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    Keira Maameri: «Nos plumes, ce sont les plumes de la France»

    media La romancière Faïza Guène dans « Nos plumes », un documentaire de Keira Maameri. Keira Maameri

    Dans chaque film, elle souhaite « donner à entendre une voix qu’on n’entend pas ». Après les rappeurs musulmans dans « Don’t panik ! » et les femmes dans le Hip Hop avec « On s’accroche à nos rêves », la réalisatrice Keira Maameri pose son regard sur des auteurs « urbains » avec leur style né dans les banlieues. Ce sont « Nos plumes », des écrivains et bédéistes pas tout à fait comme les autres, car perçus d’une manière différente : Faïza Guène, Berthet One, Rachid Djaïdani, El Diablo et Rachid Santaki.

    Elle n’aime pas être photographiée, mais ce samedi soir au cinéma La Clef, elle se retrouve sur le devant de la scène, avec sa blouse rouge, ses yeux pétillants et son optimisme combatif. Keira Maameri a travaillé quatre ans pour pouvoir enfin présenter à Paris la première de son nouveau film, Nos Plumes : « Le ''nous'', c’est tout le monde qui peut l’inclure. Je pense que ''les jeunes des quartiers'' comme on les appelle ou ''les urbains'' comme on les nomme, peuvent se reconnaitre, mais ce sont les plumes de la France. »

    Des écrivains urbains qui vendent beaucoup

    Le documentaire nous fait vivre les histoires de cinq auteurs : celle de la romancière Faïza Guène, du bédéiste Berthet One, de l’écrivain et cinéaste Rachid Djaïdani, mais aussi les carrières du créateur des Lascars, El Diablo, et du romancier Rachid Santaki. Leur point commun ? « Pour moi, il fallait qu’ils soient tous auteurs dans de grandes maisons d’édition, explique Keira Maameri, qu’ils aient été édités sur plusieurs livres et qu’ils vendent beaucoup, qu’ils soient reconnus du milieu de l’édition, du livre français et qu’ils aient cette étiquette qu’on met sur eux d’écrivain urbain. »

    Faïza Guène et les étiquettes médiatiques

    Images et clichés à l’appui, le film met en évidence qu’ils ont tous la même difficulté à affronter : une fois le livre écrit ou la BD publiée, ils ne maitrisent plus l’image que les grands médias leur collent sur le front. Dans la première séquence du film, Keira Maameri nous emmène dans le studio de France Inter où Faïza Guène veut parler de son quatrième roman, Un homme, ça ne pleure pas. Même avant d’entamer sa première phrase au micro, elle est renvoyée par le journaliste aux clichés qui la suivent depuis l’incroyable succès de son premier livre en 2004, Kiffe kiffe demain, publié à l’âge de 17 ans.Alors on ne s’intéresse plus à savoir comment elle envisage de continuer à révolutionner le langage littéraire en France, mais on s’arrête pour disserter sur les étiquettes médiatiques de la « Romancière de la banlieue » et la « Françoise Sagan des cités ». Pourtant, Faïza Guène, fille d'un maçon, a toujours refusé d’être la porte-parole d’une génération ou des banlieues et a tellement plus à raconter que ses origines algériennes.

    Un regard de compréhension et d’ouverture

    « La bienveillance, c’est la première chose qui m’a touché dans Nos Plumes. Je sens vraiment que c’est un regard de compréhension et d’ouverture », réagit Faïza Guène après la première du film. Dans Nos Plumes, elle se souvient du début de sa passion, comment elle avait échangé avec ses camarades de classe ses premières petites histoires contre des bonbons. Pour réussir auprès de ses copines, elle avait trouvé une astuce infaillible : « Tu seras la princesse dans l’histoire ». Elle nous raconte son besoin viscéral de laisser une trace via l’écriture d’où aussi son enthousiasme de participer au film : « J’espère qu’on verra qu’on était les pionniers d’une démarche artistique. J’espère que dans quelques années, les gens qui arriveront après nous et qui viendront peut-être des mêmes milieux sociaux, des mêmes ''antécédents'' que nous, ils se diront que nous avons ouverts les portes. »

    « Boumkoeur » et le combat de tous les instants

    Prononcés avec une voix douce, ses propos sont emblématiques pour le vécu de tous les auteurs montrés dans le film. El Diablo, devenu célèbre avec la série Lascars, raconte la difficulté de porter en tant qu’« auteur urbain » l’idée de sa bande dessinée à la télévision. L’ex-boxeur Rachid Djaïdani, qui avait fait en 1999 carton plein avec Boumkoeur, raconte à quel point chaque mot, chaque phrase couchée sur un papier représente pour lui un combat de tous les instants (« écrire est une malédiction »), très loin de l’image du prodige banlieusard affichée à l’époque de son premier roman dans l’émission de Bernard Pivot.

    Berthet One, auteur de bande dessinée, dans « Nos plumes », un documentaire de Keira Maameri. Keira Maameri

    L’Évasion impossible de Berthet One

    Comment se défaire du cliché de ses origines et de son passé quand on a grandi dans la cité des 4000 à La Courneuve et qu’on est passé par la case prison ? Dès l’enfance, Berthet One avait une envie irrésistible de porter ses feutres sur un papier, de s’exprimer à coup de crayon, de se faire des amis par ses dessins. Dans son quartier, il était bien le seul à inviter ses copines au musée du Louvre pour y admirer les peintures. Néanmoins, son premier succès de 2009 sera pour toujours associé à un mauvais moment de sa vie. Sa première bande dessinée parle de la vie quotidienne en prison, et le réalisme percutant de L’Évasion vient - au-delà de son talent et de son humour – aussi du fait qu’il a créé la BD derrière les barreaux.  « Ce qui m’a touché dans Nos plumes, c’est le message général, comme quoi nous, on est toujours indexé comme auteurs venant de la banlieue. En fait, nous sommes des auteurs tout court. Je suis un dessinateur tout court, mais à chaque fois, on m’appelle ''Berthet One, le dessinateur de banlieue'' ou ''le dessinateur qui a fait de prison''. Ça saoule un peu. Je sais que c’est un travail et le temps fera que ça s’oubliera au fur et à mesure. »

    Se réapproprier la parole

    Nos plumes insiste sur les points sensibles des auteurs, leurs rêves, leurs intérieurs, leurs vies, pour se réapproprier les images et les paroles trop souvent confisquées : « Ce film est surtout une réappropriation de la parole et une réappropriation de son être. Se dire : voilà, maintenant, je vais vous dire, moi, qui je suis. Pas ce que vous pensez ce que je suis ou ce que vous voulez que je sois. Mais moi qui je suis. »

    La réalisatrice sait de quoi elle parle. Venue de l’Algérie en France, à l’âge d’un an, pour grandir dans une ville dortoir de la banlieue parisienne, elle a lutté toute sa vie pour ne pas se laisser limiter par les préjugés des autres. Et Keira Maameri continue à transformer sa résilience en films : « Quel que soit l’univers choisi, pour moi, ce qui est important, c’est de donner à entendre une voix qu’on n’entend pas. »

    Nos plumes, documentaire de Keira Maameri. La première a eu lieu dans le cadre du Festival international de films de la diaspora africaine (Fifda), à Paris.

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