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    Afrique

    Salon d’Automne de Paris: «Je suis l’artiste Yao Metsoko»

    media Yao Metsoko : « Tortue-totem » et « Poisson-totem » (100 x 65 cm) x 2, Acrylique sur sac en toile de jute. Œuvres exposées dans la section « Mythes et singularité » du Salon d’Automne de Paris. Siegfried Forster

    Le peintre-sculpteur Yao Metsoko, né au Togo et vivant en France, figure parmi les 800 artistes issus de 44 pays présents au Salon d’Automne de Paris dont l’invité d’honneur est cette année l’Afrique. L’artiste franco-togolais travaille sur les mythes et la singularité, mais aussi sur des thèmes comme la terre, la femme ou l’esclavage et souhaite « faire le pont entre l’Occident et l’Afrique ».

    RFI : Au Salon d’Automne de Paris, vous exposez deux œuvres « totem ». Qu’est-ce que le totem représente pour vous ?

    Yao Metsoko : Mon travail a été sélectionné dans l’espace Mythes et singularités du Salon, alors il fallait trouver des œuvres qui s’articulent autour de cette thématique. J’ai mis des totems, parce que j’ai voulu faire le pont entre l'Occident et l’Afrique. Dans le totem, la cravate représente l’Occident et les animaux-totems rappellent la terre, l’enracinement aux traditions. Nous sommes intégrés dans le monde contemporain moderne, mais nous devrions garder un lien avec nos totems sacrés.

    Une tête à la Brancusi, interprétée d’une façon africaine, est posée sur une tortue.

    La tortue est la capacité d’adaptation, l’adaptabilité au monde. Ce qui est intéressant dans cette façon de travailler, c’est de faire le lien, de faire le pont entre les différents univers, entre le passé et le présent, entre les traditions et la modernité, et puis entre les différents courants artistiques. J’aime les passerelles entre ces différents univers qui font que l’humanité continue à être ce qu’elle est.

    À droite, une tête de singe anthropomorphe repose sur un poisson.

    Je suis issu d’un village dans la région des plateaux du Togo. Et nous avons un totem en trois éléments : l’éléphant, le palmier et l’eau qui est le poisson. Il est dit que dans l’eau, bien que la surface soit parfois plane, il y a une vie qui émerge de l’eau. J’emprunte des éléments aux traditions ancestrales. J’emprunte aussi des petites figures qu’on retrouve un peu partout dans l’artisanat, dans la création africaine. Même si je suis du Togo, j’emprunte tout ce qui vient du continent africain pour montrer qu’il y a une unité sur ce continent dont je suis issu.

    Vous utilisez l’acrylique sur un sac en toile de jute. Quelle est votre histoire avec la matière de jute ?

    Yao Metsoko : « Tortue-totem » (détail), Acrylique sur sac en toile de jute. Siegfried Forster / RFI

    Cette toile de jute vient du Togo, du Ghana ou du Bénin. D’habitude, elle sert pour conserver soit du café, soit du cacao ou du charbon. Je veux montrer qu’on peut anoblir ces matériaux qui semblent à priori des matériaux « pauvres ». Il peut y avoir une noblesse dans la manière dont on l’utilise dans un ensemble.

    Dans vos œuvres, les mythes ancestraux possèdent un poids considérable jusqu’à aujourd’hui. Ils nous inspirent, nous influencent. Comment peut-on garder et affirmer sa singularité face à la force de ces mythes ?

    Il faut  appréhender un dialogue avec nos traditions. J’essaie de réactualiser ces univers et d’utiliser un langage contemporain pour m’approprier ces traditions ancestrales. Après j’essaie de trouver un langage esthétique, un langage pictural pour créer des passerelles. Encore aujourd’hui, on a besoin de ces traditions ancestrales dans lesquelles sont appréhendées des règles de vie et des lois qui peuvent nous guider dans ce monde qui semble parfois tomber dans la perdition. Donc le leitmotiv, ce sont deux éléments : l’enracinement et le rayonnement.

    Comment vous a-t-on transmis la passion pour la peinture et la sculpture ?

