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    Culture

    S. Rushdie:«Je hais les burkini autant que les burqa, les niqab et autres hijab»

    media Salman Rushdie. Beowulf Sheehan/ PEN Americain Center

    Salman Rushdie est venu à Paris pour le lancement de la version française de son nouveau roman, publié par les éditions Actes Sud. Son titre : «Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits», qui font bien sûr «Mille et Une Nuits». Pour ce nouveau roman où le magique et le fantastique font bon ménage avec les turbulences contemporaines, le romancier indo-britannique s'est inspiré de ce recueil anonyme des contes populaires d'origine indiennes et arabes. Mais «Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits» est aussi un roman d'idées, un conte moral et philosophique à la Voltaire. Rencontre.

    RFI: Pourriez-vous nous parler, Salman Rushdie, de la bataille entre le rationnel et l'irrationnel qui est au coeur de votre nouvel opus ?

    Salman Rushdie: Je pourrais vous répondre que nous vivons à une époque où des monstres ont pris d’assaut notre monde et nous sommes acculés à les combattre. Ce qui se passe en France est un bon exemple. Ces combats sont au cœur de mon roman, mais il y a aussi autre chose. Je me suis inspiré de la légende du dessin de Goya que j’ai reproduit dans les premières pages du livre. J’ai essayé de montrer que quand l’imagination reste ancrée dans la raison, elle peut être la source de merveilles, mais c’est quand elle abandonne la raison qu’elle engendre des monstres impossibles.

    Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits n'est pas sans rappeler votre propre combat contre la fatwa qui vous a frappé en 1989. Cette fatwa vous a-t-elle empêché d'être l'écrivain que vous vouliez être ?

    Non, je ne crois pas. Je crois avoir fait de mon mieux pour demeurer l’écrivain que j’étais avant la fatwa. D’ailleurs, ce nouveau roman n’a rien à voir avec la fatwa. Au contraire, il a tout à voir avec l’écrivain que je suis, confronté à la réalité du monde dans lequel nous vivons. J’essaie de comprendre le sens de ce monde en racontant des histoires, ce qui a toujours été ma façon de fonctionner. Si vous ne lisiez que mes livres sans rien connaître de l’histoire de ma vie, je ne crois pas que vous pourriez vous dire que mes adversaires aient réussi à me faire taire. Je crois avoir réussi à aller de l’avant, en suivant le chemin que je voulais suivre. La forme et le style changent chaque fois, mais chacun de mes livres est une description du monde filtrée par ma conscience d’artiste. Me voilà de retour. Voilà comment va le monde et comment je vois ce qui se passe !

    Quelques-uns des protagonistes de votre livre sont originaires de l'Inde, plus spécifiquement de Bombay. Vous avez quitté ce pays à l'âge de 13 ans, mais il demeure encore une source d'inspiration majeure pour vous. Quand êtes-vous allé en Inde la dernière fois et comment cela s'est-il passé ?

    J’étais en Inde il y a deux ans, lorsque nous avons tourné le film adapté de mon livre Les Enfants de minuit. Ce n’est pas tout à fait exact de dire que j’ai quitté l’Inde à l’âge de 13 ans. Je suis allé dans une pension en Angleterre pour pouvoir faire mes études, mais je revenais régulièrement car ma famille a continué à vivre en Inde. Devenu adulte, j’ai continué à rester en contact avec ce pays qui a été longtemps ma source d’inspiration. Or aujourd’hui de plus en plus, mon attention en tant qu’écrivain est attirée par les endroits où je me trouve au moment de l’écriture, comme en ce moment à New York. Mais je constate aussi que je suis incapable de raconter des histoires sans placer des personnages indiens au cœur même du dispositif romanesque.

    Vous parliez de New York où vous vivez depuis 17 ans. Quel souvenir garderez-vous de la présidence de Barack Obama ?

