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    Europe

    «86, année Blanche», souvenirs de Tchernobyl

    media Le centre-ville de Pripiat, 30 ans après l'évacuation suite à la catastrophe de Tchernobyl. RFI/Elena Gabrielian

    Lucile Bordes dont le nouveau livre intitulé 86, année Blanche aux éditions Liana Levi, paru le 3 janvier 2016, revient sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl qui a eu lieu il y a exactement 30 ans : le 26 avril 1986. Un récit poignant où l'auteur donne la parole aux Soviétiques qui ont été victimes du drame, puis du long silence autour de cette catastrophe.

    RFI : Votre roman commence fin avril 1986, trois jours après la catastrophe de Tchernobyl. Il raconte les quinze jours qui ont suivi cette immense tragédie nucléaire du point de vue de trois narratrices : Ludmila et Ioula, deux Soviétiques touchées de très près par l’accident, et Lucie, une jeune Française de quinze ans qui vit près de Toulon dans le sud de la France. Une adolescente qui pourrait bien être vous d’ailleurs. Comment se fait-il que 30 ans plus tard, vous vous souveniez encore et si précisément de cette horreur qui a pourtant été longtemps surestimée, qui de surcroît se passait à des milliers de kilomètres de chez vous ?

    Lucile Bordes : En fait, j’avais oublié. J’avais oublié et c’est Fukushima, cet autre printemps radioactif, qui m’a fait me souvenir de la peur que j’avais eue adolescente et qui m’a fait me plonger en fait dans le livre de Svetlana Alexievitch [La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse; Ndlr], dans les photos d’Igor Kostin [qui fut le premier photographe à se rendre à la centrale de Tchernobyl, en 1986; Ndlr]. Et j’ai vu arriver la date d’anniversaire des 30 ans de Tchernobyl en me disant qu’il fallait que j’essaie, moi aussi, de raconter ce que j’avais ressenti en étant si loin, et en même temps en étant tellement surprise qu’il ne se passe rien autour de moi.

    Est-ce que pour écrire ce livre, vous avez ressenti le besoin d’aller sur place ou pas ?

    Je me suis posée la question. Et puis, je me suis dit que le livre peut-être me permettrait de faire ce voyage après coup. Mais que pour l’instant, penser Tchernobyl comme un endroit vide, c’était ce qui allait être mon moteur d’écriture.

    Vous n’y êtes pas allée. En revanche, il vous a paru nécessaire de donner la parole à deux femmes, Ludmila et Ioula. L’une et l’autre vont perdre leur mari, engloutis par cet enfer de Tchernobyl puisque l’un et l’autre sont retournés là-bas pour tenter d’arrêter l’incendie et l’échappement des radiations. C’était à la fois un acte héroïque, mais un sacrifice parce que longtemps la gravité de la situation a été cachée au pays et au monde entier. Est-ce que ce roman est aussi un roman sur le mensonge, et plus exactement le mensonge des Etats aux peuples que vous avez voulu écrire ?

    Oui. Au départ, je me rappelais du silence. Je me rappelais d’avoir écouté la radio, lu les journaux, regarder les journaux télévisés et avoir senti que tous les discours étaient fabriqués, qu’il y avait un non-dit derrière énorme. Et en écrivant le livre, je me suis aperçue que le silence, il avait été partagé. A l’Est comme à l’Ouest, finalement c’est le silence qui caractérise l’attitude des politiques sur la catastrophe. Alors le mensonge, je ne sais pas. Mais le silence, certainement oui.

    Le mensonge quand même parce que sont annoncés quelques morts alors que vous racontez aussi que, si j’ai bien lu, 500 000 hommes ont été mobilisés pour essayer d’éradiquer cette horreur.

    Oui. Les chiffres varient, mais effectivement, 500 000 liquidateurs, oui.

    Quelques morts alors qu’au final combien de victimes ?

    On a du mal à le savoir. On trouve vraiment des chiffres très variables. Tout dépend si l’on compte les premières victimes directes, celles qui se sont trouvées les premières sur les lieux pour en gros éteindre l’incendie et faire les premiers travaux d’urgence de mise en sécurité du bloc numéro 4 ou si l’on compte les gens qui continuent à mourir aujourd’hui, de morte lente, des radiations. Donc je me suis dit que pour aborder cet événement qui de toute façon débordait le temps -il a eu lieu il y a 30 ans, il dure et il durera-, le mieux c’était de partir des éléments concrets de ces journées passées par ces trois femmes sous le nuage.

    «86, année blanche», par Lucile Bordes. Editions Liana Levi

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