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    Culture

    Shakespeare: un abécédaire amoureux par Jean-Claude Carrière

    media La littérature commémore la disparition, il y a 400 ans, du dramature britannique William Shakespeare, le «barde» de Jean-Claude Carrière. Wikimedia Commons

    Ce 23 avril, le monde anglophone commémore le 400e anniversaire de la mort de William Shakespeare. A cette occasion, RFI a interrogé Jean-Claude Carrière qui est sans doute l’un des meilleurs connaisseurs du «barde» britannique sur la place de Paris. Dramaturge, scénariste, acteur, traducteur, cinéaste, Jean-Claude Carrière a collaboré avec Peter Brook pendant près de 40 ans et a été son scénariste attitré pour l’adaptation notamment des pièces de Shakespeare qu’ils ont montées ensemble sur les scènes de France et de Navarre. Il raconte pourquoi Shakespeare continue à l’habiter depuis qu’il a assisté à l’âge de 15 ans à une représentation «époustouflante» de «Hamlet», mis en scène par Jean-Louis Barrault à Paris. Cela donne un abécédaire impressionniste, dans le désordre alphabétique…

    P comme Pigalle

    Shakespeare est un habitué de la maison où j’habite, à Pigalle. J’ai souvent travaillé avec le grand homme assis à côté de moi. Il parle français. Il vient me voir chaque fois je suis en train de travailler sur une traduction ou une adaptation de ses drames. Je lui propose telle ou telle phrase en lui demandant son avis. « Qu’en penses-tu, William ? » Très discret, aimable, même quand la traduction ne lui plaît pas, il intervient avec beaucoup de tact, attirant mon attention sur tel ou tel mot inapproprié sans jamais s’appesantir. Il m’indique gentiment un détail qui m’aurait échappé, une faute de transcription. Parfois il m’encourage, comme il l’a fait quand j’étais en train de travailler sur la comédie Mesure pour Mesure où je devais choisir entre trois mots : « Et oui, t’as raison. Ce n’est ni « fight », ni « right », mais « light », comme tu l’as écrit. C’est d’ailleurs plus logique et en phase avec ce que je voulais raconter dans cette pièce ». Un compliment qui m’allait droit au cœur !

    F comme French cancan

    Ma première rencontre avec Shakespeare date de 1946. J’étais allé voir Hamlet mis en scène par Jean-Louis Barrault, à Paris. Ce fut un spectacle très poétique, époustouflant de beauté : je m’en souviens encore. Depuis, j’ai dû assister à de très nombreuses représentations des pièces shakespeariennes à Paris ou ailleurs. J’ai vu un Roi Lear avec des acteurs évoluant sur scène sur des patins à roulette ! C’était aussi extravagant que les sorcières de Macbeth dansant le French cancan que j’ai vues aussi.

    T comme (La) Tempête

    J’ai travaillé sur l’adaptation de quatre pièces de Shakespeare dont La Tempête que Peter Brook a mise en scène au théâtre des Bouffes du Nord à Paris en 1991. Travailler sur cette pièce qui est une des dernières que Shakespeare aurait écrite, était une expérience particulièrement enrichissante. On a l’impression que l’auteur a essayé de rassembler dans ce dernier drame tout ce qu’il a connu de bien ou de mal dans la vie : ses bonheurs, ses frustrations, ses interrogations. Son dernier mot sur le monde, qui est résumé par la phrase célèbre qu’il fait dire à l’un de ses personnages : « Nous sommes faits de la même étoffe que les songes ». Les « f », les « o » font passer à l’intérieur de la phrase un courant d’air qui rappelle l’instabilité de notre être. Redites la phrase en bien articulant les lettres et vous entendrez peut-être la tempête souffler.

    V comme Voltaire

    Voltaire fut l’un des premiers à faire connaître Shakespeare en France, presque un siècle après la mort du dramaturge. Il le regrettera car il craignait que les manquements dans ses œuvres aux règles de la bienséance n’influencent le théâtre classique européen. D’ailleurs, les premiers traducteurs vont essayer de policer et édulcorer la vision shakespearienne. Dans les traductions de l’époque des tragédies de Shakespeare, personne ne meurt à la fin ! Voltaire lui-même a traduit Hamlet, une traduction qui est tombée dans la désuétude depuis belle lurette, tant à cause des modifications apportées à l’intrigue qu’à cause de la langue.

