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    Culture

    Le «Carré magique» du compositeur Jean-Luc Hervé

    media Le compositeur Jean-Luc Hervé dans le jardin de l’abbaye de Royaumont. Siegfried Forster / RFI

    Apprivoiser des sons cachés dans un jardin comme des bêtes farouches dans une forêt. Voilà la proposition du « Carré magique » du compositeur de musique contemporaine Jean-Luc Hervé (en collaboration avec l'Ircam) qui vient d’ouvrir avec son jardin sonore le Festival de Royaumont. La chasse aux sons à pas de loup se passe dans le potager-jardin de l’abbaye royale au nord de Paris. Quatre ans de préparation, un kilomètre de câbles et plein de logiciels pour interagir avec les bruits et la lumière de la nature, la météo et les visiteurs ont été nécessaires pour cette incitation à ouvrir les oreilles. Chaque visiteur aura « son » concert aléatoire en pleine nature. Entretien.

    RFI : Dans le titre de votre œuvre, est-ce que « carré » renvoie à l’art cistercien pratiqué depuis le XIIIe siècle à Royaumont et « magique » au monde de la musique ?

    Jean-Luc Hervé : C’est un peu plus compliqué. Le carré est effectivement la forme de base de l’abbaye cistercienne. Quant à la magie : dans ce dispositif, il y a une étrangeté de l’environnement sonore. Mais le carré magique est aussi un dispositif mathématique qu’on voit, par exemple, dans la fameuse gravure de Dürer. C’est un dispositif qui a été utilisé par les musiciens du XXe siècle comme structure dans la construction de certaines œuvres. C’est une référence à cette idée de la construction musicale. Le Carré magique est certes une installation sonore, mais qui a comme fondement une construction musicale que l’on trouve dans la musique des concerts.

    Dans votre jardin sonore, il faut se déplacer très consciencieusement. Est-ce pour ne pas effrayer les sons cachés et prêts à rebondir dans votre potager de compositeur ?

    Tout à fait, parce que le carré magique est sensible aux visiteurs. Le jardin sonore attend du public qu’il soit attentif. Lorsque les visiteurs sont inattentifs, quand ils se déplacent sans faire attention au son, eh bien, le dispositif sonore s’arrête, voire dans certains cas, les sons donnent l’impression à s’enfuir dans un mouvement de panique, un peu à la manière des nuées d’oiseaux que vous dérangez quand vous arrivez dans un endroit où ils étaient en train de converser entre eux.

    Quels instruments avez-vous utilisés ? Pour se déplacer dans ce jardin, à quelle règle de composition faut-il obéir ?

    J’ai enregistré des sons divers qui ne sont pas des sons « naturels », mais qui sont étrangement proches des sons naturels. Ensuite, il y a tout un travail de construction, de composition sonore qui est fait grâce à l’ordinateur par un système assez compliqué et élaboré qui vous donne l’impression que la musique est toujours différente, mais en suivant des règles précises.

    Vue sur le Carré magique, dispositif acousmatique craintif créé par le compositeur Jean-Luc Hervé dans le potager-jardin de l’abbaye de Royaumont. Siegfried Forster / RFI

    Selon vous, il ne s’agit pas d’une installation sonore, mais d’un dispositif acousmatique craintif. Cela signifie-t-il que le visiteur est à la fois le chasseur et la proie ?

    [Rires] Dans l’Antiquité, « acousmatique » était le terme employé par les disciples de Pythagore. Le maître donnait ses cours cachés derrière un rideau pour éviter que les élèves soient dérangés ou déconcentrés par la vue du professeur. Ainsi ils pouvaient se concentrer uniquement sur la parole du maître. Ici, c’est la même chose avec le son. Vous avez un dispositif très complexe, mais invisible. Le terme « craintif » désigne le fait que le dispositif observe le visiteur. Il faut être attentif, discret, il faut se faire petit pour pouvoir entendre les conversations des « animaux » sonores du jardin. Sinon, on les dérange et le système craintif s’arrête de « chanter ».

    La première chose sonore que chaque visiteur découvre à Royaumont est la cloche sur les toits de l’abbaye. Quel rôle joue-t-elle dans votre dispositif ?

    La cloche de Royaumont rythme le dispositif puisque toutes les heures la résonance de la cloche est « capturée » par le jardin sonore et prolonge sa sonorité pendant quelques minutes avant de retrouver le dispositif habituel. Donc il y a une espèce de système cyclique fondé sur l’heure et sur le temps qui est quelque chose de fondamentalement musical.

    Quand les visiteurs déambulent dans votre œuvre, ils tâtonnent, essaient, échouent, réussissent… Comme dans un jeu vidéo où l’on essaye tout pour avancer dans l’histoire. Le fait de guetter les sons cachés dans ce potager-jardin ressemble même au jeu Pokémon Go. On se balade, on cherche et parfois on trouve…

    Ce n’est pas ce que j’avais imaginé [rires]. Le modèle n’est pas les jeux vidéo, mais plutôt le comportement des animaux dans la nature. C’est assez différent. La réaction, l’interaction est négative, c’est-à-dire si vous cherchez à faire réagir le dispositif, il ne se passe rien ! Ça s’arrête ! Donc si on veut écouter, c’est une invitation au calme. On peut s’agiter, mais ce n’est pas nécessaire de faire une proposition musicale pour un public inattentif. Donc l’interactivité est faite pour que l’auditeur-promeneur soit attentif à ce qui se passe.

    L'extérieur de la galerie nord du cloître de l'Abbaye de Royaumont, ancien monastère cistercien, construit au XIIIe siècle, situé dans le Val-d'Oise, à trente kilomètres au nord de Paris. Siegfried Forster / RFI

    Carré magique, dispositif acousmatique craintif créé par le compositeur Jean-Luc Hervé dans le potager-jardin de l’abbaye de Royaumont, dans le cadre du Festival Royaumont 2016, du 27 août au 16 octobre.

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