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    Moyen-Orient

    «A l’est de Damas, au bout du monde», un voyage au bout de l’enfer

    media Combats dans la Ghouta, le 21 mai 2015. REUTERS/Diaa Al-Din

    A l’est de Damas, au bout du monde, sort en librairie au moment où la Syrie entre dans sa sixième année de guerre. L'ouvrage est un témoignage bouleversant et dérangeant d’un jeune activiste pacifiste qui a vécu les quatre premières années de cette révolution au cœur du chaos.

    Dès les premières lignes, la tension est palpable. Dans la Ghouta orientale, croissant fertile à l’est de la capitale syrienne entre la montagne et le désert, le jeune Majd al-Dik raconte son enfance syrienne, avec ses joies et ses peines, une vie sur laquelle plane en permanence la crainte du régime. « L’Etat policier régnait partout, dans les rues et dans les esprits. Je me souviens d’un dicton de mes parents : "Pas au courant, pas d’embêtements". » Une Syrie où les Assad de père en fils règnent sur un peuple voué à se taire.

    Puis le vacarme fait place au silence forcé. C’est le temps des printemps arabes, en Tunisie et en Egypte d’abord. Majd al-Dik, 23 ans alors, visionne en cachette avec ses amis les images de ces révolutions lointaines pétris par le profond désir que leur pays soit le prochain sur la liste. Quand débute le soulèvement populaire en mars 2011, le jeune étudiant en droit va s’engager activement, pacifiquement, au péril de sa vie.

    Le règne de la terreur et la survie

    La Ghouta plonge dans le chaos, soumise aux pires atrocités du régime, et le jeune Syrien avec. Le récit est parfois insoutenable : l’auteur décrit avec une précision d’horloger les moments de torture qu’il vit et ceux dont il est témoin. Après 37 jours sous le joug des bourreaux du régime, « les moukhabarâts (services de renseignements syriens, NDLR) d’Assad nous ont fait remonter à la surface […] On nous a rassemblés dans une cour cernée de barbelés. Un officier a entamé un discours : "Dans un geste généreux, monsieur le président vous a amnistiés" ».

    Majd, qui sait qu’il peut à tout moment être de nouveau arrêté et torturé jusqu’à la mort, ne cesse pourtant pas la lutte pour la liberté à sa sortie des geôles syriennes, fin 2011. Et plus l’insupportable se déroule, plus sa détermination à continuer le combat s’accroît. Face à la terreur que sème le régime - des snipers sont disséminés partout et quelque 250 personnes blessées chaque jour, « en dehors des grands massacres » - il s’engage alors dans l’aide médicale avec d’autres membres de la société civile. Pour communiquer sans être de nouveau arrêté avec les médecins, enseignants, citoyens journalistes, il utilise des cartes SIM « ayant appartenu à des martyrs, ou même à des officiers de la Sécurité tués au cours d’affrontements ». 

    Massacre de la Ghouta, le 21 août. REUTERS/Bassam Khabieh

    En février 2013, alors que sa Ghouta natale est passée sous contrôle des forces révolutionnaires, il entreprend de documenter les crimes du régime et crée et dirige plusieurs centres éducatifs de soutien psycho-social aux enfants. Dans les locaux de Source de vie sont accueillis des enfants de tous camps politiques, traumatisés par les bombardements, la violence inouïe du régime envers leurs familles.

    La mort et la faim sont omniprésentes dans ce témoignage, symbolisant la déchéance tant mentale que physique. La simple vision d’un paquet de chips ou d’une lumière quand Majd parle sur Skype avec ses amis, qui ne subissent pas le siège, le met en colère. Un siège qui prend au piège plus d’un million de Syriens. Point d’orgue de l’horreur quand se produit en août de la même année le massacre à l’arme chimique. Plus de mille morts en quelques heures. Majd prend des photos et les diffuse aux médias à l’extérieur du pays.

    Un témoignage rare

    Fin 2014, Majd al-Dik décide, après beaucoup d’hésitations tant il est attaché à sa Ghouta, de fuir au Liban. En danger aussi au pays du Cèdre, il obtient le statut de réfugié politique en France en décembre 2014 et continue la lutte pour la liberté de son peuple. Depuis l’Hexagone, il continue de coordonner les sept centres Source de vie toujours actifs, dont deux dédiés aux femmes, et qui accueillent au total quelque 1 500 personnes.

    Depuis le début de la guerre, la Ghouta orientale toujours assiégée a perdu plus de la moitié de sa population. Le jeune activiste dénonce à tour de bras le silence de la communauté internationale, le retournement d’Obama après le massacre à l’arme chimique, les intérêts communs du groupe Etat islamique et du régime d’Assad.

    Comme le note Thomas Pierret dans la préface, ce témoignage est l’un des seuls en son genre en français, loin des analyses et des récits de visiteurs extérieurs. Et malgré la douleur du texte, l’ouvrage est un témoignage de foi en l’humanité. Un hommage à la société civile qui se bat dans cette zone assiégée de la banlieue de Damas où plusieurs factions d’opposition rivalisent désormais face à l’affaiblissement de l’Armée libre syrienne.

    Le 26 février dernier, à quelques heures de l'entrée en vigueur attendue d'un cessez-le-feu, l'aviation russe a intensifié ses frappes dans la Ghouta orientale, faisant de nombreux morts civils, dont des femmes et des enfants.

    ►A l'est de Damas, au bout du monde. Témoignage d'un révolutionnaire syrien. Majd al-Dik, traduction Nathalie Bontemps, 300 pages, 17,90 euros. Editions Don Quichotte, mars 2016.

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