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    Haïti au festival des Francophonies: «Une façon d’habiter en poésie le monde»

    media Vue de la place Saint Pierre à Limoges lors de la performance nocturne « Désordres dans la ville », avec des installations vidéo et des sculptures multimédia de l’artiste haïtien Maksaens Denis. Siegfried Forster / RFI

    Guy Régis Junior, Lyonel Trouillot, James Noël, Maeksaens Denis, Sébastien Jean… Des grands artistes partageant un esprit créatif particulier, peut-être imposé par la vie difficile sur leur île. Le Festival haïtien des Quatre Chemins est jusqu’au 1er octobre l’invité spécial des Francophonies en Limousin. Les poètes, écrivains, peintres, photographes, vidéastes, musiciens présents à Limoges se font un plaisir certain de faire entrechoquer les arts. Un partage artistique pour avancer ensemble vers des horizons inconnus.

    Ce jeudi midi, au petit bar du Théâtre l’Union de Limoges, tout fusionne : des mots, des notes, des gestes, des traits, des images et puis un cri… Hélas, quand on arrive à la fenêtre pour observer la scène, il est déjà trop tard. Un drap blanc taché de sang est tout ce qui reste… Une performance mise en scène par le jeune dramaturge haïtien Marc Vallès :

    Le poète et metteur en scène Marc Vallès. Siegfried Forster / RFI

    « Chez nous, chacun garde chez soi une couverture blanche qu’on va utiliser dans le cas où quelqu’un est mort dans la rue. J’ai choisi pour la performance ces couvertures blanches et de mettre des corps ensanglantés dessus pour parler et questionner la violence. C’est un peu comme à Port-au-Prince : être dans un bar avec des artistes, de discuter, partager et boum ! c’est la panique. Il y a quelque chose qui se passe, tu sors et tu découvres un mort dehors. Ces dernier temps, lors d’assassinats ou d’accidents, j’ai remarqué qu’ils ont perdu cette coutume de ramener un tissu blanc. Donc ce mort peut rester une heure sans couverture. Tout le monde le voit, tout le monde le regarde. Avant on le couvrait, on ne le voyait pas. »

    Juste avant ce coup d’éclat artistique, le peintre haïtien Sébastien Jean était en train de finir son hommage à Willems Edouard, un juriste, poète et grande figure de la vie culturelle en Haïti, assassiné le 9 juillet 2016 à Port-au-Prince. Un hommage exécuté avec des traits en jaune et rouge sur un drap blanc : « Le jaune, c’est la couleur de la trahison [rires]. Le rouge est à la fois vif et gai, mais il a aussi un côté morbide, avance Sébastien Jean. J’y pense, chaque fois quand je vois des gens décédés sur un trottoir. »

    La culture de « diseurs »

    Wooly Saint Louis Jean, musicien-poète haïtien. Siegfried Forster / RFI

    À Limoges, au bar des poètes, le spectacle déambulatoire continue. Le « Brassens » haïtien Wooly nous envoute avec ses mises en mélodies de textes littéraires et transpose des poèmes en chanson. Sa première pièce présentée en créole finit bien par un mot français, « l’espoir », mais elle parle quand même de la disparition des salles de spectacles en Haïti. « Il en existait beaucoup, explique Marc Vallès, mais ils ont fermé l’un après l’autre. Depuis le tremblement de terre, il n’en existe plus. Ils ont reconstruit une seule de ces salles, mais, faute de budget, elle n’est pas encore fonctionnelle. Donc on se retrouve à faire de l’art dans des espaces informels. Ce qui est génial : cela nous pousse à voir l’art dans une autre dimension, complètement informelle. Alors on fait dans des bars des soirées culturelles pour présenter des auteurs. Il y a une culture de "diseurs", des gens qui portent les poèmes des artistes. »

    Le spectacle déambulatoire préparé et programmé à Limoges aurait pu se passer de la même manière, mais totalement spontanée à Port-au-Prince, « avec les mêmes artistes qui se retrouvent pour boire une bière et finissent avec une grande discussion littéraire et de différents projets. C’est quelque chose qui est devenu ’’normal’’ dans un bar haïtien, ou par exemple Lyonel Trouillot [également présent à Limoges] qui parle dans un restaurant avec des jeunes sur ses romans. »

