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    Asie-Pacifique

    Corée: le «ganggangsullae», une danse millénaire pour la paix

    media Une vaste chaîne humaine commence à se former en vue d'un grand «ganggangsullae», une danse à l'histoire millénaire classée «Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité» par l’Unesco. (Photo: à Jeonju, en Corée du Sud, lors du Festival de la pleine Lune) Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Pays moderne marqué par une forte tradition, la Corée peut s’enorgueillir d’un riche patrimoine culturel immatériel qu’elle promeut à tout-va. Exemple récent à Jeonju, au sud de la capitale Séoul, où le « ganggansullae », une danse à l’histoire millénaire, est à l’honneur lors d’un festival qui prône l’amitié et l’harmonie entre les peuples.

    Au Pays du matin calme, plus de trois mille personnes en costumes d’époque ont participé à une procession géante. Elles ont chanté et dansé - main dans la main - le ganggangsullae. C’était le 28 septembre 2015, dans le Hanokmal, le quartier traditionnel de Jeonju, ville située à trois heures au sud de Séoul, à l’occasion de la première édition du Festival de la pleine Lune. Une journée exceptionnelle où l’on a dansé en totale communion pour la fraternité et la paix dans le monde. 

    Le ganggangsullae, quèsaco ?
     
    Classé par le gouvernement coréen comme « élément important numéro 8 de l’héritage culturel intangible » en 1966 et reconnu « Patrimoine de l’Humanité » par l’Unesco en 2009, le ganggangsullae « date du IVe siècle », rappelle Lee Keun Young, directrice générale du Festival de la pleine Lune. Un peu à l’instar de la farandole en Provence, le ganggangsullae est une danse dans laquelle les participants circulent en rond dans le sens des aiguilles d’une montre, main dans la main, en chantant, accompagnés de musique folklorique jouée avec des instruments traditionnels, comme le tambour en forme de sablier (janggu).

    Le «ganggangsullae» se pratique à la tombée de la nuit et peut durer jusqu'à l'aube, comme ici à Jeonju, en Corée du Sud, lors du Festival de la pleine Lune. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Le ganggansullae se pratique lors de la pleine Lune, aux alentours du Chuseok
     
    Réservé à l’origine aux jeunes filles de 15 à 20 ans et aux femmes de 40 à 60 ans, le ganggangsullae est un rite saisonnier de récolte et de fertilité qui se pratique lors de la pleine Lune, aux alentours du Chuseok, le jour d’action de grâce coréen où, selon la tradition, l’on se retrouve en famille après une récolte abondante pour exprimer sa gratitude envers ses ascendants et pour les bienfaits dont on est comblé.
     
    La danse en elle-même se pratique à la tombée de la nuit et peut durer jusqu’à l’aube. Elle comprend trois rythmes : lent, moyen et rapide. Il y a plusieurs chanteurs, le maître chante en premier et donne le tempo, les autres chantent la suite des paroles et répètent à chaque mesure le refrain « ganggangsullae », une ritournelle qui a donné le nom à cette danse. « "Sullae" signifie veiller, surveiller, et aussi protéger notre pays contre les ennemis. Comme la Corée est une péninsule, les voisins nous ont souvent envahis. Du coup, dans notre langue, il existe beaucoup de mots liés à la défense du territoire », explique Lee Keun Young.
     
    La dynastie Joseon sauvée par l’amiral Lee Sun-shin et par le ganggansullae
     
    C’est d’ailleurs un fameux épisode de la guerre qui va rendre le ganggangsullae encore plus populaire dès le XVIe siècle. La légende raconte qu’en 1592, lors de l’invasion de la Corée par le Japon, « un amiral dénommé Lee Sun-shin fit construire un bateau en forme de tortue. Comme les Coréens étaient inférieurs en nombre, il eut l’idée originale de les faire danser en rond sur le bateau la nuit, torche à la main, pour tromper l’ennemi », relate Cho Moonkyu, directeur du Festival de la pleine Lune. La stratégie a payé car, de loin, surestimant le moral et les effectifs des troupes coréennes, les Japonais se replièrent. La dynastie Joseon fut ainsi sauvée grâce à cet officier que les Coréens comparent au célèbre amiral Nelson, qui offrit aux Britanniques une victoire historique malgré leur infériorité numérique face à la flotte franco-espagnole lors de la bataille de Trafalgar le 21 octobre 1805.
     
    Pratiquer le ganggangsullae pour l’amitié et l’harmonie entre les peuples
     
    Aujourd’hui, on pratique le ganggangsullae plutôt pour l’amitié et l’harmonie entre les peuples, à l’image de ce grand rassemblement au Hanokmal. En cette fin d’après-midi chaude et ensoleillée, une marée humaine de 30 000 touristes inonde le quartier traditionnel, qui reçoit 6 millions de visiteurs par an.
     
