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    Europe

    «Le Fils de Saul», bien plus qu'un film sur la Shoah

    media Géza Röhrig dans « Le Fils de Saul ». Le film de László Nemes a reçu le Grand Prix au Festival de Cannes et se trouve en lice pour les Oscars. Ad Vitam

    On n’a jamais vu un tel film. Le Fils de Saul qui sort ce mercredi 4 novembre en salles en France, projette un nouveau regard sur la Shoah et brise le tabou des chambres à gaz dans le cinéma. Dans son premier long métrage, primé du Grand prix au Festival de Cannes et en lice pour les Oscars, le jeune réalisateur hongrois László Nemes montre l’horreur des chambres à gaz à Auschwitz-Birkenau avec les yeux d’un membre des Sonderkommando en 1944.

    Même Claude Lanzmann qui avait récusé La Liste de Schindler de Steven Spielberg semble apprécier Le Fils de Saul. Dans Shoah, son documentaire monumental, Lanzmann refusait de reconstituer visuellement l’inimaginable pour laisser parler les survivants de la machine de mort industrielle construite par les nazis. Le Hongrois László Nemes va dans son premier long métrage droit au cœur de la « solution finale ». Il met en scène et « reconstitue » l’atmosphère visuelle et sonore vécue par un membre des Sonderkommando pendant l’extermination systématique des juifs dans les chambres à gaz.

    « Ce qui était livresque et journalistique est devenu une réalité »

    Au dernier Festival de Cannes, les spectateurs sont sortis éprouvés de la salle : « C’est un film très troublant, très choquant, très extrême et claustrophobique. C’est tellement fort qu’il y a presque un refus par rapport à ce qu’on voit » avait dit l'un. « Je suis un peu sous le choc, mais c’est courageux à s’attaquer à cela. Ce qui était livresque et journalistique est devenu une réalité. On est dedans. On a peur », avait précisé un autre. « Après les premières vingt minutes, j’avais l’impression que je ne pourrai plus tenir. Le film nous donne une impression de l’enfer. »

    En guise d’introduction, Nemes projette la définition écrite des Sonderkommando sur grand écran, pour faire comprendre en quelques phrases « neutres » le destin réservé à ces déportés choisis par les SS pour le cauchemardesque travail de mise en marche des chambres à gaz avant d’être à leur tour exterminés pour ne pas laisser de traces du génocide organisé.

    Une seule action ininterrompue pendant les cent sept minutes du film

    Après ce court prologue, le film nous plonge illico dans un tourbillon d’images et de sons qui ne laisse aucun répit aux spectateurs. Ce flot d’impressions sur la survie dans un endroit de mort se transforme en une seule action ininterrompue pendant les cent sept minutes du film. De la première image floue - qui nous entraîne parmi un convoi d’hommes, de femmes, de vieux et enfants qui sont battus du terminus du train jusqu’aux chambres à gaz - naît un regard précis, presque clinique, le visage d’un homme en mouvement permanent qu’on ne quittera plus, Saul Ausländer, membre de ce groupe de prisonniers juifs du Sonderkommando à Auschwitz-Birkenau. De la première à la dernière minute, la caméra colle au personnage central de l’histoire et regarde avec les yeux de cet ancien horloger qui se retrouve dans un enfer que même Dante n’imaginait pas.

    Courageux, László Nemes montre méticuleusement toutes les étapes de ce travail infernal : tromper à l’arrivée les condamnés sur la fonction des chambres à gaz, les aider à se déshabiller pour une « douche », fouiller et recycler les vêtements pendant que les victimes agonisantes crient et frappent contre les portes. L’intérieur des chambres à gaz pendant l’extermination est le seul endroit non exploré par la caméra de Nemes, car ce moment était aussi hors champ pour Saul Ausländer qui reprend son « travail » après, pour nettoyer la chambre à gaz et tirer les cadavres un à un vers les fours crématoires. C’est là que se produit l’inattendu qui va devenir son obsession : parmi les morts, il croit reconnaître son fils. Alors, il s’accroche à l’idée d’accomplir un acte fou pour sauver son humanité : il veut enterrer le corps de son fils et cherche un rabbin pour réciter le kaddish.

    Des images fictives et inédites sur la réalité à Auschwitz

    László Nemes, né en 1977 en Hongrie, mais qui travaille depuis ses études à Paris entre les deux pays, a mis cinq ans pour réaliser ce film qui lui tient à cœur pour des raisons personnelles. Une partie de sa famille a été assassinée à Auschwitz. « Cela ressemblait à un trou noir, creusé au milieu de nous… Il s’est agi pour moi de rétablir un lien avec cette histoire », explique-t-il dans la présentation de son film, tourné en format carré pour être encore plus près de la vision humaine. Géza Röhrig, un écrivain et poète hongrois qui vit à New York assure d'une manière incroyable son premier rôle-titre.

    L’idée pour Le Fils de Saul lui est venue après la lecture d’un livre de témoignages cachés et très détaillés des membres des Sonderkommando, retrouvé des années après la libération des camps. Avec son premier film, le jeune réalisateur hongrois réalise une prouesse cinématographique et intellectuelle; 70 ans après les résistants juifs qui avaient réussi à prendre clandestinement des photos dans les camps de la mort pour témoigner, László Nemes introduit des images fictives et inédites dans notre imaginaire sur la réalité d'Auschwitz.

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