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    Culture

    Le défi de la poésie de John Giorno au Palais de Tokyo

    media John Giorno lors de sa lecture au Palais de Tokyo. ® Thomas Bourdeau / RFI

    Une exposition au Palais de Tokyo, à Paris, sur le travail de l’artiste américain John Giorno permet de redécouvrir les racines profondes d’une poésie libérée. Témoin vivant de la beat generation, mais aussi des années Andy Warhol, créateur des poèmes téléphoniques en 1968, John Giorno est un passeur avant-gardiste rare.

    John Giorno est un poète sonore américain âgé de 78 ans. L’exposition au Palais de Tokyo « I ♥ John Giorno » permet de découvrir l’univers de son travail . « Ce n’est pas une exposition de John Giorno, c’est une exposition sur John Giorno. Il est devenu le matériau de l’œuvre de l’artiste suisse Ugo Rondinone, son compagnon » explique Nathalie Heidsieck de Saint Phalle qui connait l’artiste américain personnellement. Elle est la fille de Bernard Heidsieck, figure majeure de la poésie sonore en France qui a longtemps veillé au rayonnement du travail de son ami John Giorno. « John Giorno, c’est le plus jeune, le petit de la “bande” qui n’en était pas vraiment une d’ailleurs » souligne-t-elle. La Beat Generation (William Burroughs, Allen Ginsberg, Jack Kerouac et Gregory Corso), mais aussi la Factory de l’artiste pop Andy Warhol pour lequel il dormit six heures durant dans le film Sleep, tels étaient les compagnons de route de ce touche-à-tout qui s’est nourri de chacune de ces influences. Il a côtoyé également le virtuose Brion Gysin, à l’origine de la technique du cut-up et des poèmes permutés.

    Dans l’univers et les archives de John Giorno

    Au Palais de Tokyo, « c’est plus exactement le portrait d’un artiste par un autre artiste, avec une histoire d’amour en filigrane. C’est le portrait de celui qui l’aime », souligne Nathalie Heidsieck. On est plongé dans l’univers et les archives de John Giorno, un monde bien différent de notre monde actuel, pour celui qui a défendu toutes les sexualités, toutes les drogues, toutes les libertés… En 1965, il fondait Giorno Poetry Systems, le système de poésie Giorno et en 1968, Dial-a-poem, un service téléphonique qui proposait des poèmes aux personnes qui composaient le numéro. « John Giorno a eu le génie d’avoir su être où il fallait quand il le fallait, en étant proche des stars de son temps. Il a attiré tout cela comme un aimant (amoureux), c’est le titre de son portrait dans Libération. » (Storify en bas de papier pour des extraits de l’univers de John Giorno).

    « Rattraper le temps perdu et de sauter à pieds joints dans leur temps »

    Mais qui étaient ces curieux poètes et que se passait-il donc à cette époque ? « Beat generation, poésie sonore... tous ces intitulés ont été donnés après coup. Je dirais que ce sont surtout des écrivains, pas des poètes. Ils faisaient des lectures de textes en public comme dans le monde anglo-saxon où cette tradition est très forte. Une tradition qui n’existe pas en France. Les auteurs lisent leurs textes qui deviennent alors plus poétiques que littéraires. Les écrivains français ne savent parfois même pas lire leurs textes… » Mais en quoi leurs travaux ont pris une telle importance dans l’histoire de l’art ? « Ces mouvements ont tous pris en compte, quasi au même moment, le retard de la littérature sur le monde de la peinture, de la sculpture et même de la musique. L’univers écrit était obsolète, en tout cas d’un classicisme pesant. Ils ont décidé de rattraper le temps perdu et de sauter à pieds joints dans leur temps. » Selon Bernard Heidsieck, père de Nathalie, il était temps de « reconnecter la poésie avec la société [...] La poésie, au lieu de la laisser s'enfoncer dans la page, il fallait au contraire l'en arracher et la projeter vers l'extérieur, vers l'auditeur, vers le public ! » Nathalie Heidsieck explique : « John Giorno a fait exprès de sortir des phrases de ses textes pour les envoyer verbalement, un peu comme un coup de poing dans la gueule de celui qui les regarde. Ces phrases sont censées réveiller ! »

    Tous ces artistes se retrouvaient régulièrement à Paris, hébergés par la famille Heidsieck. « Ma mère [l’artiste Françoise Janicot, ndlr] a rencontré Brion Gysin qui était encore avec les surréalistes à l’époque. Brion Gysin va devenir très proche de mon père qui s’attache aussi à William Burroughs quand il était au Beat hôtel rue Gît-le-Cœur dans le Quartier latin en 1957. Cet appartement dans lequel nous sommes maintenant va devenir un pont entre New York aux États-Unis [le fameux bunker de Burroughs où réside John Giorno maintenant, ndlr] et ici. J’ai entendu dire qu’il y avait tellement d’Américains qui dormaient ici parfois que, à un moment, mon père n’en pouvant plus a écrit sur la porte : Relâche ! »

    Le mouvement était donc international ? « Ils se sont tous - Tchèques, Suédois, Italiens Américains - retrouvés à différents points de la planète. La chose fascinante, c'est même la vitesse des rencontres, alors qu’il n’y avait aucun moyen de communication comme aujourd’hui. Ces individus étaient comme des têtes chercheuses. A partir du moment où l'on arrivait dans une ville, on trouvait la bonne personne rapidement, par le bouche à oreille qui va à une vitesse folle. Finalement plus rapide que l’Internet qui est dans le trop-plein parfois. »

    Dans le bunker de John Giorno et William Burroughs

    On ne peut pas négliger l’influence phénoménale de ces artistes d’avant-garde sur les milieux culturels alternatifs, le rock, la musique industrielle ou le rap. « David Bowie ou Iggy Pop venait rendre hommage à Brion Gysin chez lui alors qu’il était peu connu » raconte Nathalie Heidsieck. Et dans le bunker de John Giorno et William Burroughs le défilé des rock stars était fréquent.

    « William Burroughs et mon père parlaient tous les deux de la société de communication. Il doit être souligné que William Burroughs est un précurseur. Il annonce dans ces livres le monde dans lequel on est aujourd’hui. Cette société qui nous dépossède de nos libertés ! C’est très contemporain. Et ce sont bien souvent des matériaux politiques qui sont utilisés pour cette poésie. On n’est pas au bord d’un lac, ni dans les sentiments... », sourit-elle.

    La poésie revendicatrice de John Giono incite à la réflexion. On n’en sort pas indemne, mais secoué. Elle peut faire mal, déranger et divertir au sens propre du terme qui est d’ouvrir une autre voie - par la voix. C’est sur ce chemin poétique ingénieux que marchèrent des générations de musiciens ou d'artistes. John Giorno, passeur généreux, méritait d’être célébré.

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