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    France

    «Judith» ou comment finir une guerre

    media Scène de «Judith», pièce écrite et mise en scène par Cédric Lavie. Hadrien Jauny

    C’est la première mise en scène d’un jeune auteur qui a vécu sa première le mercredi 20 janvier au théâtre Adyar, à Paris. Avec Judith, Cédric Lavie raconte les retrouvailles de cinq amis, anciens rescapés d’un camp de concentration. Lors de leur recherche d’un coupable, responsable de leur malheur, ils explorent les « soubassements » de l’être humain : de la suspicion et la trahison jusqu’à la recherche d’un remède contre la haine et la vengeance.

    Cinq amis se retrouvent dans une maison de campagne au milieu de nulle part. Chacun a ses petites habitudes, whiskey pour l’un, anisette pour les autres ou encore jus de fruits. Quinze ans après la Seconde Guerre mondiale, ils sont devenus médecin, commerçant ou rabbin, mais leur destin reste intimement lié. Ils avaient beau vouloir tourner la page, leur passé commun les hante, restant aussi indélébile que le tatouage sur leur avant-bras.

    Une soirée entre survivants

    Ils ont vécu l’enfer ensemble. Ce sont des survivants d’un camp de concentration. Leur seul « tort » était d’être juif ou d’être considéré comme tel. C’est le cas de Pierre, le seul non-juif de la soirée, mais jadis arrêté dans une librairie avec un livre sur le judaïsme dans la main, parce qu’il était tombé amoureux d’une fille juive. Il avait protesté auprès des nazis, clamé son « innocence ». Mais, pas de chance, vérification faite, ils ont découvert qu’il était circoncis. Et personne ne voulait croire son histoire d’une intervention médicale après une infection urinaire…

    Ils ont tous une histoire incroyable à raconter, mais personne ne va aussi loin qu’Isaac, l’hôte de cette illustre soirée. Ses amis ignorent pourquoi il les a convoqués dans cet endroit paumé. Avec stupéfaction, ils découvrent son secret. Il a « invité » leur ancien bourreau du camp pour trouver enfin la réponse à une terrible question : à l’époque, qui a dénoncé le cache de sa fille Judith, violée et tuée à l’âge de 13 ans ? Il est sûr et certain d’une chose : le traître se trouve parmi ses quatre amis…

    Victimes et bourreaux

    Quelques chaises, une table dressée avec une nappe blanche, une carafe d’eau et quelques bouteilles suffisent comme seul décor pour nous entraîner dans une histoire qui n'en finit pas. Judith est un drame, un polar, une tragédie. Une pièce menée par des comédiens forts et humbles face au drame. Visiblement tourmentés, meurtris dans l’âme, ils incarnent sur le fil du rasoir des êtres humains capables d’être à la fois victimes et bourreaux.

    Dans leur fragilité, naissent les questions essentielles de la pièce : comment finir une guerre ? Comment pardonner ? Comment sortir de l’impasse de la vengeance ? « C’est toujours compliqué de finir une guerre », explique l’auteur, Cédric Lavie. Signer un traité de paix est une très bonne chose. Malheureusement, tout ne s’arrête pas du jour au lendemain. Il y a les héros qui font la guerre, mais il y a aussi les héros qui gèrent l’après-guerre et qui signent la paix. Une guerre laisse des traces. Et dans les esprits, il n’y a pas vraiment une fin. »

    Ce qu’on n’ose pas avouer

    C’est la première pièce écrite par Cédric Lavie qui adore Molière et Corneille, mais aussi Eric-Emmanuel Schmitt. Il signe ici également sa première mise en scène. La justesse des mots, la fugue des phrases et l’effet envoûtant du scénario avec ses rebondissements réussis font oublier le portrait trop caricatural du bourreau, miroir d’une époque qui avait déclaré la guerre finie sans se soucier de condamner tous les bourreaux et de rendre justice aux victimes.

    L’auteur connaît l’environnement mais n’a pas personnellement vécu l’histoire de sa pièce et plaide pour l’universalité du message. En plus, il vient d’autres univers que celui du théâtre. Il est venu à l’écriture « par la force des rencontres » pour réussir cette pièce, « un rêve d’enfant ». Heureusement, il a réussi à bien s'entourer pour donner chair à ses personnages qui sortent transformés de la pièce.

    « Le rôle de ma vie »

    Le personnage de Joseph, bousculé par les émotions du passé, médecin en plein divorce, est incarné par Nikolaï Arutene. L’acteur, habitué à des univers oscillant entre Shakespeare et Guitry et entre Coluche et le théâtre de boulevard, confie jouer ici « le rôle de ma vie » : « Je viens d’une famille hollandaise. Ma mère était demi-juive. Elle a énormément souffert par son père qui ne pouvait plus travailler et qui est mort pendant la guerre. C’était une grande souffrance et la transmission était quelque chose de très difficile. Ma mère était dans la même école qu’Anne Frank, à la même époque. Elles avaient le même âge, vivaient dans le même quartier. Elles faisaient des trucs ensemble. Après, les Frank ont déménagé… La question de la pièce est la transmission des choses. »

    Quand les hommes font souffrir d’autres hommes

    Le comédien Michel Albertini a croisé pendant sa carrière des géants comme Claude Sautet, Henri Verneuil, Jean Gabin ou Laurent Terzieff. Pourtant, il ne cache pas son enthousiasme à jouer dans cette pièce d’un novice, le rôle d’Isaac, cet homme rongé par la vengeance : « A la base, notre fonction d’acteur est de transmettre les mots, les pièces à des jeunes auteurs. Cette pièce a été forte, émouvante. Nous devons révéler les jeunes auteurs, sinon qui va le faire ? Quant à la pièce : il est insupportable que des hommes fassent souffrir d’autres hommes. Ce que nous vivons actuellement dans le monde est une honte. Judith raconte une petite histoire de la souffrance des victimes. Et ça continue. Cette pièce soulève un peu ce problème-là, mais vu de l’intérieur. Comment peut réagir un homme dont la fille a été violée et assassinée ? C’est monnaie courante de nos jours et, pour moi, c’est insupportable. Cela devrait l'être pour tout le monde, mais, manifestement, cela n’a pas l’air… »

    ► Judith, pièce écrite et mise en scène par Cédric Lavie, du 20 au 25 janvier au théâtre Adyar, à Paris.

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