Philosophie: penser l'écologie ou périr - Culture - RFI

Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

Philosophie: penser l'écologie ou périr

media REUTERS/Jacky Naegelen

Au cœur des travaux de la COP21, le magazine Idées a voulu s'intéresser aux fondements intellectuels de l'écologie ; des fondements très disparates pour une science qui s'intéresse à toutes les facettes de l'activité humaine. Pas étonnant, dès lors, de constater, en parcourant le volumineux Dictionnaire de la pensée écologique qui vient de sortir au PUF (Presses universitaires de France) et qui est au cœur de l'émission, que les penseurs de l'environnement sont non seulement des philosophes mais aussi des économistes, géographes, naturalistes, etc.

Dominique Bourg a dirigé les travaux de ce dictionnaire, avec Alain Papaux. Ce philosophe est professeur à la faculté des géosciences et de l'environnement de l'université de Lausanne. Il est un spécialiste des questions de développement durable, de la notion de principe de précaution et de la démocratie dite participative. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de référence, notamment : Pour une 6ème République écologique (Odile Jacob, 2011), Du risque à la menace (Puf, 2013) ou bien encore, chez le même éditeur de La pensée écologique. Dominique Bourg est vice-président de la Fondation Nicolas Hulot.

Une pensée écologique existe-t-elle ?

DR

Les deux directeurs de ce dictionnaire répondent à cette question. Selon eux, il s'agit « d'un mouvement d'idées, apparaissant de manière reconnaissable dès le XIXe siècle, prenant appui sur une échelle nouvelle et menaçante de perturbations infligées au milieu, réinterrogeant la place de l'homme au sein de la nature ».

Ce mouvement a pris son autonomie dans la seconde moitié du XXe siècle. La pensée écologique « apparaît comme un courant d'idées distinct du libéralisme, du socialisme, du féminisme, etc. »

Dans la notice « pensée écologique » de ce gros ouvrage, les auteurs soulignent que « la pensée écologique est intrinsèquement réflexive. Elle se nourrit ou des constants de visu, empiriques, ou de médiations scientifiques ». Cette réaction ne date pas d'aujourd'hui. Dominique Bourg rappelle par exemple qu'un diplomate américain, George Perkins Marsh, soulignait dans Man and Nature (1864) que le développement industriel était incompatible avec la nature.

Selon ce dictionnaire, aujourd'hui, cette pensée écologique « consiste en une interprétation à nouveaux frais de la place de l'humanité au sein de la nature, en termes de limites de la Biosphère, de finitude de l'homme et de solidarités avec l'ensemble du vivant ».

Dans cet effort de compréhension, cette pensée s'est en premier lieu intéressée à la technique. « C'est pourquoi, écrivent Dominique Bourg et Alain Papaux, que les grandes figures de la pensée de la technique du XXe siècle ont été également les pionniers de la pensée de l'écologie ». Et de citer Martin Heidegger qui considérait que la technique est plus que la technique mais une menace contre l'homme, ou bien encore le trop peu connu Jacques Ellul qui a souligné l'emprise de la technique et sa sacralisation dans nos sociétés développées.

Une mine d'informations

Il y a deux manières de lire ce dictionnaire. Soit par thèmes, attendus comme l'anthropocène (nouvelle ère géologique marquée par l'empreinte humaine) ; la biodiversité, le climat, le progrès, le principe de précaution, ou plus inattendues comme l'écologie des pauvres. En 1972 déjà, lors d’une conférence sur le développement humain, Indira Gandhi, alors Premier ministre de l'Inde lança une question demeurée fameuse : « La pauvreté n'est-elle pas le plus grand des polluants ? »

On peut aussi consulter les notices consacrées aux penseurs de l'écologie au sens large. De Gunther Anders qui a étudié le rapport de l'homme (et sa capacité des destructions surtout après les explosions nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki) avec la technique, au philosophe français Bruno Latour qui a profondément renouvelé la réflexion sur l'écologie politique. Sans oublier les grands ancêtres, le sage Montaigne et le regard de Jean-Jacques Rousseau sur la nature.

On l'a compris, ce Dictionnaire de la pensée écologique est une mine. Dominique Bourg s'étonne encore d'avoir pu le concevoir. Une telle entreprise « aurait paru totalement incongru dans le champ culturel français il y a ne serait-ce qu'une vingtaine d'année », écrit-il.

A l'époque l'écologie était encore vue comme l'affaire d'activistes ou de soixante-huitards attardés. Aujourd'hui, on ne plaisante plus. « La " crise écologique " a érodé notre adhésion à la modernité ». Une crise ? Il s'agit plutôt d'une nouvelle époque où la devise pourrait être : « Etre écologiste ou périr »...

 

Pour en savoir plus :

Dominique Bourg est l'invité du magazine Idées, dimanche 6 décembre, 16h10 TU.

Pour aller plus loin :

Sur le même sujet
Commentaires
 
Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.