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    «Etre reporter de guerre, c'est être un témoin de l’histoire»

    media Sophie Nivelle-Cardinale a été récompensée en 2013 pour son reportage «Au coeur de la bataille d'Alep». AFP PHOTO / CHARLY TRIBALLEAU

    Créé en 1994, le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre récompense chaque année des reportages sur une situation de conflit ou d’après-conflit, ou sur un événement lié à la défense des libertés et de la démocratie. Double lauréate en 2013, Sophie Nivelle-Cardinale, 37 ans, reporter pour la télévision et la radio, est cette année membre du jury qui décernera les trophées samedi 10 octobre. Entretien.

    RFI : Pourquoi êtes-vous devenue reporter de guerre ?

    Sophie Nivelle-Cardinale : Je suis devenue reporter de guerre par hasard, en couvrant les printemps arabes. Des révolutions qui sont devenues des guerres. Quand on commence une histoire, on continue. Et la ligne de front fait partie de l’histoire. Celle de Benghazi en février 2011 n’a rien à voir avec celle de Syrte, en octobre de la même année. La ligne de front raconte quelque chose, elle est révélatrice de quelque chose. Et c’est ce qui m’intéresse.

    Lorsqu’on couvre un conflit, c’est là qu’on est plus que jamais journaliste. Parce qu’on est seul. La vérification des faits est donc plus compliquée. On ne sait pas ce qui se passe, qui sont les acteurs… Il faut être très bon, faire le boulot à 200% pour pouvoir donner des éléments d’information au public.

    Et être reporter de guerre, c’est être un témoin de l’histoire. L’histoire se déroule sous nos yeux. Quand je suis allée en Libye, que j’ai assisté à la mort de Kadhafi, j’ai vécu une page d’histoire. Alors, c’est sûr, c’est dangereux, les conséquences peuvent être extrêmes par rapport à d’autres types de reportage, mais on voit l’histoire en train de se faire.

    En 2013, vous avez été récompensée par deux trophées aux prix Bayeux, le trophée Télévision, attribué par un jury de professionnels, et le trophée des Lycéens, pour votre reportage “Au coeur de la bataille d’Alep”. Pouvez-vous nous le raconter ?

    Un rebelle était venu me chercher pour me dire qu’ils lançaient une offensive dans la vieille ville. Cela faisait quatre semaines que j’étais à Alep. Tous les quartiers étaient bombardés. La ligne de front était partout, on ne pouvait pas échapper aux bombes. L’Armée syrienne libre [ASL] commençait à être un peu organisée. Les rebelles, c’étaient des civils et quelques déserteurs, des gamins en claquettes, des vieux de 60 ans. Quelques combattants avec des kalachnikovs qui essayaient d’avancer. Un moment, alors qu’on était à un coin de rue, un avion nous a survolés. Il était tellement bas que j’ai vu le casque du pilote. Il ne pouvait pas nous rater. Mais il a tiré dans la rue d’à côté. J’ai eu beaucoup de chance.

    Cette bataille était révélatrice de ce qui se passait à Alep : le déséquilibre des armes, la pluie de bombes qui tombaient toutes les cinq minutes. Quand le reportage a été diffusé sur TF1, j’ai été soulagée. Il avait été diffusé juste avant la première intervention de Hollande en tant que président. Dix millions de gens étaient devant leur poste de télé. S’ils ne savaient pas encore qu’il y avait la guerre en Syrie, là, ils [ont su]. Je me suis dit que j’avais fait le boulot, que je ne pourrais pas aller au-delà.

    Après avoir été lauréate, vous êtes cette fois membre du jury. Qu’est-ce que ça fait de passer de l’autre côté du miroir ?

    C’est super intéressant. Bayeux, c’est l’occasion de voir ce qui s’est fait dans l’année, de découvrir les meilleurs reportages de l’année. Mais ce n’est pas évident d’être jury, parce qu’il y a beaucoup de choses très intéressantes qu’il faut départager. Je suis très curieuse d’en discuter avec les autres membres du jury.

    Quelle est la particularité du prix Bayeux par rapport à d’autres prix journalistiques ?

    Bayeux, c’est le seul festival où tous les médias sont rassemblés. C’est aussi l’occasion de voir des confrères, d’échanger sur la profession, sur notre façon de travailler, nos pratiques. C’est d’autant plus important quand on ne travaille pas dans une rédaction. Le fait que le jury soit international est également enrichissant, parce qu’entre Anglo-Saxons et Latins, on ne travaille pas de la même façon.

    Le fait que ce soit un prix ouvert au grand public, avec des rencontres, des débats, fait aussi de ce prix un moment extrêmement privilégié. Quand on est sur le terrain, nos reportages sont vus ailleurs et on ne sait pas comment le grand public les réceptionne. Les occasions de le rencontrer sont rares. Or c’est pour lui qu’on fait ce métier. C’est aussi en ça que Bayeux est enrichissant. Et ça permet de briser le cliché du reporter de guerre, avec sa veste multipoches. Quand je suis allée à la rencontre des lycéens, l’année dernière, on m’a dit qu’ils avaient été très surpris de voir une femme jeune alors qu’ils s’attendaient à un vieux monsieur.

    Tous les médias peuvent concourir aux prix Bayeux. Mais quels sont selon vous les critères d’un bon reportage de guerre ?

    Quand on pratique un medium, on en connaît les limites et les richesses. La télévision, par exemple, permet de plonger le téléspectateur dans le reportage, comme s’il y était. Mais le récit de la torture devient très vite insupportable. En Libye, quand j’ai couvert la mort de Kadhafi, j’ai pu longuement décrire la scène à la radio, alors que ce n’était pas possible en télé. Les capacités de narration ne sont pas les mêmes.
    Mais un bon reportage de guerre, c’est celui qui a la capacité de nous plonger dans l’événement tout en apportant des éléments de compréhension. Peu importe le pays et la situation.

    Après avoir filmé les combats en Syrie, vous venez de réaliser une enquête avec Etienne Huver sur les disparus, les victimes de la torture et des exécutions organisées par le régime syrien.

    Les crimes du régime syrien, je ne les avais encore jamais traités, mais [j’en avais déjà eu des témoignages]. Je me souviens de l’été 2012 à Alep où je m’étais retrouvée face à un homme en haillons, famélique. Il sortait d’un centre de détention. Ou une fois à Homs en 2011, où nous avions dû quitter en trois minutes l’endroit où nous étions logés parce que la police allait y faire un raid. Les gens avaient peur de témoigner. Un homme m’avait dit qu’une des tortures pratiquées par le régime consistait à pendre les gens par les narines. Je savais qu’il existait en Syrie une machine de mort avec des moyens militaires, mais je ne savais pas que c’était d’une telle ampleur.

    On a commencé à écrire notre enquête il y a un an et demi, en nous basant sur notre expérience de reporters en Syrie, sur ce dont on avait été témoins. A partir de 2013, on a commencé à m’annuler des commandes parce que la Syrie était devenue trop dangereuse. Mais ce n’était pas possible que la Syrie devienne un trou noir de l’information, il y avait encore des choses à raconter, de nouveaux éléments de compréhension à apporter.

    Le site du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre

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