    L comme Langue

    Jean-Claude Carrière est scénariste, cinéaste et écrivain. Chanda/RFI

    Si traduire Shakespeare s’avère une tâche difficile, c’est sans doute parce que l’homme était un formidable inventeur de langue. A l’époque élisabéthaine, la langue anglaise est un idiome plutôt archaïque. Shakespeare l’enrichit, le modernise, en y faisant entrer de nouveaux mots, empruntés parfois à l’argot et à la langue orale. Il a aussi le génie de la contraction et de la synthèse. Voici un exemple qui me vient à l’esprit, puisé dans la pièce Timon d’Athènes. Timon est un personnage riche qui dépense tout son argent à festoyer avec ses amis. Quand l’argent vient à manquer, ses amis l’abandonnent. Le dramaturge fait alors dire à l’intendant du protagoniste cette phrase absolument géniale : « Feast won, fast lost ». En français, cela voudrait dire, en gros, l’argent trop vite gagné est aussi vite perdu. Là où il nous faut une foultitude de mots, quatre mots suffisent à Shakespeare. Le génie de l’écriture est absolu. Avec une impressionnante économie de moyens, le barde parvient à dire ses quatre vérités sur l’homme, son rapport avec l’art et l’ingratitude. C’est cette intelligence de la langue shakespearienne qu’on a du mal à faire passer en français. Peter Brook me disait que la meilleure traduction de Hamlet qu’il lui a été donné d’entendre, c’était celle en russe par Boris Pasternak. Brook qui parle russe, disait avoir retrouvé dans la version de Pasternak la pulsion, la respiration et l’extraordinaire chaos de la poésie shakespearienne.

    P comme Peter Brook

    J’ai travaillé avec Peter pendant presque une quarantaine d’années. Il est Anglais et sans doute l’un des plus grands metteurs en scène de Shakespeare aujourd’hui. Ensemble, nous avons beaucoup parlé de Shakespeare, de son génie, de son art, de sa poésie. Pour Peter, il n’y avait pas de doute, Shakespeare était véritablement un homme de théâtre qui ne se contentait pas d’écrire pour le théâtre, mais partageait la vie de sa troupe. Il arbitrait leurs querelles, allait à la taverne avec eux et pleurait avec eux de leurs échecs. Son écriture est modelée par les réflexes de cette vie communautaire de troupe où on parle théâtre, pense théâtre, respire théâtre. La deuxième explication de la vitalité et la diversité des œuvres de Shakespeare, est à chercher, selon Peter, dans son public très hétérogène. Dans le même théâtre, le dramaturge avait plusieurs publics : d’une part, des aristocrates raffinés et, d’autre part, un public populaire. Alors que les premiers comprenaient au quart de tour les jeux de mots dont le barde était coutumier et se reconnaissaient dans les questions existentielles abordées dans les tragédies, les derniers étaient plus grossiers, avides de sang, de cruautés et de grosses ficelles. Shakespeare devait les satisfaire tous. D’où la formidable diversité de son œuvre qui ne frise jamais l’ennui, contrairement aux pièces classiques qu’on écrivait en France à l’époque et qui s’adressaient exclusivement à une noblesse de cour aux attentes culturelles sophistiquées.

    I comme indémodable

    Shakespeare est indémodable car ses thèmes sont universels : ambition, amour, jalousie, relations père-filles, ingratitude, tyrannie, argent… Il se contente de raconter la vie telle qu’elle est, sans prendre parti et sans faire des leçons de morale. « Tu es cela », semble-t-il répéter à son public d’une pièce à l’autre. La seule œuvre qui se rapproche de cette façon de raconter la vie avec distance et détachement, c’est sans doute l’épopée indienne du Mahabharata. Pour moi, Shakespeare et le Mahabharata sont les deux grands sommets indépassés de la littérature mondiale.

    M comme la Mort

    Nous avons appris à l’école que l’écrivain espagnol Miguel de Cervantès, auteur de Don Quichotte, et Shakespeare, sont morts tous les deux le 23 avril 1616, alors qu’ils sont décédés à dix jours d’écart. Si ces deux grandes figures de la littérature mondiale célébreront ensemble le quadricentenaire de leur décès, ils ne sont pas morts le même jour calendaire, leurs pays n’utilisant pas le même calendrier à l’époque. Selon le calendrier grégorien que l’Angleterre adoptera en 1752, le barde de Stratford-upon-Avon est mort le 3 mai. Mais traditionnellement, les Anglais commémorent sa disparition le 23 avril. On ne dérogera pas à la tradition, cette année non plus.

    On ne sait pas de quoi Shakespeare est mort exactement. On sait seulement qu’il avait cessé de faire du théâtre depuis un an et qu’il avait 52 ans au moment de son décès. Tout comme Balzac, Molière ou Proust qui sont décédés à peu près au même âge. Difficile de ne pas penser que si seulement tous ces auteurs renommés avaient vécu dix ou vingt ans de plus, ils auraient peut-être pu profiter de leur maturité post-cinquantenaire pour donner au monde d’autres œuvres marquantes et significatives. Qui sait ? La morale de l’histoire, le palier du cinquantenaire est dangereux pour les grands écrivains !

    A (re)lire également : Shakespeare, «un horizon indépassable de la littérature»
     

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