancien rédacteur en chef du magazine Lire, Pierre Boncenne, a eu la chance durant des décennies d'être un ami proche de Simon Leys (de son vrai nom Pierre Ryckmans), mort en 2014. Il lui consacre deux livres passionnants, Le parapluie de Simon Leys, et Quand vous viendrez me voir aux Antipodes, publiés aux éditions Philippe Rey.
    Le premier est une réflexion sur le parcours intellectuel de cet l'homme dont l'oeuvre démontre la vaste culture, l'ouverture d'esprit remarquable. Et, ce qui ne gâche évidemment rien, l'humour.
    Le second est un échange épistolaire entre Simon Leys, qui vivait à Canberra en Australie, et Pierre Boncenne, autour de la littérature notamment.

    « Plus de quarante après, il est difficile d'imaginer les calomnies et le mépris avec lesquels en 1971, l'intelligentsia parisienne accueillit Les Habits neufs du président Mao », écrit Pierre Boncenne. Cela dura des années, dans un pays fasciné par la Chine maoïste où les politiques, de droite comme de gauche voulaient à tout prix plaire à Pékin. Le président Valéry Giscard d'Estaing ne qualifia-t-il pas Mao, lors de la mort du « grand timonier », en 1976, de « Phare de la pensée humaine » ? De quelle pensée s'agit-il ? « Le grand bond en avant » et « la Révolution culturelle » ont fait, en tout cas, des millions de morts.

    Aveuglement

    « Nos philosophes d'aujourd'hui semblent peu désireux d'enquêter sur la vérité historique du maoïsme, craignant sans doute qu'une confrontation avec la réalité ne soit dommageable à ce mythe qui les dispense si confortablement de penser par eux-mêmes », écrit Simon Leys dans Les Habits neufs du président Mao, une oeuvre que chacun, même à l'ère numérique, devrait avoir dans sa bibliothèque.
    Enquêter, vérifier à l'aide de « textes, des faits et des témoignages personnels », c'est ce qui fit notre homme qui, de Hong Kong, fut le témoin de la politique sanguinaire de Mao. L'histoire lui donne aujourd'hui raison.

    Mais Simon Leys ne fut pas que le témoin lucide des crimes de masses du maoïsme même si cette mission fut essentielle dans sa vie. Il fut aussi l'auteur d'une oeuvre littéraire originale, singulière, que Pierre Boncenne souligne dans le magazine Idées.
    Il a écrit d'autres livres sur la Chine bien sûr mais aussi, dans une oeuvre diverse, La mer dans la littérature française, de François Rabelais à Pierre Loti (Plon, 2003), car l'homme était un navigateur, ou Les Naufragés du Batavia, un regard sur le naufrage de ce navire, en 1627, au large des côtes ouest de l'Australie et dont une partie des rescapés, réfugiés sur des îlots furent massacrés par un psychopathe.

    Humanité

    Dans son dernier livre, Le Studio de l'inutilité (Flammarion, 2012), il raconte sa vie de « jeune étudiant ignorant » à Hong Kong, dans une « cahute située au coeur d'un bidonville », un taudis saturé de livres où trônait une calligraphie où il était écrit : Wu Yong Tang, « le studio de l'inutilité ».
    Il vécut là deux ans en compagnie d'un artiste et de deux autres étudiants ; « ce furent des années intenses et joyeuses, écrit-il, pour moi l'étude et la vie ne formaient plus qu'une seule et même entreprise, d'un intérêt inépuisable ; mes amis devenaient mes maîtres, et mes maîtres, des amis ».
    Simon Leys, l'humaniste, conclut ainsi : « Cette sorte d'inutilité-là est le fondement même de toutes les valeurs essentielles de notre commune humanité ».

    Une dernière chose. « Comme Orwell, Simon Leys collectait pour le plaisir des informations saugrenues, ces délices inutiles », remarque Pierre Boncenne, et qu'il s'agisse du jardinage, de la navigation à voile, du crépitement des bûches en hiver ou des poissons rouges, l'un et l'autre rappelaient, chacun à leur manière que « dans l'ordre normal des priorités, il faudrait quand même que le frivole et l'éternel passent avant la politique ».
     

    Pour aller plus loin : 

    Sur le maoïsme, lire aussi Mao, sa cour et ses complots. Derrière les Murs rouges de Jean-Luc Domenach, Fayard, 2012.

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