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    Culture

    La France, ce pays qui aime les idées

    media Sudhir Hazareesingh. RFI/Pierre-Edouard Deldique

    Français, soyez rassurés. A l’étranger, vous n’êtes pas seulement considérés comme des êtres prétentieux et d’arrogants donneurs de leçons. Vous êtes aussi vus comme le peuple au monde qui aime le plus les idées. Sudhir Hazareesingh, un professeur d’Oxford d’origine mauricienne, nous l’apprend dans un livre remarquable : Ce pays qui aime les idées, histoire d’une passion française (Flammarion). Il est l’invité du magazine Idées, sur RFI, ce dimanche 20 septembre.

    Il est toujours très intéressant d’écouter et de lire les observateurs étrangers de la France. Le miroir qu’ils nous tendent nous remet à notre place. Leur regard décalé est précieux. Celui-là l’est particulièrement. « Cela fait quatre décennies que je me passionne pour le spectacle de la vie politique et culturelle française », prévient Sudhir Hazareesingh. C’est une fascination d’adolescence qui ne l’a pas quitté. Cette profondeur donne du relief à son ouvrage qui nous aide à mesurer l’influence intellectuelle du pays de Descartes.

    « Toute grande nation se considère comme un nation d’exception. La différence de la France tient au fait qu’elle associe depuis toujours sa singularité à ses prouesses morales et intellectuelles », écrit l’auteur. C’est sans doute ce que l’on appelle « l’exception culturelle française ». Et cela remonte à Descartes et à son fameux cogito ergo sum.

    Ces prouesses, Sudhir Hazareesingh les examine au fil de pages. Il cherche la singularité de l’univers intellectuel français depuis le XVIIe siècle ; son rattachement à l’histoire, son attachement à la nation, son désir de défendre des idées parfois jusqu’à la mort, sa conviction qu’il faut les enseigner et son « jeu incessant entre le registre de l’ordre et celui de l’imagination », autrement dit entre Descartes et Rousseau.

    Raison ou utopie

    Dans ce livre dense, touffu, savant, et très agréable à lire, l’auteur met accent sur des aspects originaux de la « pensée Made in France » partagée entre le rationalisme et le mysticisme.

    Il consacre, par exemple, un chapitre à l’irrationnel chez les penseurs français, les saint-simoniens notamment, au XIXe siècle, dont la devise était : « A chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres » et qui, dans un même élan, mêlaient croyance occulte et intérêt pour la science.

    Un autre s’attarde sur la tendance utopiste des penseurs français. En 1771, Louis-Sébastien Mercier, le fameux auteur du Tableau de Paris, n’a-t-il pas aussi écrit L’An 2440, un voyage qui annonce la Révolution et la République et une époque où règne, écrit ce véritable reporter du XVIIIe siècle qui avait une haute idée de lui-même, « un sentiment d’égalité naturelle » ?
    Jules Ferry, quant à lui, n’a t’il pas dit en 1884, au temps de la colonisation : « Il faut se placer au point de vue d’une race supérieure qui ne conquiert pas pour son plaisir dans le but d’exploiter le faible, mais bien de la civiliser et de l’élever jusqu’à elle » ?
    Cette fascination (voire aveuglement) de beaucoup d’intellectuels ne s’explique-t-elle par cette soif d’utopie? Celle-ci n’est elle pas à l’origine de la confiance dans l’influence des livres au siècle des Lumières? « Il avait la folie de croire que ses livres feraient des révolutions », disait Voltaire à propos de Rousseau.

    Idées neuves

    «Ce pays qui aime les idées. Histoire d’une passion française», de Sudhir Hazareesingh. Flammarion

    Dans Ce pays qui aime les idées, Sudhir Hazareesingh analyse l’influence des intellectuels novateurs du XXe siècle en tête desquels il place Claude Lévi-Strauss et Tristes tropiques en 1955, un livre qui préparait « la voie à de nouveaux schémas de pensée ».
    Sans oublier les penseurs regroupés autour de ce que l’on appelle aux Etats-Unis, la « French Theory ». Et Frantz Fanon, l’auteur des Damnés de la terre qui écrivait : « Il faut faire peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf ».

    Les idées, ce sont aussi celles des hommes politiques. Deux sont présents dans ce livre. Charles de Gaulle (l’auteur lui a déjà consacré un livre, Le mythe gaullien) et Jean Monnet, généralement présenté comme le « père de l’Europe ».

    Au fil des pages, nous croisons aussi Sartre, Aron, Camus et une foule d’intellectuels influents quand les idées avaient encore une place influente en France. Cela, c’était hier.

    Déclin ?

    Aujourd’hui, le pays semble se morfondre dans la neurasthénie. Le déclinisme a la vie dure. Les Français se posent des questions sur leur identité, leur histoire au moment où le racisme et le populisme se portent bien.
    L’auteur a des mots durs pour l’intellectuel sans doute le plus connu en France, l’ex-maoïste devenu académicien, Alain Finkielkraut. Son œuvre, et notamment son dernier livre, L’identité malheureuse, « illustre à quel point le déclinisme ambiant a corrompu l’héritage rousseauiste et républicain de la pensée française ».

    Malgré cette mauvaise passe (pour ne pas parler d’impasse), l’auteur, qui ne manque ni d’humour ni d’optimisme, est toujours confiant. Il croit en la vitalité de la culture qui se mitonne dans l’Hexagone et outre-mer. Il en fait le pari : « Les Français continueront à peindre la condition humaine avec élégance et sophistication et demeureront le plus intellectuel de tous les peuples », conclut-il.

    Comme l’écrivait le regretté Pierre Viansson-Ponté dans une de ses célèbres chroniques du Monde, voilà qui devrait enchanter la France qui « se rassure lorsqu’on lui parle d’elle, de ses grandes vertus et de ses charmants défauts, sujets inépuisables dont elle ne se lasse jamais ».

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