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    Culture

    Les fulgurances de la Beat Generation s’exposent au Centre Pompidou

    media Une exposition riche en découvertes autour de l'univers de la Beat generation. ® Thomas Bourdeau / RFI

    Un joyeux tremblement de terre culturel s’est déroulé aux États-Unis entre les années 1950 et 1970. Cela s’appelait la Beat Generation. Dans une rétrospective vaste et dense, le Centre Pompidou permet de revivre le choc littéraire et artistique de cette période.

    Si le groupe de rock américain The Velvet Underground peut se targuer d’avoir déclenché un nombre conséquent de carrières musicales, la Beat Generation a, quant à elle, entraîné beaucoup de jeunes gens sur les routes, un livre coincé dans la poche arrière du jean, la poésie du voyage en tête.

    La diversité culturelle de la Beat Generation fascine de prime abord et c’est tout l’intérêt de cette exposition foisonnante au Centre Pompidou. On y découvre comment cet ensemble d’artistes (vidéastes, écrivains, peintres…) a réussi à absorber, digérer puis bousculer le contenu artistique de l’époque, du surréalisme (les techniques littéraires) en passant par la peinture, la photo et la vidéo tout en surfant sur le côté sulfureux et puissant des sujets abordés. Jack Kerouac l'expliquait clairement : « Tout m'appartient parce que je suis pauvre. »

    La Beat Generation ressemble à un long périple, un vrai trip à l’image du roman Sur la route de Jack Kerouac qui demeure comme la colonne vertébrale du mouvement. Le texte de l'auteur est d’ailleurs posé sous verre sur une dizaine de mètres au centre de l’exposition. Ce texte dactylographié sur des feuilles de papier à calligraphie japonaise, collées bout à bout, semble dispenser encore la force de sa vision, un peu comme des rhizomes qui nourrissent de fulgurances poétiques la curieuse plante vivace qu'est la Beat Generation.

    Les feuilles du roman Sur la route, comme une colonne vertébrale du mouvement. ® Thomas Bourdeau / RFI

    Jack Kerouac, dans Sur la route, offre une définition au couteau de ses fréquentations : « Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller. »

    Sur la route, mais pour aller où ? Un objectif unique et c’est Jack Kerouac qui parle encore : « Rien derrière et tout devant, comme toujours sur la route. »

    Photo prise par John Cohen de Jack Kerouac écoutant la radio. ®Thomas Bourdeau/RFI

    L’exposition retrace judicieusement le parcours et les œuvres de ces gens assez « déments » pour vivre et assez aventureux pour voyager dans des villes comme San Francisco, New York, Paris, Tanger… Cette drôle de clique a découvert ces lieux un peu comme on saisit le battement de vie de la planète de l'époque.

    Ainsi à Paris, explique Jean-Jacques Lebel, un des commissaires de l’exposition : « L’essentiel de ce que les poètes beat sont venus chercher est résumé dans la photo de Ginsberg assis sur son lit au Beat Hotel, rue Gît-le-Cœur, sous une reproduction du portrait de Rimbaud par Fantin-Latour et l’affiche d’une exposition Cézanne. » Le Arthur Rimbaud protéiforme, celui de la citation : « Car Je est un autre. Si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute. »

    Au Centre Pompidou, de salle en salle, on découvre que la Beat Generation est ainsi formidablement multiple. Jean-Jacques Lebel ajoute : « Le Arthur Rimbaud d’Une saison en enfer fut pour eux un " phare ", au sens baudelairien. Quant à Cézanne, Ginsberg explique qu’il a voulu transposer dans sa prosodie la méthode spatio-analytique du peintre. » Mais ils avaient aussi comme maître poétique à penser le chantre américain du XIXe siècle, Walt Whitman, qui a battu la mesure de la poésie américaine. En exergue de Sur la route, Jack Kerouac a cité Chant de la route ouverte, de Walt Whitman : « Camerado, je te donne ma main ! […] Me feras-tu don de toi ? Viendras-tu voyager avec moi ? / Resterons-nous unis tant que nous vivrons ? »

    Walt Whitman a écrit Feuilles d'herbe, un recueil de poèmes à lire à haute voix. ® Thomas Bourdeau / RFI

    Car la Beat Generation ce sont des textes, mais aussi et surtout des voix. Sur un tempo, un battement jazz qui est si important et synonyme de liberté d’expression à l’époque. Beat Generation, cela veut dire à la fois une génération perdue, mais aussi une génération dans le coup, dans le rythme, dans l’impulsion. Avec en tête Alan Ginsberg, le poète qui apparait derrière Bob Dylan sur la vidéo presque punk Subterranean homesick blues, mais aussi Gregory Corso expert en rythme jazz, mais une voix singulière et unique émerge du lot. C’est la voix de William Burroughs. Leader malgré lui de cette bande de dandys destroy, cet homme sentait le soufre. Fantastique passeur, drogué jusqu’à la moelle de son intelligence et des substances les plus dingues, il a malencontreusement tué sa femme lors d’un jeu alcoolisé de Guillaume Tell au revolver. William Burroughs a beaucoup écrit, il dessinait aussi à coups de fusil, comme une Niki de Saint Phalle, et réalisait des autoportraits photographiques remarquables. La Beat Generation peut alors se résumer ainsi : « Alors que Kerouac retourna vivre avec sa mère dans les années 1960 et épousa la sœur d’un ami d’enfance, et que Ginsberg régna pendant les années hippies, ce furent les années 1980 et 1990 […] qui allaient être l’ère de William Burroughs, le plus sombre des trois anges de la Beat Generation. »

    Le plus sombre des anges de la Beat Genration : William Burroughs, pris en photo par Brion Gysin. ® Thomas Bourdeau / RFI

    Le voyage plane autour de cette exposition. Les protagonistes de la Beat Generation avançaient comme on empoigne clandestinement un train en marche, comme un hobo, ces célèbres clochards voyageurs américains. Jack Kerouac, auteur des clochards célestes, vénérait cette attitude courageuse et digne d’errer, presque situationniste. Les photos de Robert Frank de sa série Les Américains figurent dans l’exposition et fixent les portraits sombres de cette Amérique en marge, en quête de sens aussi. La Beat Generation c’est ce train attrapé en route, cet air narquois et un amusement général. La planète était vaste et ils s’y amusaient comme des enfants turbulents. Une quête de spiritualité les transportait aussi, la philosophie japonaise bouddhiste n’est pas loin, tout comme l'esprit zen. Ces jeunes gens goûtaient à tout ! Jack Kerouac explique ce curieux héritage : « Je me suis rendu compte que ces clichés, nos enfants les regarderaient un jour avec admiration, en se figurant que leurs parents menaient des vies lisses et rangées, se levaient le matin pour arpenter fièrement les trottoirs de la vie, sans se douter du délire, de la déglingue, de la déjante des réalités de notre existence, de notre nuit, de notre enfer, cauchemar absurde de cette route-là. »

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    ® Thomas Bourdeau / RFI

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