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    Culture

    Prix Bayeux 2016: «L'Opticien de Lampedusa», quand un reportage devient un livre

    media DR

    Récompensée l’an dernier du Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre pour un reportage sur le sauvetage de 47 migrants en Méditerranée, la journaliste de la BBC Emma-Jane Kirby en a tiré un livre : L’Opticien de Lampedusa. Ce récit haletant vaut autant par la force de son témoignage que pour ses questionnements sur la nature humaine.

    De notre envoyé spécial à Bayeux

    La mer, cette Méditerranée où l’été s’étire jusqu’en octobre, une sortie en bateau entre amis, une partie de pêche où règne la joie de vivre ; et puis soudain, des bruits au loin. Des cris de mouettes sans doute. Mais non. Plus le bateau approche, plus l’évidence apparaît : ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui luttent pour leur survie. Des migrants par dizaines qui s’agrippent au bateau pour ne pas se noyer, des mains tendues hors de l’eau, des visages qui se crispent, des vies qu’il faut sauver, et des cadavres qui flottent. « Ils se noient sous mes yeux, comment les sauver tous ? » se demande, saisi de panique, le personnage central du livre, celui qui n’est désigné que sous le nom de « L’Opticien ».

    D’un reportage de 6 minutes pour la BBC récompensé du Prix Bayeux 2015 dans la catégorie radio, la journaliste britannique Emma-Jane Kirby a tiré une chronique de 160 pages publiée le mois dernier aux éditions Les Equateurs. L’Opticien de Lampedusa est le récit poignant d’un sauvetage en mer tel qu’il a été vécu. Récit poignant, car véridique. Récit qui nous interpelle également, car l’opticien, c’est nous aussi, bien sûr. Ce quinquagénaire qui, quelques jours auparavant, n’avait même pas prêté attention à une femme qui recueillait des vêtements pour les réfugiés s’est trouvé avec ses sept amis confronté au drame, au large de cette île de Lampedusa, où il y avait à l'époque « plus de réfugiés que d’habitants », cette île qui n’avait « rien à leur offrir » et où le centre pour migrants était « débordé ».

    Un homme ordinaire pas comme les autres

    Le style est direct, sans fioriture, et l’on suit au plus près les gestes de l’équipage du Galata, ce petit bateau de plaisance conçu pour transporter une dizaine de personnes tout au plus et qui va recueillir 47 rescapés, 46 hommes et 1 femme. Le suspense est entier et l’on ne donnera pas ici le dénouement. Que va-t-il se passer ? Comment vont-ils s’en sortir ? Captivant aussi, le questionnement intérieur de l’opticien qui s’interroge tout à coup sur « la nature équivoque de la mer » à la fois généreuse et théâtre de tant de drames, cet homme qui se dit finalement que c’est comme si « toute la vie l’avait préparé à cette journée ». Au fil des pages, on croise aussi le fossoyeur de Lampedusa, un homme très occupé par les temps qui courent, ainsi que les représentants de l’ordre, au cœur durci par l’habitude de côtoyer le malheur au quotidien.

    Emma-Jane Kirby lors de la remise du Prix Bayeux-Calvados 2015. DR

    Emma-Jane Kirby, nous l'avons rencontrée vendredi soir à Bayeux. Elle arrivait de Lampedusa justement, où elle avait célébré en compagnie des principaux intéressés, l'«anniversaire» du sauvetage, survenu le 3 octobre 2013. Trois ans après, l’opticien – il s’appelle Carmine dans la vraie vie – reste profondément marqué par ce qui est arrivé. Et il en va de même pour ses amis. « Sa vie a été complètement bouleversée, indique la journaliste. Il faut savoir que c’est un homme ordinaire, il est comme nous. Combien de fois avons-nous vu des choses et décidé de ne pas les voir ? Lui, il a vu des migrants tous les jours sans rien faire, sans leur faire de mal, mais sans rien faire, sans jamais s’impliquer. Et là, soudain, ce naufrage est arrivé ».

    En trois ans, la situation a évolué sur l’île de Lampedusa. « Maintenant, précise Emma-Jane Kirby, c’est devenu un 'hot spot' de Frontex (l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'UE NDLR). Les migrants restent là 48 heures, 3 jours tout au plus, pas pendant des semaines comme c’était le cas avant ». L’opticien, lui, a repris son travail. Mais au fait, pourquoi l’avoir choisi, lui, au départ ? La reporter s’explique : « On savait à la BBC que les auditeurs étaient saturés par ces images, par ces témoignages de migrants, que c’était toujours la même histoire. On sentait qu’on risquait de banaliser cette tragédie. Alors on s’est dit : ‘qu’est-ce qu’on peut faire ?’ Et on a décidé de faire une série de reportages ». Cependant, au lieu d’interviewer des migrants, Emma-Jane a rencontré des Italiens ordinaires qui étaient affectés par cette crise.

    Le reportage devient un livre

    « Dans cette série, se remémore-t-elle, j’ai interrogé un fossoyeur, une dame qui travaillait dans une soupe populaire, le directeur d’un hôpital, un charpentier qui fabrique des croix avec le bois des bateaux qu’il retrouve sur les plages. Et puis finalement cet opticien qui n’avait rien à voir directement avec les migrants et que j’ai trouvé grâce à ma fixeuse à Lampedusa ». Le reportage récompensé l’an dernier au Prix Bayeux a été réalisé 18 mois après le naufrage. Mais les témoins, l’opticien et sa femme en particulier, restaient profondément bouleversés. Ils faisaient encore des cauchemars toutes les nuits.

    Et l’idée du livre ? « Parmi les spectateurs l’an dernier à Bayeux, il y avait Jeanne Pham Tran, éditrice chez Equateurs », révèle la journaliste. « Et elle m’a dit : ‘ce n’est pas qu’un reportage, c’est de la littérature’. Et comme j’étais vraiment hantée par le témoignage de l’opticien, j’ai accepté tout de suite quand elle m’a proposé de faire un livre ». Restait à convaincre Carmine, l’opticien, un homme pudique et discret.

    « Il a été très touché que j’ai eu le Prix Bayeux l’an dernier parce qu’il a vu que les gens avaient compris son histoire », relate Emma-Jane. « Du coup, quand je lui ai proposé de faire le livre, il a dit d’accord tout de suite. Il m’a dit qu’il adorait la lecture, mais surtout qu’il voulait que les gens comprennent ». « En réalité, conclut l’auteure, son boulot d’opticien, c’est de nous aider à voir, littéralement. Et c'est ce à quoi il est parvenu avec ce livre ». Edité en France et en Angleterre, L’Opticien de Lampedusa sortira aux Etats-Unis à la fin de l’année, puis en Italie, en Allemagne et en Australie l’an prochain.

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