    Tout petit, j’ai eu la chance de rencontrer des bonnes sœurs à qui je rends hommage. Elles m’ont beaucoup encouragé, parce qu’elles ont dû sentir que j’avais un potentiel. Ensuite, en classe de 3e, une professeure m’a appris que l’art n’est pas seulement de la technique, mais aussi de la poésie. À Londres, en 1984, j’avais un professeur qui nous a appris que la technique était fondamentale pour structurer une œuvre. Et quand je suis arrivé en France, vers 1985-1986, je me suis aperçu que la démarche était fondamentale et la spiritualité. Aujourd’hui, c’est la question de la politique en lien avec les réalités de ce monde. Donc, tout cela mis ensemble donne à mon travail une certaine singularité et montre un peu ma trajectoire.

    Êtes-vous passé par une école des beaux-arts ?

    Je n’étais pas à l’école des beaux-arts. Je me suis formé moi-même, par mes recherches personnelles, mes lectures et mes connaissances livresques. Et puis, j’avais quand même comme phare un grand artiste togolais qui s’appelle Clem Lawson qui travaillait avec des perles, qui m’a donné quelques repères. Il y avait aussi un autre phare, Marc Chagall, dont j’ai découvert une rétrospective à Londres, en 1984. Cela m’a complètement bouleversé.

    Et enfin, il y avait aussi la rencontre avec le sculpteur sénégalais Ousmane Sow, devenu membre de l’Académie des beaux-arts et cette année invité d’honneur du Salon d’Automne de Paris.

    Yao Metsoko : « Tortue-totem » (détail), Acrylique sur sac en toile de jute Siegfried Forster / RFI

    Oui, j’ai découvert Ousmane Sow en 1999, avec son exposition sur le pont des Arts, à Paris, qui m’avait également bouleversé. Je faisais déjà la sculpture, mais à partir de là, j’ai senti le besoin de réaliser des œuvres plus monumentales, plus grandes. D’ailleurs, vous pouvez voir dans mes sculptures parfois la proéminence des formes, la puissance qui émane parfois de mes œuvres.

    Comme avec ce gardien de temple que vous êtes en train de finir pour votre prochaine exposition ?

    Il s’agit d’un personnage qui tient un bâton séculaire et qui porte en lui tout un ensemble d’éléments qui rappellent nos traditions ancestrales. C’est un gardien de temple de nos traditions.

    Avec deux pieds en deux couleurs différentes…

    Il est important que les traditions s’enrichissent aussi de la modernité. J’ai été dernièrement au Togo. J’ai vu des danses traditionnelles de guerriers. Avec des habits de guerriers complètement déchirés, déchiquetés. Il faut absolument que nous travaillions sur la conservation de notre patrimoine et en même temps de faire en sorte de donner une esthétique nouvelle à ces traditions. Si nos traditions ne sont pas conservées et réactualisées, malheureusement, elles peuvent mourir.

    Vous travaillez beaucoup sur la mémoire des peuples africains. Vous êtes né au Togo en 1965 et arrivé en France en 1985. L’exposition The Color Line au musée du quai Branly met actuellement en cause la dénomination « afro-américain » et plaide pour l’utilisation de l’appellation « africain-américain » pour souligner l’égalité entre l’origine africaine et la nationalité. Dans votre cas personnel, est-ce que vous préférez l’expression « Africain-Français » ou « Togolais-Français » plutôt que « Franco-Togolais » ?

    Yao Metsoko : « Poisson-totem » (détail), Acrylique sur sac en toile de jute Siegfried Forster / RFI

    Je dis souvent : je suis un peintre franco-togolais. Il est important de montrer qu’en moi, il y a ces deux aspects de ma personnalité. Je suis parti du Togo à 19 ans et j’ai bientôt 52 ans. Donc j’ai vécu plus de temps en France qu’au Togo. Je suis français, en même temps, j’ai mes origines togolaises qui m’ont façonné et imprégné. Je peux dire Togolais-Français ou Franco-Togolais. Pour moi, c’est une question de résonance et d’esthétique plutôt qu’autre chose. C’est plutôt la forme. Le fond, pour moi, c’est que je suis d’abord togolais et ensuite, sur le plan juridique et autre, je suis aussi français, parce que j’ai acquis ma nationalité. Aujourd’hui, le plus simple est de dire : un artiste franco-togolais. Je suis français. Je suis togolais. Je suis un artiste. Je suis l’artiste Yao Metsoko. Mais si on recherche l’origine, je pense qu’il faut dire un artiste franco-togolais. Il y a des gens qui ont besoin de situer les gens dans l’espace, dans le temps, dans leur appartenance culturelle et autre.

