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    Moyen-Orient

    Théâtre: «Winter Guests», quand des réfugiés syriens racontent l'exil

    media Quelques-uns des réfugiés à l'œuvre... Jérémie Lortic

    Les initiatives culturelles face au drame des migrants sont rares. Parmi elles, une création originale mettant en scène de jeunes réfugiés syriens : «Winter Guests, expériences d’exil». Un spectacle inédit, poignant, qui ne demande qu’à vivre.

    « L’histoire, ce ne sont pas les Etats qui l’écrivent, c’est le peuple qui la vit », raconte Aurélie Ruby, metteuse en scène et initiatrice du projet. Une phrase qui pourrait à elle seule résumer Winter Guests (Invités d’hiver), en référence au printemps arabe terminé. « Parce que nos cœurs ont froid face aux maux du monde et des hommes, et parce que le théâtre et l’art peuvent tout réchauffer. »

    Le décor est sobre et sombre. Une toile blanche tapisse le fond de la scène autour de laquelle sont alignées des chaises. Un joueur de oud, l’instrument traditionnel arabe par excellence, est assis dans un coin. Sur scène, de jeunes hommes et femmes âgés de 20 à 30 ans, réfugiés en France depuis peu. En commun, ils ont la particularité d’avoir vécu les débuts de la révolution alors qu’ils étaient adolescents ; ils ont vécu l’exil et vivent aujourd’hui l’intégration. Mais chacun d’entre eux possède une histoire personnelle, une expérience de l’exil originale. « Etre Syrien aujourd’hui, c’est porter en soi une histoire collective qui a bouleversé, touché, transformé sa vie individuelle », affirme la metteuse en scène.

    Une véritable catharsis

    C’est ensemble qu’ils racontent les premières manifestations pacifiques auxquelles ils ont participé dans différentes villes syriennes. S'en suivent les premières arrestations, le traumatisme de la guerre qu’ils ont vécue, la peur, les bombardements, jusqu’à la fuite et leur arrivée en France. Viennent ensuite les méandres de l’administration française puis l’intégration dans la société. Leur nouvelle vie. 

    Le spectacle, qui se veut avant tout humaniste, constitué d’images, de témoignages, de poèmes, en français et/ou en arabe, de musique et de chants, est d’une énergie sans bornes. La danse japonaise buto est aussi présente, un art qui symbolise à l'origine l’expression et l’expiation des souffrances de la Seconde Guerre mondiale par le corps. Les acteurs, via le théâtre, épurent ainsi leurs passions les plus enfouies, les plus troublantes. « Le but est d’offrir un espace de catharsis aux jeunes ; Quand j’exprime, je me sens mieux, analyse Aurélie Ruby. Mais ce n’est pas de l’art-thérapie - le théâtre étant en soi cathartique- puisque c’est aussi une rencontre avec le public. »

    Entre le réel et l’irréel, les acteurs, tous étudiants, entraînent en effet avec le spectateur durant plus d’une heure de voyage, au milieu du tragique mais aussi des rires, de la dérision. Comment ne pas sourire lorsqu’ils reproduisent la scène qu’ils effectuaient chaque jour à l’école en Syrie : tels de bons petits soldats, ils répètent dans une parade martiale leur croyance, leur respect et leur loyauté à Hafez el-Assad - père de Bachar el-Assad.

    Un projet évoluant au fil du temps

    D’atelier d’expression et d’apprentissage du français par le théâtre, le projet Winter Guests est ainsi devenu une œuvre à part entière. Hamid Sulaiman, peintre réfugié syrien, et Aurélie Ruby, voulaient rendre hommage aux jeunes de la révolution, leur laisser la parole, « parce qu’ils sont les oubliés » de ce printemps syrien. Tous deux ont souhaité, via Winter Guests, partager avec le plus grand nombre le vécu de cette jeunesse syrienne, déracinée et étouffée sous le régime des Assad, qui essaye de se reconstruire en France. C’est le passage d’une vie à une autre.

    Puis, face aux événements, à la position de la France vis-à-vis des migrants, le projet a voulu « donner un visage humain à des mots vides de sens. C’est une tentative de faire vivre ensemble les Français et ces jeunes venus ». C’est aussi « donner une autre image des réfugiés, des migrants, que celle donnée par les médias, souvent par le biais des statistiques, analyse Aurélie Ruby. On ne peut pas accueillir l’autre si on ne le sent pas miroir de soi-même. » Comme le note la réalisatrice, dans quelques années, ces jeunes seront Français, ils vont aussi participer à construire la société française et « on doit leur permettre de pouvoir le faire ».

    Une expérience qui veut « vivre »

    Si Winter Guests ne laisse pas indemne le spectateur par la force de son humanité, l’œuvre entend aussi offrir aux jeunes acteurs une forme d’accompagnement vers leur intégration dans ce nouveau pays qui les accueille. Chaque acteur a ses raisons de participer au spectacle, « certains y ont trouvé une vie sociale, d’autres sont là pour faire du théâtre ou pour faire passer un message politique », confie la metteuse en scène. « J’ai voulu participer au projet parce qu’ici, j’ai le droit de tout dire, de partager mon histoire avec les autres réfugiés », raconte Yaya, étudiante en informatique qui regrette que sa famille restée en Syrie ne puisse voir sa prestation. « Quoi qu’on fasse, affirme Racha, jeune syrienne originaire du camp palestinien de Yarmouk, c’est important pour la paix. Toutes les initiatives, même les plus petites, sont importantes pour faire avancer les choses en Syrie. »

    Mais le projet qui, bien qu’ayant un succès considérable auprès des spectateurs depuis presqu’un an maintenant, a besoin de fonds pour vivre, pour s’exporter en France et au-delà des frontières. « Nous pensons par exemple à l’Allemagne où se trouve un grand nombre de réfugiés syriens », explique Hamid Sulaiman. Ainsi, pour mener à bien la suite de cette aventure inédite, l’équipe de Winter Guests a lancé un financement participatif sur Internet. Pour la metteuse en scène, il est nécessaire de poursuivre le spectacle. « Tout dépend des propositions et des possibilités, des subventions que l’on pourrait obtenir. J’aimerais que Winter Guests tourne le plus possible. » La totalité de l’équipe est actuellement bénévole, que ce soit les acteurs amateurs ou les professionnels. « Si le projet venait à s’arrêter, déplore Aurélie Ruby, ça serait par manque de moyens, et ça serait vraiment dommage car à chaque fois qu’on joue, la salle est pleine à craquer ».

    A la sortie de la pièce, un Syrien exilé en France depuis dix ans, touché, confie : « J’ai senti dans cette pièce la liberté. En Syrie, cette liberté n’a jamais existé. En regardant Winter Guests, je me suis posé cette question : "Est-ce qu’un jour je pourrais voir ce spectacle et tant d’autres à Damas ? Des gens qui pourront librement s’exprimer sur les droits de l’homme, sur ceux des femmes, sur tous les sujets dont jamais les Syriens n’ont pu parler publiquement ?" » Un souhait identique à celui des réfugiés de Winter Guests, un vœu qu’ils s’impatientent de voir être exaucé.

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