    « Désordres dans la ville »
     

    Le vidéaste plasticien haïtien Maksaens Denis. Siegfried Forster / RFI

    Sans domicile fixe, en Haïti, la culture n’est plus cantonnée entre des murs. Elle investit aussi bien des places publiques, des marchés ou des églises. La spécialité du photographe, vidéaste et plasticien haïtien Maksaens Denis est d’habiter les corps et l’espace urbain avec ses mosaïques savantes d’images et de sons. Avec ses installations multimédias souvent très engagées, il couvre les murs de la ville ou occupe avec ses images et sculptures mobiles des façades et places entières, à l’image de la soirée Désordres dans la ville, à Limoges : « C’est une triple projection sur la place Saint-Pierre, sur l’église, sur plusieurs façades, avec des poèmes de James Noël et la bande sonore d’un artiste canadien, Le Robot ».

    Avec ses installations vidéo, il ne se frotte pas uniquement à la pénurie d’électricité en Haïti. À travers d’images parfois crues, il confronte la société avec des sujets sensibles comme la violence, la corruption, la religion ou l’homosexualité, longtemps tabou en Haïti. « C’est un sujet qu’on peut justement aborder avec des œuvres artistiques qui parlent de l’homosexualité de manière normale, affirme Maksaens Denis. Comme cela, on peut, peu à peu, changer les mentalités, parler et ouvrir le débat. »

    Les grandes turbulences poétiques

    Le poète haïtien James Noël. Siegfried Forster / RFI

    Ouvrir les cœurs et les horizons est aussi le mot d’ordre du poète haïtien James Noël, né en 1978 à Hinche, une ville enclavée. Il est fier d’avoir initié et coordonné la première anthologie de poésie haïtienne contemporaine de 73 poètes encore vivants. « Il y a beaucoup de poètes en Haïti. Ça grouille, c’est une terre de grandes turbulences et aussi de grandes turbulences poétiques. » Avec sa passion de surmonter les barrières et les frontières, il a créé en 2012 la revue poétique, littéraire et artistique IntranQu’îllités, emblématique pour cette envie si présente en Haïti de mélanger les arts et la poésie : « Notre dernier numéro est placé sous le signe d’un Manifeste pour un Nouveau Monde. Pourquoi cette revue ? Parce qu’il n’y a pas vraiment de compartiment entre les genres. C’est une revue qui aide dans le brassage des genres et des générations. Ce qu’on a vécu ici aux Francophonies, cela fait écho à ce qu’on vit en Haïti. Par exemple, dans une soirée, il y a des acteurs qui disent des poèmes, mais ce ne sont pas forcément des poètes. C’est aussi une façon d’habiter en poésie le monde, d’habiter Haïti en poésie. »

    Un monde ouvert où les arts s’entrechoquent

    En attendant, l’auteur et metteur en scène haïtien Guy Régis Junior, également directeur du festival haïtien des Quatre Vents, fait résonner des vers du monde entier aux Francophonies en Limousin. Pour le cycle de lectures « Imparfait du présent », il a programmé aussi bien le texte de l’auteur belge Stanislas Cotton que la pièce de l’écrivain syrien exilé Wael Kaddour ou de l’« Afropéenne » Éva Doumbia. « Ce programme est le regard que je peux avoir en moi, le fait d’être de mon île, sur de nouveaux textes et de nouveaux territoires à découvrir. C’est ce foisonnement des Francophonies que je retrouve avec le regard de quelqu’un qui vient d’Haïti. Je conçois le théâtre comme un monde ouvert : donc de la vidéo, de la musique, de la poésie… Et au Festival des Quatre Vents, chaque année, il y a la présence de toutes ces formes d’art. J’essaie de montrer ici qu’on n’est pas centré sur un ou deux arts, mais qu’on est très ouvert et les arts entrechoquent, se croisent, s’entremêlent. »

    Performance mise en scène par Marc Vallès aux Francophonies en Limousin, dédiée à la mémoire du juriste et poète Willems Edouard, assassiné le 9 juillet 2016 à Port-au-Prince. Siegfried Forster / RFI

    ► Vendredi 30 septembre, à 18h30, rencontre avec l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot dans le cadre du 33e festival des Francophonies en Limousin, Limoges (jusqu’au 1er octobre).

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