    Vous avez plusieurs thèmes de prédilection, dont la terre, la femme et pour aborder le thème de l’esclavage des Noirs, vous avez conçu des portraits de femmes nues. Pourquoi ?

    J’ai commencé à travailler sur l’esclavage à partir de 2005. À l’époque, le chef de l’État, Jacques Chirac, avait décrété le 10 mai Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition. C’est vrai, dans mes œuvres sur ce sujet, les femmes sont souvent nues, mais c’est la réalité de ce que se faisait à l’époque. Quand on avait capturé les gens, on les prenait en les humiliant. Ils étaient comme tels. Il y a un tableau que j’ai appelé Le Viol de mon intrinsèque. On y voit une femme en train de prier et à laquelle on arrache un enfant du ventre. C’est la réalité de cette époque. Pendant qu’on violentait les gens, on leur demandait d’accepter leur sort, parce qu’il y avait une volonté de les « civiliser ».

    L’exposition The Color Line met en évidence que les artistes africains-américains ont longtemps été ignorés et qu’il faut aujourd’hui une réévaluation de leurs œuvres. Est-ce le même cas avec les artistes africains-français ou africains-européens ?

    Oui, malheureusement, l’histoire a causé beaucoup de dégâts dans la manière dont les choses sont aujourd’hui gérées par l’Occident. Il y a eu certainement quelque chose qui est mal parti. Une base qui a été faussée. Prenons le cas d’un appel à projets sur des artistes français.

    Yao Metsoko : « Poisson-totem » (détail), Acrylique sur sac en toile de jute Siegfried Forster / RFI

    Quand j’envoie mon dossier, il est souvent difficile qu’on me choisisse en tant qu’artiste français, parce que [pour eux] mon travail représente beaucoup plus l’Afrique, malgré le fait que je suis en France depuis trente ans. Chaque fois que je me présente en tant qu’artiste français, on ne voit pas un artiste français. Il est difficile pour un Africain de comprendre tout à fait ce que je fais, et il est difficile pour un Français de comprendre tout à fait ce que je fais, parce que je suis entre les deux. Et en même temps j’essaie de faire en sorte que les deux s’unissent. Donc c’est vrai : il n’y a pas une place assez importante qui nous est accordée, à nous, les artistes africains en France ou en Occident en général.

    Quand j’envoie mon CV en tant qu’artiste franco-togolais, je retrouve souvent ensuite dans les interviews et les revues « artiste africain ». On enlève franco-togolais. Donc, inconsciemment, on veut que je reste africain, même si je fais un travail qui est contemporain. Peut-être c’est plus facile pour certains de vendre leur Afrique telle qu’ils l’appréhendent. Beaucoup d’artistes africains en souffrent. Mais, ce n’est pas ça qui nous freine. Nous continuons toujours à avancer, à bousculer les espaces et les données et nous allons vers le dialogue. Nous ne sommes pas dans un grief, mais nous continuons à faire ce travail qui est une chance pour l’humanité.

    L'artiste Yao Metsoko dans son atélier au Centre des bateaux-lavoirs, à Saint-Denis. Siegfried Forster / RFI

    ► Retrouvez le travail de Yao Metsoko au Salon d’Automne de Paris, encore jusqu’au 16 octobre sur les Champs-Élysées.

    ► Le 16 octobre, entre 14h et 16h : débat sur la sauvegarde du patrimoine culturel et ouverture au Monde. Conclusion par « Un nouveau départ pour l’Afrique ».

     

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