    A chaque coin de rue, des personnes en hanbok, la tenue traditionnelle coréenne. En soie ou en tissu léger, cette tenue se distingue chez les femmes par des couleurs vives savamment assorties et des lignes épurées qui soulignent la fraîcheur et la grâce de celles qui les portent. (Voir notre diaporama en bas de cet article)

    Des jeunes filles en tenue traditionnelle au Festival de la pleine Lune, à Jeonju, en Corée du Sud. Kèoprasith Souvannavong / RFI

    Plus de trois mille personnes en hanbok, la tenue traditionnelle coréenne
     
    Dix-huit heures. Une foule dense se rassemble dans les jardins du palais de Gyeonggijeon, symbole de la dynastie Joseon, une lignée de souverains originaires de Jeonju et qui a régné sur la Corée de 1392 jusqu’à l’occupation japonaise en 1910.
     
    Sur une scène installée pour l’occasion, chants et animations se succèdent pour distraire un public naturellement discipliné. A l'appel d'un présentateur, une longue file se forme en vue d’une énorme procession. Elle réunit plus de trois mille personnes en hanbok – un événement en soi.
     
    « Pourvu que ce festival revitalise notre culture »
     
    Les nongakdae, des troupes folkloriques de musiciens acrobates, ouvrent la marche en fanfare, suivis de savants confucéens. Des femmes âgées aux chignons sophistiqués leur emboîtent le pas. Leur élégance et le parfum subtil qu’elles laissent dans leur sillage rappellent que les jeunes filles n’ont pas le monopole du charme ni de la beauté.
     
    Des habitants du quartier, des Coréens venus d’autres régions et des touristes étrangers rejoignent le cortège. « Nous adorons l’esprit du festival ! », s’exclame un groupe d’amies australiennes en hanbok. « Je vibre. J’ai envie d’en savoir davantage sur la culture coréenne », renchérit Reza, un étudiant iranien. « Pourvu que ce festival revitalise notre culture », espère Joanne, une habitante de Jeonju.
     
    Danser le ganggangsullae pour l’amitié et la paix universelle
     
    Au bout d’un kilomètre, le défilé converge vers la rivière Jeonju, qui délimite le Hanokmal. Les participants et les spectateurs se rassemblent alors sur la berge pour se donner la main et danser le ganggangsullae. Un orchestre traditionnel rythme pendant près d’une heure la chorégraphie, qui s’achève par une accolade fraternelle. Un moment grandiose où l’on danse pour l’amitié et la paix dans le monde. Toutes les barrières qui séparent les Hommes tombent à la faveur de cette chaîne d’union gigantesque, qui représente l’essence même du ganggangsullae.
     
    « Comment résoudre les conflits de voisinage dans le Hanokmal et faire connaître ce quartier ainsi que la ville de Jeonju au niveau international ? C’est en me posant cette question qu’a surgi l’idée de ce projet », confie Cho Moonkyu, directeur du Festival de la pleine Lune. « Régler des différends s’avère parfois difficile. J’ai alors décidé de faire danser ensemble ceux qui se chamaillent. Car quand on danse le ganggangsullae, on prend naturellement la main de ses voisins et on établit ainsi des relations amicales », poursuit cet homme d’affaires de 57 ans.
     
    Un festival sans service d’ordre ni aide financière de la ville ou de l’Etat
     
    Pari réussi donc pour cette première édition du festival qui s’est déroulée sans service d’ordre ni policier pour assurer la sécurité. Et surtout sans aide financière de la ville ou de l’Etat. Une soixantaine de bénévoles d’âges et d’horizons variés constitue la cheville ouvrière du festival : des médecins, des journalistes, des sportifs, des retraités et des étudiants notamment.

    Quant au budget, il provient de fonds privés « afin de rester un festival indépendant », précisent les organisateurs. Des commerçants, hôteliers, restaurateurs, voire de simples habitants du quartier ont contribué à la cagnotte. Et la personne chargée de récupérer l’argent n’est autre que le président de la Fédération des… lutteurs, lui aussi bénévole. « Fort heureusement, je n’ai pas eu à montrer mes muscles, plaisante Ji Jin San. Tout le monde a participé avec enthousiasme, motivé par l’esprit du ganggansualle. »
     
    « Les vrais maîtres de Jeonju »
     
    « Ce festival et ce fameux ganggansullae montrent la maturité de la communauté et sa capacité à monter des opérations de grande envergure sans la participation financière de la ville ou de l’Etat », se réjouit Kim Seung Su, le maire de Jeonju, fier de ses administrés. « Les vrais maîtres de Jeonju, ce sont les habitants eux-mêmes », ajoute le plus jeune premier officier municipal du pays, qui n’hésite pas à « mouiller son maillot » pour ce ganggangsullae historique.
     
    Le Festival de la pleine Lune : une semaine riche d’événements
     
    Ce jour faste de grand ganggangsullae arrive telle l’apothéose et couronne une semaine riche d’événements dans le cadre du Festival de la pleine Lune : chasse aux trésors, divers spectacles de rue, représentations en plein air de pièces classiques comme le Simcheongga, un pansori (opéra traditionnel) qui retrace l’histoire d’une fille pauvre ayant un père aveugle et qui devient reine, une œuvre dramatique revisitée et magnifiquement interprétée par une troupe débordante d’énergie communicative.

    « Pour les Coréens, la Lune symbolise le rêve. Mon rêve, même s’il semble enfantin, est que tous les gens sur Terre s’assemblent un jour et dansent le ganggangsullae pour la réconciliation et l’amour universel. Voilà le message du festival », confesse son humble président bienfaiteur. 

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