    Je crois que le président Obama va beaucoup nous manquer. Il manque déjà à ses amis, alors qu’il n’est pas encore parti. Il me semble que l’on se souviendra de la présidence de Barack Obama comme un moment majeur de l’histoire américaine contemporaine. Il a eu en face de lui un Congrès républicain particulièrement hostile et il a pourtant réussi à obtenir des avancées importantes. Tout d’abord, en matière de politique sociale, il a mis en place la couverture santé générale et a contribué à la reconnaissance juridique du mariage homosexuel aux Etats-Unis. S’agissant de l’économie, il faut rappeler qu’Obama est arrivé au pouvoir au lendemain d’un crash financier colossal et aujourd’hui, grâce à ses réformes, l’économie américaine est peut-être dans un meilleur état que la plupart des économies européennes. Obama est également parvenu à réduire l’énorme dette nationale américaine de quelque mille milliards de dollars. Aucun président américain n’y était arrivé avant lui. Sa présidence a donc été excellente aussi bien pour l’économie américaine que pour la politique sociale. Enfin, son intelligence, son élégance, sa grâce vont nous manquer quand son successeur va inéluctablement arriver.

    Qui sera ce successeur, d'après vous ?

    Je ne veux pas que ce soit monsieur Trump, mais j’avoue que j’ai un peu peur de ce que l’avenir nous réserve. Oui, aujourd’hui, j'ai seulement un peu peur car il ne sert à rien de paniquer dès maintenant. Dans une semaine, les choses seront peut-être différentes. Ce qui est sûr, c’est que si l’élection devait se tenir demain, Trump la perdra. Mais le problème est que le scrutin est prévu dans deux mois et d’ici deux mois beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. J’ai hâte d’être au 8 novembre.

    Comme vous le savez, la France a connu son lot d'événements tragiques au cours des derniers mois. Et son lot de débats. Le dernier débat qui a secoué les esprits concerne le burkini, une sorte de costume de bain que portent les femmes musulmanes  pour se baigner. Plusieurs municipalités ont voulu l'interdire. Croyez-vous que c'est à l'Etat de décider comment les citoyens doivnet s'habiller ?

    Je ne crois pas que ce soit au gouvernement de légiférer sur un tel sujet. Le Conseil d’Etat a eu la sagesse d’annuler les interdictions visant le burkini. Il a eu raison. Je m’empresse quand-même d’ajouter que je hais les burkini ainsi que les burqa, les niqab et autres hijab. Ils me choquent tous. Je viens d’une famille musulmane où les femmes vous auraient peut-être frappé si vous aviez essayé de leur imposer ces costumes. Ma grand-mère, ma mère, tout comme mes sœurs et mes nombreuses cousines auraient été furieuses si on leur avait demandé de se couvrir la tête et le corps. Il serait d’ailleurs erroné de penser que tous les Français musulmans veulent imposer des burqa à leurs femmes. J’ai cru comprendre que la plupart des musulmans de France veulent vivre normalement. Le burkini représente à mes yeux tout ce que l’islam a de régressif. Nous assistons à la répression des femmes par les hommes qui leur disent comment elles doivent s’habiller. C’est un problème social grave. Pour autant, je ne crois pas que ce soit à l’Etat de dicter aux femmes leurs choix vestimentaires.

    Votre passage à Paris coïncide avec la tenue ce 8 septembre d'une conférence importante en présence du président Hollande, sur la démocratie et le terrorisme. C'est un sujet qui ne doit pas vous laisser insensible, Salman Rushdie ?

    Le terrorisme menace les démocraties, mais il ne faut pas à mon avis surestimer le pouvoir des terroristes. Une menace plus grande encore, ce serait de perdre confiance dans nos institutions et nos valeurs, car cela pourrait détruire nos sociétés. Et si cela devait arriver, nous seuls en serons responsables. N’oublions jamais qui nous sommes et que cela n’a pas été facile de faire partager par tous les valeurs d'ouverture et de tolérance qui sous-tendent nos sociétés bâties sur les principes d’ouverture et de tolérance. Il s’agissait d’un processus de longue haleine et dans de nombreux pays, il a fallu lutter contre l’Eglise pour progresser. N’oublions pas que nos libertés individuelles ont été arrachées de haute lutte par nos ancêtres. L’ennemi hier, c’était le catholicisme, aujourd’hui, c’est l’islam. Il faut tenir bon aujourd’hui, comme on l’a fait hier. J’ai une foi inébranlable dans l’Etat de droit. L’Etat de droit et la liberté de l’expression sont les deux piliers de nos sociétés libres. Et si si vous les enlevez, vous établirez alors un précédent dangereux.

     Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, par Salman Rushdie. Traduit de l'anglais par Gérard Meudal. Editions Actes Sud, 320 pages, 23 euros.

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